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11 février 2011

Haut-de-forme, chapeau bas

 

J’ai toujours quelques scrupules pour les vendeurs lorsque Palpatine s’embarque dans de grandes conversations où il raconte sa vie d’aspirant élégant1, mais c’est oublier qu’on ne se retrouve pas dans ces échoppes de luxe par hasard et que les vendeurs sont souvent eux-mêmes des passionnés, amoureux des souliers (différent du fétichiste et de ses chaussures) ou ici, en l’occurrence, des chapeaux.

Avec ses lunettes à grands verres ronds finement cerclés d’un matériau cuivré qui me laisse le souvenir de cheveux presque roux alors qu’ils étaient peut-être blonds (une moustache, aussi ?) et son air de vigoureux berger écossais, le vendeur paraissait en total décalage avec son âge, relativement jeune, et partant, il n’était plus du tout si étrange de l’entendre parler des chapeaux qui encombraient son appartement – jusqu’à la cuisine, si j’ai bien compris, puisqu’il choisit au gré de son humeur lequel porter pour prendre son petit-déjeuner.

Entre anecdotes personnelles et prix exorbitant de la marchandise, il nous a raconté que les chapeaux haut-de-forme ne se font plus, qu'il faudrait une manufacture entière pour reproduire les conditions de fabrication nécessaire, avec la colle particulière, la bonne aération, etc. alors que cela ne représente plus qu'un marché de niche, maintenu par les chapeaux qui restent en circulation depuis la fermeture de la manufacture, en 1900 et des poussière. Quoiqu'il s'agissait d'un haut-de-forme et non d'un chapeau melon (ça, c'est dans deux semaines), cela a été le moment surréaliste : lorsqu'on s'est rendu compte, Palpatine et moi, que le chapeau qu'il avait sur la tête avait un siècle. Le vendeur nous a désigné une vitrine où se trouvaient des antiquités ; les chapeaux qui y étaient exposés pour avoir appartenu à des sommités n'étaient guère plus vieux, seulement dans un état déplorable. Palpatine n'osait plus toucher à celui qu'il avait sur la tête et, pour l'enlever, l'a saisi du bout de ses doigts fins et l'a précautionneusement ôté de son chef, le ramenant au ralenti devant lui comme s'il allait tomber en poussière au contact de la peau. Un siècle. D'un coup, le prix exorbitant du chapeau, même pour de la soie, s'expliquait par sa valeur d'objet de collection (peu sont restés dans un si bon état de conservation). On s'est regardés avec Palpatine, mi-ahuris mi-émerveillés, lui surtout.

Le plus excitant, dans ce voyage dans le temps, c'est que le haut-de-forme lui va fichtrement bien et qu'il n'a même pas l'air déguisé comme je le craignais (ou alors je suis tombée amoureuse de ses lubies). For nothing special, s'est-il vu forcé d'avouer au vendeur lorsqu'il lui a demandé à quelle occasion il comptait en porter. Né un siècle trop tard.

 

1Il vous expliquerait, comme il l'a fait en sortant de l' échoppe, que l'élégant n'a rien à voir avec le dandy. Tandis que celui-ci fait de son apparence son œuvre, qui est à elle-même sa propre fin (art for art's sake, here we are), celui-là en ferait le moyen de son ascension sociale (exit la fascination wildienne). D'où que Palpatine met dans une paire de souliers la somme dépensée pour toutes vos chaussures et qu'il en parle néanmoins comme de (vulgaires) « godasses ». CQFD.

Ça me bouffe.

 

La Pâtisserie Valérie, en français dans le panneau, est une Pomme de pain anglaise. En plus cupcake. En plus crémeux. Pour tout dire, les gâteaux ont même l'air franchement dégueux dans la vitrine. Surtout quand on revient de chez Richoux, trois magasins plus loin. Mais Pink Lady ayant plaidé la cause de leurs scones (pas mauvais, il faut bien le dire, quoiqu'un peu gras une fois qu'on a englouti ce galet bourratif 1), j'ai bien voulu tenter un plat sur le pouce avant de les goûter. Ils ont un sandwich poulet- poivron rendu dément (à son échelle de sandwich mais ils sont maintenant si perfectionnés...) d'être tartiné non pas de margarine ou même de beurre mais... d'houmous !

Je suis donc revenue sur mon a priori. Cependant, si je fais volontiers un détour par la Brioche Dorée avant d'aller à Garnier, quand on me dit « salon de thé », je pense davantage à Dalloyau ou à Mariage Frères (leurs scones sont délicieux ; même allure que chez Valérie en plus digeste)... donc plus à Fortnum and Mason qu'à Valérie. Pourtant, quand mon quart d'heure tête de mule est passé et que j'ai goûté le thé qu'avait commandé Palpatine, force a été de reconnaître qu'il était délicieux, voire meilleur – mais aussi, quand je pense au thé, je pense d'abord aux gâteaux qui l'accompagnent : où est mon carrot cake ?.

Alors avec le souvenir d'un petit-déjeuner englouti sept heures auparavant et une attente qui commençait à s'éterniser, avec des trucs crémeux qui circulaient autour de nous et dont la simple vue commençait à m’écœurer, trucs crémeux qui allaient me faire grossir sans m'avoir auparavant fait plaisir (si c'est le cas, je ne regarde plus à la dépense -calorique), l'estomac sur pattes bourgeois que je suis, contrarié par ce qu'il avait rêvé et n'était pas, bien davantage que par ce qui était, a pété un câble et je suis partie feuilleter des bouquins dans la librairie la plus proche pour me calmer, après avoir planté mes acolytes sans autre forme de procès. Toutes mes excuses à Pink Lady (c'est tout aussi impoli envers Palpatine, me direz-vous et vous aurez raison, mais lui sait d'expérience que ce n'est pas dirigé contre lui). Cela fait un certain temps que je pense à un post sur les pensées d'un estomac sur pattes mais il faudrait vraiment que je le rédige pour qu'il y en ait un mode d'emploi et qu'on sache si et quand cette chose vorace va vous péter entre les doigts.

Blague à part, il faudrait que je trouve un moyen de résoudre l'antinomie 'être contrarié dans ses désirs/ vouloir faire plaisir aux autres', sans chercher à retourner le « non » qu'on pourrait leur opposer simplement (« non, je n'ai pas envie de danser dans ce numéro là », « non, je préférerais aller ailleurs que chez Valérie »...) en colère contre ma petite personne à la fois égoïste (ou despotique, comme on voudra) et incapable de le reconnaître en face à un moment donné (parce que les autres n'y sont pour rien si leurs envies ou décisions vont en sens contraire et contredisent les miennes, c'est normal ; c'est toute seule que je me contrarie). Ce qui finit au pire en crise de larmes, au mieux en petit être hargneux et désagréable. L'image de cocotte-minute de Palpatine n'était peut-être pas si mauvaise en fait. Sûr, c'est moins sex que la cocotte, mais là, c'est cuit.

- Hé, ma cocotte ! Minute !
- ... ?
- T'es pas sur un divan rouge, là. L'est même orange ton layout.
- Justement. Out ! (c'est évident qu'une morfale est une chieuse en puissance, non ?)

1 Pas de mauvais esprit, pas de comparaison avec Richoux, mon choux. (Silence) Richouuuuuuux !

01 février 2011

(au) sortir de sa/la coquille

Je ne sais pas si c'est d'exercer mon regard à dénicher dans les textes guillemets mal fermés, majuscules non accentuées ou colocations néologisantes et à repérer l'intrus qui fait que les choses ne sont pas comme elles devraient être, mais aujourd'hui j'ai sauvé une carte de cantine sur le couloir tapis roulant de la mort poubelle et par conséquent sa propriétaire de son rachat, ainsi qu'un sac en plastique contenant du tulle rose fushia, et par conséquent la gamine à qui on allait faire un costume.

07 janvier 2011

La parfaite Albion

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Impression d'être moins repartie que revenue à Londres pour le nouvel an.

 

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L'Eurostar s'est tenu à carreaux. Pas de neige, pas de retard.
Palpatine et moi nous tenons aux deux spectres des us vestimentaires locaux :
classe et bien coupé vs fun et déluré. Ici, mes collants écossais passent incognito.

 

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J'aime (d')autant (plus) ce métro que Palpatine le déteste.
Esprit de contradiction.
Esprit British.

 

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Tour à l'entrée de la British Library (le Teckel nous racontera l'intérieur).
Je l'imagine davantage peuplée de David Lodge en puissance que d'universitaires renfermés ;
ça sniff bon la culture, pas le moisi.
Je veux bien qu'on m'offre toute la boutique.
Quoique, vu la densité de population de ma bibliothèque,
perhaps I should rather adopt a book.

 

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Une Anglaise, des anglaises.
Un mémo pour Palpatine,
qui préférera les Anglaises aux anglaises
(mais les Parisiennes aux Londoniennes).