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08 juin 2017

Let there dance light

Conceal | Reveal, Russell Maliphant au théâtre de Sceaux, les 12, 13 et 14 mai. J'avais noté les dates dans mon agenda, mais pas pris de place. En réservant un voyage pour Rome ce week-end, là, j'avais mentalement fait une croix sur la seule date qui restait.

Vendredi à 18h, j'ai eu envie de me retrouver dans le noir, dans l'avant d'une salle de spectacle. J'ai passé un coup de fil à Mum, partante, et j'ai pris deux places, au deuxième rang qui s'est révélé être le premier, le premier n'étant pas attribué.

Debout dans la salle. Tiens, je le connais lui. Danseur. Opéra. Adieux. Étoile. Nicolas. Nicolas Le Riche. Le temps que mon cerveau opère la reconnaissance, je l'ai regardé une demi-seconde de trop - je l'ai fixé. Quelques minutes plus tard, il se faufile devant nous. Je n'échangerai pas une parole avec lui, fixé sur son téléphone comme un substitut de Palpatine, mais un sympathique regard d'enthousiasme avec Clairemarie Osta : le programme est une vraie gourmandise.

Russell Maliphant chorégraphie sans esbroufe. Il n'a pas l'écho médiatique d'un Preljocaj, mais ses spectacles me marquent davantage, je crois. Ils infusent, plus secrètement.

Peu importe le style et la technique de ses interprètes, il poursuit le même geste, celui qui surgit dans l'ombre et disparaît dans la lumière. Aspirés dans une même spirale contemporaine, le hip-hop hypnotique d'Afterlight, le ballet athlétique de Spiral Twist. Les danseurs invités le sont réellement, tout à la fois mis en valeur et intégrés à la compagnie, quoique celle-ci danse toujours seule.

Dana Fouras, dont l'ombre démultipliée-démesurée peuple la scène tout juste éclairée, a quelque chose d'amateur dans le corps. Et pourtant, et partant, elle accroche étonnamment l'empathie. L'équivalent artistique d'une femme plus séduisante qu'une autre plus belle. << both, and >> La comparaison avec Déesses et démones reflue sitôt qu'elle affleure. Il n'est pas question ici de surface mais de peau.

Mum le confirmera après Two x Three : elle a quelque chose que ses compagnes n'ont pas. Une espèce de sérénité dans le mouvement - toujours dans l’œil du cyclone, peu importe la force de celui-ci. Les deux danseuses qui l'accompagnent ont une énergie différente, plus immédiate, qui se remarque moins, sauf à se faire guerrière (j'embraye immédiatement, c'est la mienne).

Lucia Lacarra est assise en boots dans les coulisses. Son regard sur la scène est aussi beau que ce qui s'y passe, quand elle regarde et quand elle danse. Je ne sais pas quel âge elle peut avoir. Son corps n'est plus qu'un long ligament et ce frêle condensé de force et de fragilité la rend incroyablement belle. Marlon Dino, dans la force de l'âge et de la virilité, la soulève et la manipule comme quelque chose de prosaïque et précieux. Spiral Twist. Leurs corps surentraînés disparaissent dans le mouvement, y renaissent en tant que corps sensibles, vacillants. Je suis si près que je vois la laque, l'épaisseur du maquillage, les tendons muscles articulations, le duvet sur les bras, la chair de poule, presque, tout à fait pour moi (cannibale de toute cette vie en suspens, de toute (cette) beauté).

En suspens reste Afterlight. Cela tourne au ralenti comme le souvenir d'une boule de neige dans son éternel tournoiement. Je découvre avoir déjà vu cette pièce, à Chaillot. Mais la proximité change tout, me dérobe les rosaces de lumière au sol et me donne leur lumière lunaire. À la fin de la pièce, Nicolas Le Riche lance les bravo que je n'ose pas crier. Douce satisfaction précédant celle du basilic qui emplit la bouche dans la fin du sandwich tomates-mozzarella.

Two x Three me rappelle, probablement à dessein, la pièce via laquelle j'ai découvert le chorégraphe : Two, un solo de Sylvie Guillem. Même jeux avec les frontières de l'ombre, mêmes bras qui écrivent (dessinent, tracent, gravent) le mouvement dans la lumière, bras katana, calligraphie de la persistance rétinienne.

Russell Maliphant danse la dernière pièce (Piece No. 43) avec ses danseurs, dans des rectangles de lumière qui les font apparaître et disparaître comme les agents spéciaux se téléportent dans les films de science-fiction. Transportant au loin, ramenant de loin, une lumière qui est toujours ailleurs. Sur scène, ce soir-là. Soirée courte, trop courte, mais dont la durée s'étend, s'éternise encore un peu plus dans le souvenir.

06 juin 2017

Domino Day dans l'arche de Noé

Les critiques de Noé étaient bonnes ; je me suis ennuyée ferme les deux tiers du spectacle. Comme obligé par son sujet, Thierry Malandain se départit de son humour, sans pour autant atteindre la force expressive d'un Preljocaj ou d'un Mats Ek. Restent des effets de vague que l'on voit arriver de loin et qui s'annulent d'eux-mêmes, jolis mais vains, pas beaucoup moins convenus que ce que l'on pouvait faire avec mes amies du conservatoire. Il faut attendre que débarque un couple en académique de nudité pour que la fatalité se lève et que les sourires s'étirent - enfin cela danse avec la jovialité-générosité qui sied si bien au chorégraphe. Quand on a une telle carrière, c'est un peu tard.

18 avril 2017

L'Opéra vu de Bastille

On pourrait parler en long, en large et en travers des coulisses, des répétitions, des petites mains et des mille métiers qui fourmillent dans le paquebot Bastille, on n'aurait encore rien dit du documentaire de Jean-Stéphane Bron. Préciser le mode opératoire ne suffit pas non plus : l'absence de voix off et d'interview directe ne font pas de L'Opéra un pendant à La Danse, documentaire au titre tout aussi nu de Frederick Wiseman. Celui-ci réfléchit dans la contemplation, celui-là dans l'effervescence…

Même si le calme le plus profond émane de certaines scènes (vue de Paris de nuit depuis le bureau du directeur, regard à travers la fenêtre pendant une leçon de chant…), le rythme du montage ne vous laisse pas le temps de lambiner : c'est qu'il y a toujours une nouvelle personne à suivre, une retouche costume ou maquillage à faire, une mesure à retravailler, un chanteur à remplacer à deux jours de la représentation, des négociations à mener pour faire retirer un préavis de grève, tous en scène dans cinq minutes. Le réalisateur abandonne les uns et les autres sans temps mort ni pitié (tel ce chanteur wagnérien effectuant un remplaçant au pied levé, qu'on ne reverra plus après que son collègue l'a encouragé, ça ne dure *que* six heures), tout en restant fidèle à quelques figures-fil rouges : le directeur pour l'importance des discussions qui ont lieu dans son bureau (je retrouve l'ambiance de certains documentaires politiques visionnés avec Palpatine)(et la vue de ce bureau, bordel, à vous donner des envies de pouvoir), mais aussi et surtout un jeune chanteur russe tout juste engagé dans l'académie lyrique, aux mines tout bonnement impayables.

Les cadrages sont hyper intelligents - souvent tronqués. Au lieu de filmer les coulisses depuis la salle, c'est-à-dire depuis le point de vue d'un spectateur curieux de ce qui lui est dérobé, qui s'introduirait dans l'envers du décor, Jean-Stéphane Bron filme depuis les coulisses, depuis le point de vue de ceux pour qui l'envers est l'endroit où ils travaillent, où tout se joue et se répète. Le point aveugle est déplacé : c'est la salle qu'on entend seulement, devant laquelle salue une chanteuse, ou le journaliste invisible qui interviewe un chanteur venant d'interrompre sa discussion avec l'apprenti qui continue à l'observer à distance (he's not an admirer, he's a signer, précise-t-il, très classe, au journaliste).

Il y a aussi ce plan inénarrable faisant flotter du Schönberg au-dessus d'une bouse de vache un peu trop bien imitée pour une mise en scène. Zoom out : nous sommes dans le box d'un taureau qui fera de la figuration dans Moïse et Aaron et que l'on saoule de Schönberg pour l'habituer. Easyrider (car tel est le nom du taureau) constitue une running joke qui relègue le banc de Millepied aux oubliettes (souvenez-vous de La Relève). Toute la salle a ri lors du zoom out. Et pas qu'à ce moment : L'Opéra est un documentaire qui a de l'humour. Stéphane Bron sait capter et mettre en scène les contrastes et points de friction qui rendent son film si savoureux : la mécène plus-grande-bourgeoise-tu-meurs élue grand-mère musicale par les enfants de dix mois d'école et d'opéra ; la régie qui chantonne comme si elle était en voiture ; les quiproquos de l'apprenti qui maîtrise le chant mais pas du tout la langue et ses yeux qui s'écarquillent quand il comprend que l'amphithéâtre ne comporte pas 100 mais 500 places, juste après avoir ironisé que Gott himself venait les écouter ; ou encore cette scène truculente où Philippe Jordan reprend la prononciation d'un chanteur sur une Wurst.

L'Opéra est une vraie tour de Babel : on confirme en allemand au chanteur russe qu'il est engagé, celui-ci finit en anglais les phrases qu'il baragouine en français, tandis que le directeur félicite une chanteuse en italien. Parfois aussi, tout le monde parle français et c'est du chinois : une partie du chœur refuse ainsi de se plier aux demandes du metteur en scène (pas délirantes pour une fois : chanter en diagonale plutôt qu'en carré)(je ne sais pas si c'est le Français ou l'artiste qui est le plus difficile à manager) ; les syndicats et les contraintes budgétaires s'agitent à tue-tête dans le bureau du directeur ; et l'adjoint accuse un métro de retard lors de la préparation de la conférence de presse :


- …insister sur nos spécificités… notre propre compagnie de danse, l'une des meilleures du monde, la meilleure…
- Non, ça, on ne dit plus.
- Ah bon ?
- Non.

L'humour vient aussi de ce que Stéphane Bron appuie là où ça fait mal - et le fait avec élégance : pas de remarque, on passe, on passe, ça enchaîne, on est déjà passé à autre chose. Il n'empêche, pour le balletomane qui a suivi l'Opéra sur Twitter ces dernières années, ce passage est juste ÉNORME. Deux minutes après le début du film, Palpatine et moi sommes donc en train de nous étrangler de rire. Le reste de la salle n'est pas plus sage, seulement moins balletomane (indice : ça s'effarouche des pieds d'une danseuse lorsqu'elle enlève ses pointes) : tout le monde approuve-grommelle lorsque le directeur souligne que le prix des billets est trop élevé. On est content qu'ils aient remarqué le problème. Mais silence à entendre les mouches voler lorsque le directeur ouvre le brainstorming sur comment résoudre ce "problème insoluble" (commencer par arrêter d'embaucher un vrai taureau et son éleveur, à tout hasard ?)(baisser les prix des soirées moins bankables pour assurer le remplissage et éviter de brader les places ?)(proposer des snacks abordables à l'entracte comme à Covent Garden pour que tout le monde en achète ?)(je ne suis plus jeune à partir de cette année ; j'ai plein d'idées).

Contrairement à ce que j'ai pu lire sur Twitter, la danse n'est pas absente du documentaire, seulement en retrait parce que moins parlante. Jean-Stéphane Bron n'est manifestement pas dans son élément : la grâce du mouvement ne se prête pas aux contrastes dont il est friand et dont il joue par ailleurs de manière brillante. Les seules oppositions qu'il met en scène relèvent de l'opposition entre la scène et le hors-scène, entre l'apparente absence d'effort et la douleur qu'elle peut cacher : ce sont des pieds abimés sous des chaussons de satins, c'est Fanny Gorse qui halète et s'allonge en sortant de scène… plans éculés, encore et toujours le rose et le noir. Peu à l'aise avec la danse, le réalisateur l'est davantage avec le ballet, comme corps de métier (défilé, cygnes, ombres… les tutus blancs se suivent et ne se ressemblent pas) et comme entité à manager (Benjamin Millepied en répétition puis devant les danseurs auxquels il annonce son départ). Rien de bien nouveau, il est vrai ; on aurait tort cependant d'en faire grief au réalisateur : non seulement le ballet a eu ses documentaires dédiés, mais celui-ci montre par leur juxtaposition l'étanchéité des mondes lyriques et chorégraphiques, qui ne se parlent pas, ne se voient pas, tel Stéphane Lissner qui, songeur, traverse la scène sans un regard pour Amandine Albisson, qui répète seule quelques pas de La Bayadère en attendant le lever du rideau.

Bonus balletomane : les balletomanes anonymes auront reconnu @dansesplume en gros plan flou lors de la conférence de presse… ^^

En bref : allez voir ce documentaire au ton truculent tant qu'il est à l'affiche !

17 avril 2017

Cunningham / Forsythe

Forsythe, ça se mérite. Pour vérifier que vous êtes vraiment motivé, l'Opéra a programmé avant un Cunningham de 48 minutes. Je me suis étranglée en découvrant la durée de la pièce sur le programme : ce que je pensais un "petit" Cunningham constituait la première partie de soirée. Heureusement, grâce à Pink Lady, j'étais très bien installée dans mon fauteuil de premier rang de troisièmes loges. De quoi re-tenter l'affaire cunninghamienne dans de bonnes conditions. Sait-on jamais, c'est peut-être comme les courgettes, cela finira peut-être par passer.

Walkaround time n'est pas si pire pour un Cunningham ; je veux dire, y'a des contacts physiques entre les danseurs, come on, trop l'éclate. Sur des bruits de pas dans des graviers, les neuf danseurs évoluent (walk) autour (around) de blocs en plastique transparents sur lesquels sont dessinés divers schémas géométriques. Évidemment, ils sont habillés en couleur uniforme vieillotte de la tête aux pieds (pas d'académique, cela dit, mais collants et justaucorps assorti pour les filles, collants et T-shirt pour les garçons)(comme toujours, c'est la plus gracile qui se coltine le jaune), évidemment il y a des sauts de grenouille avec accent sur la réception (mais aussi en arabesque, c'te nouveauté délirante), évidemment un danseur reste parfois planté en retiré comme un flamand rose, et évidemment tout le monde fait la gueule de mannequins à un défilé de mode. Cunningham, c'est quand même le seul chorégraphe qui vous donne une idée de la tête que peut faire Amélie Johannidès sur son passeport. Compte tenu de ce que cette danseuse est la joie de vivre incarnée, la performance mérite d'être saluée.

Comme souvent, l'intérêt est réveillé par ce qui excède la chorégraphie : un regard un peu trop vif, un poignet un peu trop souple, le vivant se glisse sous la géométrie, la déborde. Cunningham devait en être conscient, car il insère en plein milieu un intermède où la chorégraphie s'arrête et le mouvement commence : les danseurs prennent leur pause sur scène, avec leurs vêtements d'échauffement, répètent des phrases chorégraphiques plus classiques, des acrobaties plus hip-hop et causent avec le DJ. Parce que la bande-son ne pouvait pas être enregistrée, voyez-vous. Les bruitages doivent être mixés en direct. Je n'ai pas réussi à savoir si la gestuelle du DJ faisait également partie de la chorégraphie ou s'il avait véritablement le groove à balancer des bribes de discours scientifico-poétiques sur une "mécanique célibataire". Dans cet érotique raté de la géométrie, j'entrevois la fascination des pistons, l'hypnose de la mécanique*. Force est d'avouer que mon ennui n'en est pas vraiment - plutôt une suspension de l'attente, de l'attention. J'observe les aléas de la chorégraphie sans en être affectée. Ça ou autre chose, c'est du pareil au même. Peut-être que c'est ici que se joue Cunningham, dans cette méditation sans objet. L'ataraxie chorégraphique ? J'ai du mal cependant à associer cette absence de tension à un idéal artistique. Car enfin, c'est reposant mais cela ne vit pas. Ce n'est pas Pink Lady qui me contredira, sur laquelle l'hypnose a trop bien fonctionné et qui n'a même pas été réveillée par les embardées de la sono.

Si contradiction il y a, elle viendrait plutôt de la gamine derrière nous, qui nous a aspergées d'un waou dès le premier porté et a répété ensuite à plusieurs reprises la classe. J'ai souri avec attendrissement et un soupçon de condescendance la première fois. Elle l'a redit lorsque les danseurs ont déplacé les blocs en plastique : j'ai vu leur lumière de glaçons ; je me suis souvenue de la fascination exercée par cette œuvre exposée au MoMA, un coffret de glaçons entretenant je ne sais plus quel rapport de légende avec la Taglioni. Encore la classe et trop la classe, alors que je ne voyais rien. Je n'ai pas osé lui demander à l'entracte ce qui lui plaisait tant là-dedans, parce qu'on n'est pas sérieux quand on a sept ans ; c'est con, la réponse à la vie, l'univers et le reste était peut-être juste derrière moi.

Trio de William Forsythe après l'entracte. On respire, ça respire, le vivant reprend ses droits, même si c'est toujours un peu barré. Éléonore Guérineau, Maxime Thomas et Hugo Vigliotti, en avant-scène, soulèvent leurs T-shirt bariolés et encadrent de leurs doigts des parties de leur corps comme des pointillés découperaient la côte et le jarret de porc. Le geste rappelle à la fois l'enfant qui montre où il s'est fait mal, le chirurgien esthétique qui définit la zone à reprendre et même, dans le cas d'Éléonore Guérineau qui s'agrippe le poignet pour nous exhiber son avant-bras, la diseuse de bonne aventure. Tenez, voyez, regardez. Beaucoup de coude et de genou : il faut que cela s'articule. Les danseurs se cherchent des poux, (s')attrapent et (s')écartent, montre voir ton avant-bras, je te donne ma jambe, l'autre n'en veut pas, la refile au troisième, mais ce n'est pas non plus ce qu'il cherche, ce n'est pas ce qu'il trouve. Éléonore Guérineau est là d'une densité parfaite, terre-à-terre et intense, juste ce qu'il faut pour communiquer l'humour du chorégraphe sans faire rire. Et je me dis que c'est ça, au-delà de toute gestuelle qui fait que Merce Cunningham lasse et que William Forsythe excite : l'humour ou son absence, par-delà le sérieux de la mécanique.

C'est bien beau, de chorégraphier que la vie n'a aucun sens, mon cher Merce, mais ça l'est bien davantage d'en profiter. Dans Herman Scherman, comme dans Walkaround time, ça déboule de nulle part pour n'aller nulle part, mais on y prend beaucoup plus de plaisir. Alors qu'avec Merce Cunningham, on vise le terme (la position finale en guise de mouvement et du coup… la fin de la pièce), William Forsythe explore l'entre, l'entre deux positions qui s'effacent au profit du déplacement, de l'étirement, du jeu… de la danse quoi ! Facétie pour cinq danseurs, donc. Dont la silhouette élastique et acérée de Sébastien Bertaud. Puis l'on change de cast et de tonalité, avec un superbe pas de deux entre Eléonora Abbagnato et François Alu. La première a perdu de sa superbe, mais peut-être moins de majesté que d'orgueil, finalement, ce qui est réjouissant. Le second, dont je ne suis pas une inconditionnelle, m'a  beaucoup plu ici par la densité qu'il manifeste, la place qu'il se taille dans le geste sans le brusquer… c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il revienne torse nu en jupette jaune fluo assortie à sa partenaire (je ne suis pas très péplum). Fin du lyrisme, mais fin en fanfare. Sacré Bill !