18 octobre 2009
FACéties
Il n’y a pas que les discours de Jaurès que l’on reconnaisse à ce que les verbes sont au futur. Ceux de la fac aussi.
Jour de la rentrée, mi-octobre : « guettez » les horaires des cours d’anglais, ils seront affichés « prochainement ». Il aura fallu quatre allers et retours entre l’UFR d’anglais rue de l’Ecole de médecine et celle de lettres modernes à Censier pour obtenir un cours. Ceux affichés à Censier n’existaient pas une fois arrivé à l’UFR d’anglais. Mais j’ai. Toujours pas de salle ni de prof, mais un cours.
Les non-khûbes m’avaient évidemment donné un aperçu du bordel administratif ; du coup, j’ai été presque rassurée de monter et descendre les quatre étages qui mènent au secrétariat du M1 de lettres modernes (et dire que j’étais heureuse d’en finir avec les escaliers de La Bruyère… voilà que je me retrouve avec des double étages), comme si je me rachetais d’avoir échappé à ma peine en zappant la troisième année de licence. A voir certains élèves, je ne serais pas si empotée que j’aurais cru ; j’ai presque du mal à garder mon sérieux quand on se fait hurler dessus par la secrétaire, assez fort pour que tout le couloir se retourne. C’est encore assez nouveau pour me faire rire.
Plus étrange encore, je pourrais presque être sociable. D’avoir retrouvé M. m’empêche de faire mon autiste. Réunion de rentrée :
« -Mais qu’est-ce que tu fous là ?
-Non, mais, qu’est-ce que toi, tu fous là ? »
On s’est accrochées l’une à l’autre, et on a joué les Teletubbies à la fac – que je t’échange mon repérage de toilettes propres au quatrième étages contre la découverte d’escaliers dans les barres du H que forme le bâtiment (en vérité ce serait plutôt un |----------| ). Parce qu’il y a un truc formidable avec Paris III. Le bâtiment est un gros blocos moche, gris, laid, mais je l’adore : les numéros des salles ont beau n’être pas rangés dans l’ordre, une fois au bon étage, il suffit de le parcourir de long en large pour finir par tomber sur la salle que l’on cherche – pas d’entresols comme à Paris IV, ou d’escalier E introuvable entre le D et le F. Pas de labyrinthes à la Harry Potter, même si on aimerait bien une salle sur demande (70 dans une salle pour à peine 40, même debout, tout le monde ne rentrait pas – cours annulé, on revient au deuxième semestre) et un retourneur de temps (pourquoi tous les cours biens sont concentrés le jeudi matin ?).
Je n’ai cependant pas à me plaindre, j’ai réussi à me concocter un emploi du temps qui fait tenir mes dix heures de cours hebdomadaires (« la présence horaire est assez lourde », dixit ma directrice de recherche – on préférera penser que c’est relativement au temps de recherche que prend le mémoire) en presque deux jours, les deux heures d’anglais ayant été exilées le mardi soir.
Une digression m’a emportée. J’en étais à me surprendre à être presque sociable, me retrouvant je ne sais comment en conversation avec des premières années de licence de lettres modernes au RU ou à me faire confirmer que mon voisin de gauche est bien un khâgneux – ça se sentait à dix lieues à la ronde : pas encore assez désinvolte ou blasé, consciencieux à la limite de la légère névrose. Son sujet de mémoire est sur le vers chez Vigny. Mais deux ex-khâgneux, c’est un peu comme des anciens combattants : on a pu râler de concert depuis le secrétariat jusqu’à la bouche de métro.
Avec d’autres, les mots échangés ont été plus furtifs. Après avoir quitté une Erasmus devant l’UFR d’anglais, M. regrette : « On ne lui a même pas demandé son nom ». Justement, c’est parfait comme ça : quelques paroles complices échangées sur le vif, sans la contrainte parfois hypocrite ou simplement conventionnelle de demander un nom que l’on aura probablement oublié deux jours plus tard, et d’une personne que l’on ne cherchera pas spécialement à revoir et que l’on ne croisera peut-être même plus.
Finalement, ce n’est pas tant l’administration non administrée qui me dérange le plus, mais les cours qui me semblent très théoriques (à côté la prépa, c’est du concret) et hyper spécialisés. Je me suis clairement demandé ce que je fichais là le premier jour.
Séminaire sur le songe à la Renaissance : on nous distribue un texte en police 5 (je ne suis pas devenue myope pour rien), en ancien français (on devrait pouvoir s’en sortir, même si l’on n’en n’a pas particulièrement fait) en GOTHIQUE ! Ancien français en petite police ou français moderne en gothique, cela aurait pu aller, mais là… disons que je lis trois mots sur dix et que cela me demande une telle concentration qu’au bout de six lignes j’ai oublié ce que j’ai déchiffré au début. Lorsque la prof en faisant la distribution des polys a prévenu que c’était en gothique, une fille très droite a déclaré que « cela a son charme », avec des pleins et des déliés dans la voix : j’ai eu comme une envie de la matraquer à coup de gargouille.
Encore, c’est de la littérature. Imaginez-moi en phonétique, moi qui ne fais pas de différence orale entre « brin » et « brun », et pour qui les dictées de mots accentués étaient une hantise – « é », « è », « ai », même combat. La linguistique semble avoir un effet démoralisant intrinsèque. M. en sortant de son cours de didactique : « J’ai besoin d’un thé, là ». Comprendre un thé à la menthe à la mosquée de Paris, juste derrière la fac. Sous-entendre, bien évidemment, les pâtisseries qui vont avec. Je les aurai toutes testées à la fin de l’année (scolaire, pas civile).
Entre cela, la boulangerie qui fait du flan pas hors de prix et du pudding bien masse, et le magasin de chaussettes et collants fantaisies en face du métro, c’est « le pied » (le nom de la boutique), je me sens chez moi. Heureusement qu’on nous perche au quatrième étage en fin de compte. D’autant plus qu’on a testé avec A. un salon de thé rue de l’école de médecine (ça a du bon les allers et retours), avec chocolat viennois bien cacaoté et couche conséquente d’épaisse crème fouettée, et divin Apfelstrudel (je suis sûre que la cannelle est une drogue), je ne vous dis que ça… (mais vous en dirai certainement plus prochainement, surtout sur le sablé aux noisettes).
C’était la faculté d’engloutir et d’adaptation.
01:28 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : fac, boulet power
10 juillet 2009
Recalée.
(Titre explicite pour Dre qui ne peut lire que cela sur son ordi - le déversement de fiel est à venir sous peu, quand j'aurai dormi)
20:33 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25 juin 2009
Le pouvoir de l'onomatopée
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAhhhhh !
El Teckel intègre l'école des Chartes major de sa promo ! Non solum elle intègre, sed etiam elle MAJORE.
Le vates and I sommes admissibles. A Ulm.
Bamboo est admissible. A Lyon.
Quelques autres aussi.
C'est le problème.
Pile électrique.
[Si je pouvais être 75ème, je signerais tout de suite. ]
18:45 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
13 juin 2009
Le triste insu
§219 Le Gai savoir - Nietzsche
« But du châtiment.- Le châtiment a pour but d’améliorer celui qui châtie, - tel est l’ultime refuge des défenseurs du châtiment. »
D’où l’on peut, après l’avoir admis, comprendre pourquoi « c’est pour n’être pas la victime d’un assassin que l’on consent à mourir si on le devient ».
Voilà ce qu’il me manquait pour clore le bec de Rousseau et ma dissertation de concours.
17:22 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : philosophie acounamatata, boulet power
02 juin 2009
Thésée vous-même
Il y aurait tant de choses à dire sur les notes en bas de pages... Entre les indications scolaires tautologiques comme "on notera l'effet de ce rythme ternaire", les précisions sur les circonstances d'inspiration à côté desquelles l'an 40 est un souci présent en permanence à nos esprits, et les biffures de vieux rancis légitimées par la publication, du genre "cette scène ne présente pas grand intérêt et se comprend encore moins que la précédente" (que la Bacchanta frappe d'un "nul"), on est servi. Et puis parfois, outre des notes utiles pour comprendre l'emberlificotement de tel ou tel raisonnement, on trouve un sourire du commentateur, la petite pause ironique qu'il s'est permise dans son travail obscur (car en police 4). Dans la 5ème régle pour la direction de l'esprit, Descartes s'emballe un peu dans ses comparaisons (une autre curiosité plaisante que le quart d'heure poétique des philosophes) :
"cette règle doit être suivie par qui veut accéder à la connaissance des choses, aussi fermement que le fil de Thésée par qui voulait voulait pénétrer dans le labyrinthe".
Et J. Brunschwig d'ajouter :
"Il va sans dire qu'il s'agit de ce que nous appelons (plus poliment) fil d'Ariane."
Il aurait pu mettre "(moins mysoginement)", aussi.
Encore que l'attribution de Descartes trahit plus sûrement son contentement à faire des découvertes par lui-même, quitte à se les attribuer dans son enthousiasme, quand bien même elles auraient déjà été assurées par la terre entière auparavant : ce sera donc à celui qui agit dans l'instant (Thésée, Descartes) et non à celle qui en a eu l'idée (Ariane est disqualifiée, elle n'entre pas dans le labyrinthe - une idée non actuellement pensée est négligeable, voyons ! Et la mémoire est chose si instable.) que sera attribué le mérite de la chose. Cette insincerité en toute bonne foi a quelque chose d'enfantin.
20:23 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
30 avril 2009
Qu’on court encore
La scène se passe dans des hangars à la Saint-Denis. Quelque chose comme 900 figurants les premiers jours, un peu moins par la suite. Le Vates, miss O., ma pomme et la mauvaise troupe. Des anciens de La Bruyère rempotés sur la montagne dorée – j’espère pour eux que la bouture a pris. Et d’autres dont je ne connais pas les noms, mais que j’avais déjà vu, qui au concours, qui à la confession- comme si le monde entier avait khûbé.
On aurait presque la nostalgie d’Arcueil, de ses vraies salles d’examen et des allées relativement larges entre de vraies tables. Saint-Denis, ce sont des hangars aménagés, avec des tables serrées, à perte de vue, deux toilettes pour deux salles de 400 élèves chacune, et une surveillante à l’âme de dictatrice. Avec une coupe de cheveux comme une corbeille de fruits renversée, qui ne bougeait pas, statue de poivre et sel.
En six épreuves, on a le temps de prendre ses petites habitudes – et qu’elles virent à la superstition. Arriver dix minutes en avance, repérer les membres de sa confrérie (et c’est facile, il y en avait toujours un debout sur le banc), tourner plus vite que les aiguilles de sa montre pour se mettre hors de portée des cigarettes, imaginer les sujets horribles qui pourraient tomber, puis décréter qu’il est temps d’y aller pour remplir nos en-têtes, académie, session, NOM, prénoms, adresse, portable, vous venez prendre un café ? date de naissance, numéro de matricule de candidat, épreuve, repère de l’épreuve. J’ai compris comment marchait la numérotation des pages cette année, i .e. par page et non par feuille ou copie, comme quoi, cela valait la peine de cuber, on progresse toujours.
On se disperse aux quatre coins de l’Europe : on abandonne C. au Royame-Uni, et j’échoue en Scandinavie où, comble de la chose, on crève de chaud. Avec l’EN*, rien n’est impossible. Même non sortie du frigo, la bouteille d’eau sert de rouleau à pâtisserie rafraîchissant à se passer sur le visage. Le climat est un peu plus tempéré en Europe, mais c’est sans compter les courants d’air.
Anonner l’alphabet pour trouver son étiquette, poser son sac, en sortir le sac de bouffe, les stylos plumes, les deux bleus pour ne pas avoir à changer la cartouche, un noir pour le brouillon, crayon à papier et gomme, puis aussi un surligneur, je ne m’en sers jamais sur mes brouillon mais sait-on jamais, et ça permet de voir la vie en rose – et le plus important, les effaceurs dont j’ai cette année vérifié que les réécriveurs marchaient (rien que pour la propreté, ils devraient me rajouter un point). Après, il faut repérer quel est le pied de la table qui la rend bancale, et être adoubé par les sacs des chevaliers arrivants pour installer sa cale de papier brouillon ou d’enveloppe de sujet de khôlle de latin – vous ne direz plus jamais que le latin ne sert à rien. Retrouver les autres pour savoir où chercher les regards de soutien ou de complicité, et râler de sa place ; on trouve toujours un motif : trop loin des toilettes, c’est une perte de temps, trop près, on est dérangé par le va-et-vient, au fonds on se noie dans l’immensité de l’hubris khâgneux (curieusement, j’aime être derrière, je me sens bien avec tous ces gens qui galèrent autant que moi – variante : j’aime bien les avoir devant les yeux, j’ai l’impression que je vais les killer) , tout devant, on se sent poussé par des centaines de regards.
Les consignes ont un petit effet comique, de par leur répétition quotidienne (c’est un peu comme en avion, on pourrait vite remplacer l’hôtesse – les sortie de secours se trouvent à l’avant, sur le côté, à l’arrière… exits are located in the front, at the center and in the back of the aircraft… en cas de dépressurisation, les masques à oxygène tomberont devant vous… pull on the mask to release the oxygen, place the mask over nose and mouth, and breathe normally), et par l’inutilité de certaines, puisqu’il est évident que nous avons plein de résultats à encadrer avec des couleurs autres que le bleu et le noir. Je regrette vraiment que l’usage de la calculatrice soit interdit. Et la liturgie se terminait par « il est interdit de fumer », après quoi on faisait quelques minutes de silence pour faire le deuil de notre optimisme. Il y avait également un autre sas de décompression à la sortie – LEVEZ-VOUS, encartez vos feuilles dans la première copie, tendez-les à l’examinateur, puis rasseyez-vous et ATTENDEZ ! si, si, un tyran dans l’âme parle toujours en majuscules. Et comme elle parlait au micro, je me demande même si ce ne devrait pas être en gras.
Maintenant que vous avez le décor et l’ambiance, passons à l’action réaction répression. Les sujets ne respiraient pas franchement la joie de vivre :
Histoire : L’autorité
Et demerden Sie sich. Comment vous expliquer que je me suis noyée dans mon brouillon puis dans ma copie au point qu’il manque quelque chose comme 25 ans à mon devoir ? Entre-deux-guerres bâclée, Vichy et la IVème République en plan, pas de conclusion – no comment. Epuisée avec ça. Et hystérique à la sortie. Tout ça pour ça. Cuber et progresser pour se planter lamentablement à la première épreuve. Il y a eu besoin d’un soutien texto de masse. Et je suis redevable à la Bacchante d’un hors-forfait qui doit être considérable, puisque j’ai appris par la suite qu’elle était encore en Tunisie. Déprimée, mais du coup beaucoup moins stressée pour la suite.
Anglais : un texte de James Baldwin, auteur afro-american.
Problème racial compliqué par l’aspect religieux.Difficile d’être plus précis, chacun en a vu un aspect particulier. Mais quand j’ai lu « perdition » et « way of cross », j’ai eu une pensée émue pour From-the-Bridge et sa Bible dans la King James version. J’ai un peu expédié la version pour avoir le temps (le temps ! l’histoire m’a traumatisée pour le reste des épreuves) de faire le commentaire. S’ils ne font pas une pétition de principe contre les running commentaries, it should be ok.
Philosophie : Pourquoi punir ?
Très bonne question : pourquoi nous punir d’avoir planché sur droit et politique ?
Pour cette année de réforme à marquer d’une pierre blanche (pouvant muter en pierre tombale pour les cobayes que nous sommes), les sujets sont lapidaires. Et répressifs : l’autorité, la punition, tout ça… Il y a eu une vague de surprise-épouvante nerveuse- aaah- pfff lorsqu’on a retourné le sujet. Je me suis maudite de ne pas avoir rouvert mon classeur d’hypo, mais au final j’ai réussi à ficeler quelque chose, on verra bien.
Français : (citation à venir, j’ai donné le sujet à ma prof.)
Je ne suis pas certaine que T. Pavel se soit fait des amis ce jour-là. Un sujet qui ressemblait un peu à rien, et beaucoup à pas grand-chose. Je l’ai tiré d’un côté qui m’amusait à peu près. Ils voulaient des exemples romanesques variés : Scarron, Laclos, Pérec et Proust me semblent assez éloignés – j’espère seulement que le dernier, massivement précisément utilisé dans mon devoir, ne filera pas une indigestion au correcteur. Babak (alias la Bacchante) était là à la sortie, munie de gâteaux. Dans un grand élan d’espoir, on l’a ensevelie sous nos brouillons pour qu’elle nous dise ce qu’elle en pense – texto positif le soir même (oui, on échange des sms avec notre prof de français, et elle signe bizoux).
Latin : Panégyrique de Trajan, 86
Continuons dans la politique : après la répression, la flagornerie. Heureusement qu’il y avait le chapô, parce que la flatterie conduit à une logique bizarre : ô toi qui es au pouvoir, comme on doit te louer de ne pas envier ton ami qui t’abandonne pour se consacrer à l’otium. Difficile de savoir qui pleurait dans l’affaire. Autant le sujet de l’année dernière avait été une agréable surprise, autant cette année… du relativement facile ne permettant peut-être pas un départage aisé des candidats à la difficulté qui va couler tout le monde (enfin j’espère ne pas être seule, quoi), il n’y a plus de demi-mesure. Pourtant les trois premiers mots en expression clé dans le Gaffiot, cela augurait plutôt bien…
Spé philo : passage de la cinquième méditation de Descartes où les idées claires et distinctes sont assurées en tant que vérités éternelles
Toujours amusant de constater que les optionnaires philo occupent deux rangs de moins que les lettres modernes.
N’ayant pas voulu réitérer l’échec historique pour cette épreuve de sprint dans ce concours marathon (ne pas seulement penser à finir, essayer de faire quelque chose de consistent, ne pas seulem…), je n’ai pas fait de brouillon – on verra ce que donne l’inauguration de cette nouvelle méthode. Le sujet n’était pas transcendant (ou plutôt, il l’était), mais comme l’a dit l’air soulagé mon voisin de devant à la fin de l’épreuve, déjà ce n’était pas Epictète.
Epictète demain non plus (adaptation d’une blague de From-the-Bridge).
C’est fini.
Le concours est passé.
Il se pourrait que notre chance aussi. Il se pourrait au contraire qu’on en ait beaucoup.
Mais c’est fini.
Il me reste à sevrer mon estomac de sa perfusion chocolat-yaourt à boire de 9-15h.
10:59 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : khâgne, concours
20 avril 2009
Anachronismes historiques
Parfois, en relisant mes notes, j'ai des bugs chocs découvertes témoignant de me grande connaissances desdites notes.
Deux fois en deux lignes successives.
D'abord :
1896 Ubu roi de Jarry
Puis :
1896 Ubu roi de Jarry
1897 Cyrano de Bergerac E. de Rostand
22:37 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : khâgne, révisions, concours
13 avril 2009
Gros titres, grands mots, petit pas
Les conditions de concours me font l’humeur plus instable que les gouvernements pendant l’affaire Dreyfus. Au début des révisions, j’ai cru comprendre l’utilité de l’eye-liner waterproof (en fait, il serait même démaquillant proof, ce qui pose un léger problème), et ça laissait augurer que les madeleines allaient pleuvoir comme à Gravelotte, mais hier, j’étais plutôt comme ça :
Genre (si, si, je peux le dire, le conférencier de l’EN* sur Darwin l’utilisait plus que la torture le mot de « hasard » dans le cours sur le même sujet) j’ai découvert subitement que sous l’angle du droit, la philosophie politique était vraiment passionnante. Adeo ut un épisode de Grey’s anatomy n’a pas suffit à m’apaiser pour dormir sereinement et réviser ardemment à mon réveil.
Comme le dit O., l’impression d’avoir le cerveau déconnecté de soi. Toutefois relié à l’estomac dans mon cas. La sensation de faim a disparu pour la simple raison que je mange tout le temps. Nam, la chouquette a toujours tort. Surtout la chouquette maison. Celle-ci a une forme bizarre, non, vraiment, elle détonne parmi les autres, il faut la faire disparaître. Celle-là s’est plainte du délit de sale gueule commis à l’égard de la précédente ; elle est punie à coups de dents. Et puis on ne fait pas mentir le proverbe, et après il faut faire un exemple. Il n’y a pas d’innocent parmi les chouquettes. Sans compter qu’il y a une deuxième fournée : il faut la comparer à la première. Mais la première bouchée est un trop menu plaisir. Pas encore refroidie, il faut en goûter une autre plus tard. Après toutes ces chouquettes m’agacent, alors je me mange sauvagement. Je mange chouquette. Je pense chouquette. J’ai un grain – de sucre coincé entre les dents.
Entre deux rires jaunes, je découvre que Salengro s’est suicidé sur la même feuille que l’évêque de Lille, qui a participé au Front populaire. Depuis que Barrès a croisé Maurras, j’ai toujours l’impression d’avoir fait une bouture orthographique et que je devrais écrire « Maurace ». Même Word le sait et fait des vaguelettes rouges – Maurice, si ça continue tu vas aller en pension. Or perhaps could we Locke him in the cupboard. Tellement assez de rouvrir mon sempiternel (3 ans c’est sempiternel) classeur d’histoire (celui dont je connais la disposition des lignes par cœur, mais toujours pas le contenu – sauf les blagues au crayon à papier dans les marges) que je révise sur les fiches d’une amie ; on fait ce qu’on peut pour se créer un certain suspens. Chacun ses plaisirs ; et de remarquer, tiens, c’était un moment de grande extase de fichage les !!! après « je suis à la fois radical et conservateur » - ah ! l’arôme Gambetta. Kill them all. Et puis d’abords, « la tolérance, il y a des maisons pour cela », c’est Claudel qui le dit – encore un de ses charmes qui me tiendront à distance de ses écrits. Le banyan tire peut-être, mais lui il pousse un peu trop loin. Je devrais retourner accabler Dreyfus avant de le sauver, mais je ne vous ai même pas bombardé de philo.
Je vous laisserez pour le moment sur :
- mon premier est ce qui tranche la matière Historique
- mon deuxième est la première lettre de l’alphabet
- mon troisième est la première lettre de mon prénom
- mon quatrième est la puissance des deux précédents
Et mon tout est une forme d’expression économique servant aussi bien à la rage, la colère, le désespoir, l’énervement, le défouloir, l’angoisse, la crise de nerfs, ou d’introduction ou conclusion de conversation sur msn.
15:53 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : khâgne, concours, révisions, délire
02 avril 2009
Blank
Laisser-aller avant de se rassembler, soi et ses feuilles, et s’y mettre. Cet après-midi, un avant-goût des deux semaines à venir, cet état où éparpillé au milieu des copies doubles règle crayon tasse de thé gomme jus de fruit emballage de gâteau, les mots se superposent à toute vitesse dans votre esprit, jusqu’à ce que la philosophie de Descartes soit une évidence lumineuse, dont la clarté n’a d’égale que la fulgurance. Comme une page blanche au soleil, on ne voit que son éclat et rien de ce qui y est inscrit ; on comprend tout et on ne retient rien, ce qui lu est oublié, effacé, dissous. Une vérité de l’instant. Instantanément évanouie. Il faudra se trouver quelque dieu et à son ombre, admettre ce que l’on a compris mais que l’on n’embrasse plus ; admettre que les idées sont innées chez Descartes, que l’on peut connaître que la substance est complète sans en connaître tous ses attributs, sa perfection, que je pense est tantôt action, faculté, chose dans laquelle celle-ci se trouve, que les idées sont à l’image de ce dont elles sont l’idée mais qu’elles ne leur ressemblent pas. Bref, comprendre moins pour apprendre plus. Et ânonner des citations jusqu’à ne plus comprendre le sens des mots, finir par se souvenir plus de la référence que de son contenu, du chiffre de la décennie plus que du siècle. Se plonger dans l’effort pour oublier jusqu’à l’impulsion qu’il aura fallu d’abord. Et troquer le futur pour un présent si inconscient de soi qu’il passe immédiatement au passé dans notre conscience.
[Je vais sûrement poster pendant ces révisions, histoire de ne pas arriver devant ma copie en ne réussissant plus à lier deux mots ensemble. Pas spécialement envie de ressentir le devoir entier comme une introduction géante, l’horrible problématique, qui ne se formule jamais qu’au forceps.]
19:51 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : khâgne, philosophie acounamatata
24 mars 2009
Autruche fataliste
Le concours est dans un mois.
J’ouvre mon agenda de moins en moins souvent.
Mais il est de plus en plus rempli.
Pas forcément avec ce qu’il faudrait.
Les DS du samedi matin me paraissent d’autant plus longs que mes copies sont plus courtes.
Les profs nous font des journées à thème en ce moment.
C’est nettement moins drôle que les parcs du même nom.
Aujourd’hui, 6 heures de latin dont 4 de version. (après 2 heures de français)
Demain, après 2 heures d’histoire, 5 heures de philosophie, dont 2 de cours général sur Hegel, et 3 d’option.
J’espérais vaguement un mixte avec Epictète.
Histoire de varier les plaisirs.
Mais ce sera Descartes only.
Il faudrait que je me botte les fesses pour la dernière ligne droite.
Mais moralement comme physiquement, je deviens raide.
La corde, je ne sais pas.
Je me réveille avant mon réveil.
Ca pourra toujours être utile, parce qu’on passe à la plaine Saint-Denis cette année.
Ils n’ont pas trouvé plus loin.
La maison des examens va presque me manquer.
Par conséquent, mon nouveau credo est l’autruche fataliste.
Qui ne veut pas savoir qu’elle embrasse un sophisme paresseux.
Vous irez tirer la langue à Leibniz de ma part.
Autruche fataliste.
Ca a bien fait marrer la Bacchante qui a proposé « gazelle bondissante » à la place.
Hum.
Je sens qu’il va y avoir des mots-clefs bizarres dans les jours à venir.
J’ai l’air de me plaindre, mais en réalité, je me détache doucement.
Jupes tous les jours la semaine dernière.
Surligneur serein sur les polys de critique littéraire :
Glapissement d’enthousiasme sur la gluance du gui vu par JP Richard
Et plaisir à deux neurones sur « inexprimer l’exprimable » de Barthes.
Je découvre toujours ce qui est déjà une évidence pour les autres.
Une analyse d’un poème délirant de e e cummings.
J’ai envie de me laisser porter, autant par paresse que pour le plaisir d’être pris par la main (d’accord, le stylo) et que l’on gratte devant moi des pans de connaissances inconnues.
Qu’apparaissent des choses réjouissantes, des bouts d’images sur un panneau d’affichage palimpseste.
Bouffer/ées de(s) ballets, danse, films.
Je ne regrette pas d’avoir khûbé.
La prépa, je suis arrivée au bout de sa logique – et des mes forces (mais plus probablement est-ce de ma motivation).
J’ai épuisée ses ressorts. Et partirai sans remord parce que je ne serai pas partie l’année dernière avec des regrets.
Je le dis maintenant, parce que je serai de mauvaise foi après le concours.
Et que je vais être chiante qu’elle qu’en soit l’issue :
- pas admissible, pas admise à impression d’avoir régressé à chiante
- admissible, pas admise à impression d’avoir stagné à chiante
- admissible, admise à je vous aurais tanné pour rien à chiante
Sinon, je suis adorable.
Le concours est dans un mois, et j’aimerais qu’il s’avance inopinément à demain.
Qu’il soit là sans qu’on l’ait attendu. Y être. Brusquement,
Comme la dernière marche d’un escalier qu’on a loupée.
Un atterrissage un peu brusque, une secousse, mais au final, rien de cassé.
On se mettrait à sa table, avec les copies quadrillées sur un papier buvard merdique -je n’aurais pas oublié mon effaceur. Et on ferait face.
Sans résignation.
Des lhâmentations, du sang, des lhârmes sur le ton faussement étonné du khâgneux qui met des sourcils levés et des silences partout… je suis sûre que cela vous manquait. Ou que vous aviez oublié. Prenez patience ou savourez, ce sera bientôt fini.
18:47 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : prépa, khâgne, philosophie akunamatata



















