24 juin 2008

Sachant que j'ai déjà le permis, A comme...

Admissible.

Blanc

-Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.

Re-blanc.

-Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.

Sachant que seules comptent les paroles sans importance, vous montrerez en quoi la répétition de la même onomatopée recouvre deux significations différentes.

Trêve de plaisanterie. A partir de maintenant quiconque me voit glander a le devoir de me botter les fesses. Y'a un mois sans histoire à rattraper, du petit latin à faire, devenir bilingue en anglais, connaître tout Leibniz et Aristote sur le bout des doigts et puis euh... tout ça quoi. Et le Vates Lyricus est admissible. Et il y a six sous-a dans la classe. Aaaaaaaaaaaaaaaaah !  

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14 juin 2008

I would prefer not to

Bartleby a ceci de vrai qu’il ne refuse pas à proprement parler – il préférerait ne pas. Ne pas – point. Moi, c’est moins métaphysique : je préférerais ne pas me repointer. On s’est déjà développé en deux dimensions, largement étalés sur nos copies avec des têtes de dix pieds de long, alors entrer dans la troisième dimension… Certes, khûber nous donnerait peut-être plus de profondeur. Mais c’est aussi là que se présente le gouffre. Avant de sauter à pieds joints et poignet délié (on ne joue pas à la marelle où le dernière case est toujours le septième ciel), je préfèrerais m’assurer d’un parachute – alors je me sers de l’attente des résultats comme un parapluie. Les baleines ploient un peu sous les giboulées professorales. On a compris que la formation n’était pas « hypokhâgne, khâgne » mais « hypokhâgne, khâgne, khâgne ». Encore heureux que l’on n’incite pas les khûbes à bikhâter, on pourrait croire entendre des chèvres chevrotantes. Et nous de suivre comme des brebis, d’ânonner pendant encore un an au bic. Débilitant. Pourtant la tortue devrait le savoir d’après ce bon vieux Marx : en histoire, les événements se répètent deux fois, la première comme tragédie, la seconde comme comédie. La khâgne classique a eu ses grandes répliques, ses tirades sans rime(l) ni saison , son décor très Louis XIV et son destin arbitraire, car « tel est notre bon plaisir ». Nous de majesté aimerions bien ne pas être ridiculisés en une seconde année burlesque. La khâgne class-hic répliquerait avec la grande artillerie, nous tiraillerait à tire larigot pour à la fin de sa révolution réclamer notre abdication. Le comique de répétition à ses limites. La perspective du burlesque ne me fait pas rire et je n’ai pas grande envie que l’actuel dilemme cornélien du mauvais histrion m’expédie ratio militari dans le théâtre de l’absurde. Temps du salut (à la fac). Mais le rideau ne tombe pas.

Voyez-vous, je préférerais ne pas khûber. Pas franchement envie.
Mais le problème est que je voudrais vouloir khûber.
Donc je voudrais ne pas vouloir vouloir khûber.
Je me dis qu’ils vont déguster l’année prochaine, avec toutes les épreuves en six heures, le commentaire latin, la science comme thème de philo… rien que pour ça,  ça vaut la peine de ne pas khûber. « Donc tu es toujours en train de te convaincre de ne pas khûber », souligne ma mère. La porte du frigo est restée un moment bouche bée et a répondu à ma place par une sorte de bruit de mouche. I would prefer not to.

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25 mai 2008

Aristote pour les nuls

  
    Un petit article pour présenter ce que nous a fait vivre l’auteur de la Physique, ce qu’il est pour moi (merci de garder pour vous la conclusion du syllogisme qui s’impose naturellement à votre esprit) – mis à part un emmerdeur de première. Attention, risque d’ennui mortel (expression qui n’est malheureusement pas ici à prendre comme une litote). Que ceux qui en ont déjà marre donnent quelques coups de molettes de souris pour trouver la sortie de secours.


Aristote est siphonné

 Aristote est siphonné. [copyright Monkeyz, évidemment]


Que l’humour aristotélicien est non-étant

    Aristote est grec, je ne vous apprends rien. Mais on sent dans le choix de ses exemples qu’il est un pochtron pieux fidèle de Bacchus : «  On appelle un soit le continu, soit l’indivisible, soit les choses dont la formule de l’être essentiel est la même et unique, comme jus de la treille et vin. » Le vin essentiel à la compréhension de la Physique, d’où peut-être une certaine ivresse de la tortue lorsqu’elle a enchaîné les envolées lyriques :
- sur une aporie : « Et c’est là qu’Aristote est génialement gêné. » Et quand c’est à nous de l’expliquer et d’y trouver une raison suffisante, nous sommes juste médiocrement mauvais.
-        
peu après « Et là le vide arrive, comme Zorro. » 

En parlant des films à grosse production, je vous recommande également  Aristote et ses exemples à haute teneur en effets spéciaux pour un peu d’inspiration : IV 8 « En effet, l’air est quelque chose, pourtant on n’en a pas l’impression ; de même en serait-il pou l’eau, pour les poissons s’ils étaient en fer. Car c’est par le toucher que se fait la discrimination du sensible. » Cherry on top, la note en bas de page : « Ce paragraphe ne semble lu par aucun des commentateurs, mais figure bien dans les manuscrits » Tu m’étonnes… j’adore l’humour de Pellegrin (moins sa traduction, d’ailleurs « remaniée » pour le sujet du concours et où on avait peine à retrouver la traduction d’origine).

Logique de l’absurde : un texte en puissance de signifier quelque chose

« L’être est, le non-être n’est pas. » Cette petite phrase de Parménide, qui n’a l’air de rien, nous avait bien fait rire l’année dernière. Plus jaune cette année, car Aristote y est fidèle. C’est un homme qui aime tant la logique qu’il poursuit les développements absurdes des philosophes qu’il réfute… logiquement. Par exemple, en I 4 187b 35 (que diable, il faut des références précises, nous serine la tortue), il réfute Anaxagore qui pose que, puisqu’une chose ne peut pas venir du néant, tout doit déjà être là, tous les éléments doivent se trouver les uns dans les autres. Aristote « simplifie » l’idée en pensant deux éléments que sont la chaire et l’eau, et s’emploie joyeusement à prouver qu’on ne peut extraire l’un des éléments de l’autre : « En outre, si, d’une part, tout corps devient nécessairement plus petit quand on en a soustrait quelque chose, et que, d’autre part, la quantité de chair est limitée en grandeur ou en petitesse, manifestement aucun corps ne pourra être extrait de la plus petite partie de chair. En effet, il sera moindre que le minimum. » Mais ce que je préfère, c’est la fin du paragraphe : « Mais c’est déraisonnable. » Merci du commentaire.
    Amusez-vous ensuite à trouver la logique de l’absurde dans ce raisonnement plein de vide : IV 8 « Même pour qui le considère pour lui-même, ce qui est appelé vide apparaîtra comme vraiment vide. En effet, de même que si l’on plonge un cube dans l’eau, un volume d’eau égal à celui du cube sera déplacé, de même en est-il aussi dans l’air. […] Mais cela est assurément impossible dans le vide (car il n’est pas un corps), mais il faudrait qu’une extension égale à celle du cube, laquelle était auparavant dans le vide, ait passé à travers le cube, comme si l’eau, ou l’air, n’avait pas changé de place avec le cube de bois, mais l’avait pénétré dans toutes les directions. » C’est beau comme de la poésie surréaliste. Le problème, c’est que l’on ne peut pas se draper d’hermétisme et déclarer que la musicalité nous a fait rêver. Cauchemar d’articulations boiteuses et parfois inutiles : en « mais », fais ce qu’il te plaît.

           
Et puis là, pas d’idée de titre parce que c’est une partie poubelle (une troisième partie, quoi)

    Aristote est également mauvais joueur. Une petite caricature de l’adversaire, et hop, réfuté. Un sacré prestidigitateur.  L’un de ses tours de passe-passe les plus réussis est en effet de montrer comme un étant peut changer tout en demeurant toujours lui-même. Pour ce tour de magie, vous aurez besoin d’un substrat, de deux attributs contraires, et d’une aspirine. Un étant est toujours composé d’un substrat qui demeure et de quelque chose qui provient de son contraire (sans en être issu, sinon ce n’est pas drôle). Socrate illettré n’est pas le même que Socrate lettré, et pourtant c’est toujours la même personne ; seulement, l’apprentissage des lettres reconfigure l’ensemble de l’être. Ouais, c’est beau. La tortue nous l’a expliqué comme ceci (attention les yeux, extrait de prise de notes) : ex. du khâgneux qui devient normalien. Il y a passage d’un opposé à l’autre et un sujet qui devient puisque il y a bien qq qui est passé de khâgneux à normalien. Le khâgneux est l’absence de la forme normalienne. Le normalien advient du non normalien. On passe à la figure normalienne depuis l’absence de normalien (khâgneux) et depuis soi (Pierre, Paul ou Jacques, identité qui reste) [une chance infinie pour vous, vous échappez aujourd’hui à Perrette, autre doux nom chéri par la tortue] blablabla, d’où que l’on ne vient pas d’un non-être absolu mais relatif : le khâgneux n’est pas un non étant [quoique…] : il est en puissant d’être normalien. Cependant, l’absence de figure n’est pas indétermination : il serait contradictoire qu’après khâgne lettres, on réussisse Normale maths. Pas en puissance de cela. [Démonstration de l’anthropocentrisme normalien : on notera le contre-exemple extrêmement exotique – pas même hec ou polytechnique, non, normale maths.].                                                                                                                                                                                                                                                                                   
    Lorsqu’il ne sait pas comment introduire sa petite thèse perso, Aristote l’attribue à l’opinion commune et s’en réclame. C’est peut-être pour cela qu’il est récupéré par le marketing. A chaque fois que la tortue répétait que devenir, c’est demeurer le même tout en changeant, je ne peux pas m’empêcher de penser Kangoo !! Mais si, rappelez-vous cettepublicité pour un véhicule utilitaire, avec Wallace et Gromit au contrôle technique : « C’est le même, mais en différent. Kangoo ! » Ou comment faire du neuf avec du vieux. Du marketing aristotélicien. C’est dingue, non ? ou alors c’est moi qui le suis devenue – possible… puisque je suis en puissance de le devenir.

 
* sortie de secours : parce que le plaisir de piétiner les grandes thèses n'est pas le privilège des playmobils, des BD parodiques sur les philosophes, que m’a fait découvrir le Vates, et qui m’ont bien fait rire. Parmi mes préférées, la 1, la 16, la 40, la 45... presque toutes en fait.

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29 avril 2008

Dé-corps-tic et caetera

     Je suis toujours surprise en émergeant de mes révisions de découvrir que mon corps ne se limite pas aux joues malaxées comme de la pate à modeler (à force de se prendre la tête, dans les mains ou non) et à la mèche de cheveux que je graisse consciencieusement (quoiqu’inconsciemment) de la main gauche (ne vous coupez jamais les cheveux avant une période de révision – côtoyer Kant est déjà une épreuve en soi, mais incarcérée derrière des barreaux de cheveux, ça l’est par (devant) soi). Je redécouvre que la colonne vertébrale, tout comme ses homonymes corinthiens, doriques, ioniques etc. a pour vocation d’être verticale – et si possible, pas en l’état des temples grecs. J’ai le fronton en surchauffe : y’en a ras le palimpseste, on ne peut plus rien graver. La culpabilité s’est fait prendre à son propre jeu, je ne l’entends même plus couiner sous les débris de raisonnements philosophiques. Pas d’inquiétude cependant, elle a délégué une remplaçante redoutablement efficace, et l'angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
Ce serait sympathique de sa part de ne pas transformer mon crâne en devanture d’ambassade, et de ne pas perforer ma mémoire à coup de drapeaux revendicateurs, parce que je ne m’appelle pas Baudelaire, et que sans Mnémosyne, je suis perdue.

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28 avril 2008

Candide et les loisirs de masse

 Je révise activement et sélectionne pour cela avec soin mes loisirs. Je lis Tintin au pays des Soviets, et mon père m'a passé un magazine de BD sur Mai 68 - je finirai peut-être par savoir orthographier le nom de David Cohn-Bendit. On voit également que la période est aux révisions quand l'animateur télé demande quelle ligne fait face à la ligne Maginot, "duo, carré ou cash", je bondis "cash : Siegfried !". Le doute existentiel face au trou noir "Attends, attends, le pacte de Bagdad, quelle année ? ... attends... créé pour faire pièce à l'OTAN... c'est en... 50, OTAN... Bagdad : 55 !! C'est mon dernier mot, Jean-Pierre (Richard seulement avec une minuscule)". Devant Le monde sans Johnny, quand Luchini comprend que Johnny n'est pas devenu Halliday par un détail, que l'enchainement des causes et des effets est parti en free style et que du coup, il n'y a pas de Johnny dans ce monde-ci, je hurle "Leibniz". Ma monade sans porte ni fenêtre ne voit que par son oeil de Judas. Cette traitresse d'harmonie pré-établie me conduit à ma perte : j'engraisse mes neurones et symétriquement, mon corps imite l'âme et réclame sa dose de Nutella, crème de marron, gâteau aux noix, coca et confiture du jardin en tous genres. J'ai inventé le concept de la disharmonie pré-établie. Mais comme Dieu ne permet le mal que pour obtenir le meilleur des mondes, je ne doute point que le sacrifice de mes cinquièmes positions trouvera sa suprême raison d'être, et je m'en remets à lui pour intégrer normale. Si tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes et que Leibniz s'avère n'être qu'un Pangloss, ce sera la faute à Voltaire.   

 

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Le peuple khâgneux, sûr de lui et dominateur

J'ai fini de Gaulle.

 

D'accord, il m'a achevé, mais quand même. Vive le khâgneux libre !


Le premier qui objecte que le Québec libre est une utopie, je l'envoie faire un stage chez les Soviétiques.

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24 avril 2008

Travailler au soleil - tout un programme

       J'ai passé une majeure partie de l'après-midi en position de travail, au soleil. N'allez pas croire  à une folle frénésie de bachotage pré-concours. Même entre guillemets, des "vacances" résistent et  demeurent en partie ce qu'elles devraient être. Assise sur le blanc en plastique devant la maison, des photocopies de Kant sur les genoux, un stabilo à la main et des lunettes de soleil sur le nez, tout va bien. Kant est même compréhensible : la Métaphysique des moeurs ne s'est pas encore envolées  dans les trop hautes sphères des idées kantiennes, où je suis sûre que les noumènes ravis de se payer ma tête et ses neurones grillés à point partagent sans distinction aucune leur hilarité avec la raison théorique pratiquement impraticable. La motivation n'a cependant pas été la seule à être chauffée  par le soleil. Le trafic aérien est intense et la tour de contrôle est une véritable ruche - ça bourdonne sec dans le pot de fleurs à ma gauche. Hormis un simili de crise cardiaque pour cause de surgissement de bestiole non identifiée en plein bonheur-qui-n'est-pas-l'enjeu-de-la-morale, la concentration régnait. La tâche est devenue un peu plus difficile lorsqu'on est passé au niveau supérieur dans la taille des bestioles. Un proverbe dit que lorsque l'on veut la meilleure place, il faut déloger le chat. Or j'étais visiblement à la meilleure place. Donc, en bon syllogisme, vous ne conclurez pas que je suis un chat, mais que naturellement, le chat est venu me déloger. Comme j'ai une stature exceptionnellement développée pour une souris, le chat n°1 a d'autorité siégé sur mes genoux et a valeureusement défendu sa nouvelle conquête. En parfaite sentinelle, elle n'a pas arrêté de bouger. En parfaite guerrière, elle a tenu à ce que je me présente à tout instant les mains vides et partait après les fuyardes dès qu'elles menaçaient de s'emparer du trieur voisin. Sur ce, cet espèce d'ours qui est officiellement reconnu comme un bouvier bernois s'est mis en devoir d'exprimer au monde entier (sous forme de la monade de la maisonée) sa jalousie. Liberté d'expression oblige. Le chat n°1 a fini par regagner ses pénates et sa descendance, j'ai nommé deux boules de poils officiellement reconnues comme des chatons de quelques jours. Je suis passée à le lecture de Machiavel. Il s'est rapidement avéré que j'aurais dû faire appel aux dieux et non à leur fraction- demi-dieu philosophique : dès que Pascal a été glissé en haut du trieur à l'ordre du jour, le chat n°2 a sauté sur la feuille et l'occasion. Impossible ne serait-ce que de souligner quelque heureuse formulation. Le moi égoïste du chat qui se fait le centre de tout a repris le dessus. Il a essuyé son trop-plein de poils sur mon pantalon, et une fois qu'il y en avait plus que de pages à réviser avant le concours, il est reparti avec son intérêt bien compris. J'ai continué, mais laissez-moi vous dire que l'effroi du silence des espaces infinis dans la campagne riante, c'est une vaste blague. Chien, chat, mouches, (les escargots sont silencieux, une chance), tondeuse, éclats de rire et de soleil - et au milieu de tout cela, le bon sauvage qui me fait un pied de nez. Rousseau ma chèvre m'achève.

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19 avril 2008

Que le khâgneux a foi dans les mathématiques

Le khâgneux passe un concours improbable, i.e. subjectivement impossible.
Mais comme il sait qu'il a mathématiquement une chance, objectivement calculée à partir du nombre de khâgneux de France et de Navarre et du nombre de places à pourvoir, il continue.
Le kâgneux se vautre dans son amour des lettres pour quelques chiffres hermétiques.
C'était une démonstration hautement transcendante, je vous l'accorde.

[ Je ne vous ferai tout de même pas l'affront de démontrer que le prépateux commercial a foi dans les lettres - hormis celles de motivation.]  

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29 mars 2008

Sage critique des amateurs de sagesse

Ou le langage des philosophes
Ou comment ne pas travailler sur sa dissertation
Ou comment briser la binarité du « ou bien »
Hou comment avoir l’air débile en faisant le fantôme

Herméneutique pneumatique : des textes gonflés (légèrement bourrés)
Bibliographie : tous, mais particulièrement Kant

Le philosophe, c’est d’abord un texte qui vous rappelle que, si le meilleur ami de l’homme est le chien, celui du khâgneux est le dictionnaire. Des mots longs, aussi tarabiscotés que leur sens, et à consonance grecque, une petite touche d’exotisme est toujours rafraîchissante. Des mots qui font leur langue de vipère : Larousse serait une fausse blonde, avec un certain déficit en mots inconnus du commun des mortels. Lui préférer sinon l’austérité, du moins le sérieux de Robert. Mieux : adorer le prof qui daigne vous les expliquer, parce qu’il n’est pas toujours évident d’acquérir transcendentalement un sens qui vous transcende (même s’il faut reconnaître que ce n’est pas transcendant, pour parler comme la créature mortelle que je suis – mortellement chiante aussi, mais là n’est pas le sujet, car tel n’est pas mon bon plaisir).

Les mots prennent la tangente
Bibliographie : Sartre et Valéry

Le philosophe aime à souligner – mais toujours en italique, c’est le privilège des penseurs édités. Ou bien, si son propos est encore clair comme de l’eau de roche (méfiez-vous, l’anguille n’est jamais loin), il vous prend pour un imbécile (je ne citerai personne, mais je pense très fort à Valéry), ou bien, si vous ne comprenez rien, c’est une tentative désespérée pour attirer votre attention sur la valeur équivoque du terme en question. « Equivoque », pour le philosophe, équivaut souvent à « définition personnelle ». Car non solum le philosophe vous fait aimer le dictionnaire, sed etiam il entend vous faire lire le sien propre. Les dissertations consistent donc plus à trouver pourquoi diable chaque auteur a pu employer tel mot alors que, dans la thèse adverse, (les thèses sont toujours adverses, les philosophes ayant la fâcheuse tendance de vouloir avoir toujours raison) il a un tout autre sens, qu’à créer une argumentation ex nihilo. J’allais oublier : ces férus de dictionnaire ont beaucoup fréquenté Félix et Anatole et tiennent à vous le faire savoir. La grammaire, en revanche, a été quelque peu négligée et il n’est pas rare de trouver des verbes substantivés là où un nom aurait été commun. *Sortant de la lecture du poly sur mai 68, j’aurais été tentée par un petit « non au nom ! » mais, nom de Dieu, je crains d’en être affublée par de toutes sortes*
Vocabulaire contre grammaire : un penser contre un rendu. (Eh oui, le verbe et l’italique peuvent se combiner).

Le train-train philosophique
Bibliographie : les philosophes allemands en général, Kant en particulier

Le philosophe a, et c’est le propre de sa première syllabe, une fâcheuse tendance s’emmêler. Vous aurez beau lire la chose au peigne fin, de nœud en nœud insoluble, vous devrez vous couper les cheveux en quatre pour ne pas avoir à vous les arracher. (La métaphore est un peu capillo-tractée, pour un peu on se croirait dans une pub pour Dop – à ceci près que le texte vous pique presque les yeux, et que si on évite les nœuds, il n’y a plus de texte).

Le philosophe rumine ses idées depuis si longtemps qu’elles sont assez souples pour prendre n’importe quelle forme (et vous coller sur table). Les subordonnées s’enchaînent, tout roule, à ceci près qu’on ne voit pas les rails (on peut éventuellement pressentir ceux, de cocaïne, de l’auteur). Les subordonnées sont comme des wagons, on peut les accrocher dans n’importe quel ordre, pourvu qu’on trouve une locomotive principale pour les tirer. Mais les philosophes semblent avoir fait un stage à la sncf et prendre un malin plaisir à dissimuler la locomotive au milieu du convoi, et à lier wagon-lit, wagon de transport de marchandises et wagon-restaurant n’importe comment de sorte à ce que le voyageur ne puisse pas atteindre le wagon-restaurant, de toute manière hors de prix. Le train philosophique qu’on attrape en marche, comme le train électrique, c’est très amusant lorsqu’on peut jouer avec, mais rester à quai à observer provoque une certaine frustration et un ennui profond.

Les soleils noirs de la philosophie
ou les ténors, j’hésite, alors je ne choisis pas (autre caractéristique du philosophe : la juxtaposition supposément explicative, au mieux non contradictoire).
Bibliographie : Merleau-Ponty et Nietzsche bien sûr !

Mais le pire est peut-être le philosophe qui écrit bien. En effet, après avoir pris un retard monstrueux qu’on mettra sur le compte de la « présence de personnes dans les voies »*, on finit par comprendre l’intrigue du roman de gare philosophique. On a pressé le texte de toutes parts et, s’il serait exagéré de dire que l’idée générale en a jailli, elle en a été extraite. Le philosophe sachant écrire est plus fourbe. Les mots en sont si léchés que la pensée est élastique comme un chewing-gum mâché à point : vous pouvez tirer dessus autant que vous voulez, l’idée ne se détache pas des mots. Vous êtes condamnés à mâchouiller à perpétuité ; vos fiches seront à peine moins épaisses que le volume qu’elles sont censées condenser.

 
* sic Dans les voies. J’imagine des morceaux de chair incrustés dans les rails, et pour que l’horreur soit jouissive, je la coiffe d’une casquette de cheminot. Dans les voies. Alors qu’un suicide se dit « incident de personne », comme s’il fallait déjà réduire le malheureux au néant du partitif.

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22 mars 2008

Balles à blanc

Rapport de l’état-major

Nombre d’épreuves : 6

Heures passées en concours : 30

Galettes de riz englouties : une quinzaine

Carrés de chocolat croqués : une dizaine

Cartouches usées : 2

Copies doubles scribouillées : 14

Soupirs poussés : pas de données chiffrées disponible – estimation haute

 

En bouche et empalés

Mon estomac se devait de témoigner des épreuves qu’il a traversées. Peu courageux mais braillard. Il a fait un tel boucan que j’ai dû prendre des mesures et lui tendre dès 9h du matin des galettes de riz soufflées en guise de bâillon. Il faut dire que je l’ai mal dressé durant ce concours : en voyant le sujet déprimant de la deuxième épreuve, j’ai commencé par le chocolat. Déviance de souris lorsqu’un lapin (et non un de vos semblables, ânes que vous faites) carburait à la carotte. Et puis, il était désorienté ce pauvre estomac. Se voir accorder comme cela le droit de déjeuner à trois heures de l’après-midi, ce n’est pas humain – on pourrait m’objecter que l’estomac n’est pas humain, certes, mais dans la définition de mon humanité, l’estomac occupe une place aussi démesurée que son appétit. Le déjeuner à trois heures est une expérience à part. Non tant à cause de l’heure à laquelle elle se déroule qu’à celle de sa nature. Des plateaux entreposés comme pour une performance contemporaine où l’on exhibe les restes fossilisés du repas de midi : du fromage-savonnette préservé sous blister ou encore du riz à vague coloration indienne, mais plutôt chinois quant à sa texture gluante. Le tout se déroulant dans l’enclos professoral, avec participation exceptionnelle du micro-onde professeur-only, inclus température et temps de réchauffage.

 

La drôle de guerre

Résister à l’ennui pendant six heures, si vous vous souvenez bien (le cas n’échéant pas, vous pouvez donner un petit coup de molette pour descendre jusqu’à l’article précédent). C’était ne pas encore savoir que l’on aurait en français un sujet dont le seul problème était justement de ne pas en avoir. A l’ouverture (comme à la conclusion) rien de bien nouveau. Quelques obus le lendemain, sous forme d’éclats de rire latins. Il n’y a rien à faire, l’humour des Romains est une forteresse inexpugnable. Après les blagues carambars de Quintilien, nous avons eu le devoir de rire avec Sénèque, bien connu pour sa jovialité rabelaisienne et son rire débonnaire – ce que ne peut que suggérer un intitulé tel que « Le sage ne doit pas avoir peur face à la vieillesse et la mort ». A la réflexion, en se demandant s’il parlait d’un platane ou d’un homme, nous avons plus ri de Sénèque que cum illum. Une sorte d’allié peu franc du collier ou d’ennemi en trêve de plaisanterie. La seconde solution s’est imposée le lendemain lorsque Cicéron a filé à l’anglaise pour se retrouver dans les lignes d’une légion version étrangère. Je dois avouer n’avoir plus compris grand-chose à la bataille quand le lendemain un espion grec s’est égaré entre la bataille de Salamine et celle des Carthaginois.

 

Espionnage : les signes qui augurent mal

Quelques informations sont passées au travers des rayons X des yeux professoraux. Qui se sont plaint des désertions. Exagération de l’état-major : tout juste un repos à l’arrière. Mais entre corps ankylosés dans la crispation et les grandes rasades de gnôle pour se donner du courage, on n’a que faire d’entendre crier au feu : « Que d’eau ! que d’eau ! ».

Le service secret a joué à l’antique et s’est contenté de relever les augures. L’avis des douze Césars :

-         L’hystérique historique prophétie

-         Lorsque j’étais en attente de quelque inspiration divine, le soleil s’est mis à clignoter du morse sur le clocher de Notre-Dame. Note à moi-même : penser à apprendre le morse.

-         Lorsque la carotte a été brandie par une lettre classique ayant apporté son déjeuner parce que disposant d’une heure de plus que les lettres modernes et les optionnaires philosophes, ces derniers y ont lu leur perte : les carottes sont crues.

 

Théâtre des opérations

Pour le sens figuré, figurez-vous un quartier de généraux penchés voire racornis sur leurs études, à faire et à refaire leur plan, pour, une fois dans le feu de l’action, ne plus chercher qu’à sauver leur peau. Marathon et sprint dans la même épreuve.

Pour le sens propre, nous sommes allés regarder les camps troyen et grec s’entredéchirer dans Troilus and Cressilla. Trois heures de Shakespeare sur-titré. Fin des hostilités vers minuit. Couvre-feu une heure plus tard. Une sortie scolaire au théâtre en plein concours blanc, mais c’est la débandade ! Où est passée la discipline militaire ?

 

Bilan : à venir – prions pour que les stylos des correcteurs ne déversent pas des flots de sang innocent (ou inconscient, au choix). On connaîtra peut-être également le nom du soldat inconnu.

 

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05 mars 2008

En avoir plein le dos

Levée plus tôt que la déesse procrastination, j’ai décidé de la prendre de vitesse. Sans ouvrir les volets, ni la porte, j’ai subrepticement attrapé un tas de polys, mais, compromis matinal, je me suis glissée sous la couette pour les lire. Just imagine...
    Dos contre le mur, calé avec l’oreiller. Naissance du problème israélo-palestinien. Aux accords Sykes et Picot, vous réalisez que ça vous picote dans le dos, vous vous êtes enfoncé dans de sombres problèmes, et le coccyx vous sert de postérieur. Tant que vous y êtes, faites le mort, allongé sur le dos. Vous vous réveillez à la passe du problème de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis : la patate chaude vous a échappé dans un court assoupissement. Vous vous étalez à plat ventre dans la région, révoltes à en avoir froid dans le dos et plus de sang dans la main qui vous chuchote à l’oreille que son petit doigt ne lui dit rien qui vaille. Prise en main sérieuse, on ne joue plus à Peel ou face, vous vous dirigez à votre bureau. Pied à terre dans des chaussons, dos calé contre le dossier, bien droit. Après dix minutes à lire comme une bigleuse corsetée jusqu’au cou, essayant de déchiffrer le titre de son programme de spectacle tombé par terre, et que les pays Arabes y sont aussi, vous vous prenez la tête dans les mains. Lorsque la feuille s’est curieusement rapprochée de votre nez, que l’imbroglio ethnique s’est brodé sur l’imbroglio religieux, et que vos nerfs sont aussi emberlificotés que la situation, vous décidez de passer à la position du moine bouddhiste – une confession qui manquait. Un cercle est un carré, un carré est un cercle. Chaussons abandonnés comme les décisions de l’O.N.U., mains qui portent la situation explosive à bout de bras, le dos peut enfin se redresser. Pas pour plus longtemps que la paix avec l’Egypte. Tellement agaçant que vous en assassineriez bien un – pas de chance, Sadate, y est déjà passé. Les tensions se font également sentir dans les cuisses, changeons de camp dans le cadre de la guerre froide. L’époque est au compromis – position du lotus effeuillé, une jambe sous soi, l’autre à terre. Le dos tordu comme une énième proposition de partition de la Palestine mandataire. Vous sentez la guerre du Golfe approcher, mais justement, ça sent le roussi. Vous jetez la pierre en croyant que c’est l’éponge. L’intifada commencera après le petit-déjeuner ; vous allez poser votre dos sur la chaise de la cuisine - dépaysement absolu.

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26 février 2008

Culpabilité et procrastination

Prostré – professionnel – ocre – crasse – hippocras – croustillant – indignation

 Indigestion de volonté. J’ai du la vomir par erreur. C’est bête, on met bien plus de temps à la forger que le corps à former des protéines. Assez de me ronger les os pour découvrir un peu de substantifique moelle à l’intérieur. J’ai arrêté les os, mais justement, il y en a toujours un : c’est qu’à présent, je ronge mon frein. Remis le travail à demain, mais demain, c’est tous les jours aujourd’hui. Je n’en finis pas de remettre, et par conséquent d’en remettre une couche. Mon bureau croule sous les papiers, alors pour le décharger un peu, le pauvre, j’ai colonisé le sol. Il y a eu quelques rencontres avec des sauvages locaux, comme des paires de pointes puantes, mais aucun n’a mordu, c’est à peine si le papier a coupé. Les polys ont décidé de faire lettre morte. Le khâgneux n’habite plus à l’adresse indiquée. Mais on mène l’enquête. La culpabilité s’en charge, sans peur et avec reproches. Elle frappe à tous les neurones engourdis - coups réguliers. Mais c’est comme le robinet qui fuit, l’arrière-plan sonore dégoûte, on n’entend plus que la goutte, même lorsqu’elle ne tombe pas, on entend que la goutte va tomber, elle tombe, elle va tomber, elle tombe, elle va tomber, elle t…, pourquoi ne tombe-t-elle pas ? Ca a arrêté de fuir, je vais pouvoir dormir. Et alors qu’on tombe de sommeil, elle tombe, la traitresse, elle va tomber, elle tombe, elle va tomber, silence qui précède la décision du khâmikaze, la bombe explose avec à peine plus de légèreté que les chutes du Niagara.

La culpabilité n’en démord pas. Elle s’indigne avec une jubilation perverse de notre procrastination. On ne peut même pas savourer la satiété, elle nous refile toujours les mêmes plats à re-mâchouiller. Froids, comme toute bonne vengeance. Du coup, on fait une indigestion de n’avoir rien ingurgité. Ecœuré du vide : la crise de foie sans le plaisir du chocolat. Alors on s’en gave a posteriori. Mais à vouloir justifier la crise de foie, on s’en créé une nouvelle. Ingurgitation de films, de blogs débiles, de secondes de néant, des gâteaux, de blogs débiles, de sommeil sans matière à grâce, de minutes de néant, de pages web, et d’heures de rien. Je n’ai rien fait. Rien de répréhensible. Mais rien. C’est-à-dire rien pour le khâgneux. Mais je suis khâgneux. Alors tout le reste, films sans pop-corn, gâteaux, miettes de blogs et rien en barre, c’est sans commune mesure, ça vaut zéro, nada, pas un clou. La culpabilité se charge de vous l’enfoncer dans le crâne. C’est très dur de faire du rien : ne rien faire, encore, il suffit de faire diversion, mais faire rien demande une très grande dépense d’énergie. Et pour cause, il faut clouer le bec à la culpabilité, toujours assez babille pour que vos efforts n’aient servi à rien. Un rien exaspérant. Vous aurez beau (ne rien) faire, la culpabilité ne vous laissera même pas enterrer l’irréel du présent : elle a prévu  cet asile de fous qu’est l’irréel du passé.

 Moralité : à trop chercher dans le futur l’indicatif présent, le conditionnel passé nous tombe dessus, et le seul moyen d’effrayer ce fantôme, c’est le subjonctif présent. Il faut que je travaille.

 

PS : un peu de nettoyage dans les liens à gauche. Si jamais vous étiez dedans, no offence meant, je garde les liens en marque-page - c'est juste que les mises à jour n'étaient pas très régulières et que c'est toujours énervant de cliquer sur des blogs dont on se demande s'ils ont été ou non abandonnés. Si jamais vous réapparaissez, faites-moi signe, je remettrai votre petite vignette. ( J'ai même gardé les codes html, en bonne feignasse optimiste que je suis).

14:35 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

16 février 2008

Unum est

    Le professeur d’histoire avise le tableau où se sont attardées quelques phrases de thème latin de la veille. Et s’empare du tampon pour effacer : « … pas d’antisèches ! ». J’aurais bien vu quelque chose comme « Credere, parere, pugnare ». On y pensera la prochaine fois.

19:18 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

13 février 2008

Khâmikhâgne

        La khâgne révèle le khâmikhâze qui est en chaque khâgneux. A son insu. Un bras qui se lève, en pleine proclamation d’indépendance vis-à-vis de l’esprit qui est censé le régir. Mais comme il n’est pas de bon ton de laisser voir cette schizophrénie du corps et d l’âme, le khâgneux oblige sa bouche à esquisser un sourire (curieusement, les zygomatiques obéissent sans rechigner) et à articuler « Oui, bien sûr, je veux bien présenter le texte mardi prochain. Catulle ? Oui, j’aime bien Catulle. » Bien sûr, la réponse du Vates supporte des variantes, comme par exemple : « Oui, je veux bien présenter le texte vendredi prochain. Hum, oui, c’est Vanity Fair. » Deuxième erreur stratégique de ma part, après avoir mis en scène mon propre drame en français. Qui a préparé cette scène de Phèdre ? J’ai levé la main, sans un regard préalable pour vérifier furtivement si d’autres pulsions khâmikhâzes battaient leur plein.

« - Ta prép ?
-         Hum je ne l’ai pas finie…
-        

-        
Mais je peux passer quand même. »

Voilà, le ventriloque inconscient en moi vient de parler. Encore plus fourbe que le chantage exercé par certains professeurs qui réclament, larmoyants, de ne pas avoir à recourir au volontaire désigné. Le genre de situation où le silence pesant pousse le Vates au martyr à prendre l’explication de Saint-John Perse. Oui, le Vates a beaucoup de pulsions suicidaires. C’est qu’il est un véritable khâgneux, qui se lance vers le Graal de la normalité avec toute l’abnégation d’un baron de Charlus. « En khâgne, il ne faut pas réfléchir, il faut aller tout droit. » En priant pour qu’un mur ne soit pas notre dernière mission-suicide dans la connaissance, aurait pu ajouter Mado.

 
Moralité : pensez à antidater vos arrêts de mort, vous aurez peut-être une chance de vous en sortir vivant.

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29 janvier 2008

Réflexions para-philosophiques

 

Qu'est-ce qu'avoir foi en la raison ? Croire qu'on peut répondre à cette question.  

Pourquoi fait-on les cours nécessaires à un sujet de dissertation après avoir rendu cette dernière ?

J'hésite : brûler un cierge en l'honneur de Kant  ou ses livres ?
Pour l'instant, je serais plutôt fascinée par l'autodafé, mais j'attendrai le rendu de dissertation pour me décider.

20:52 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

24 janvier 2008

La méditation du bonsaï

D’habitude, lorsque j’ai une dissertation à faire, je noircis des pages de brouillons, puis à coup de traits, je relie les idées qui se rejoignent peu à peu. En quelques feuilles, quelques branches se dessinent. Il s’agit alors d’étoffer la pousse ; les rameaux s’ajoutent à des branches de plus en plus solides, qui s’articulent aux branches maîtresses et les trois fourches finissent par se consolider en un tronc. En grattant à la sueur de sa main, on saisit les mots à la racine ; ils barbotent dans l’humus nourrissant de la problématique, et le tout coule de source. Si la sève est vraiment fructueuse, de nouvelles feuilles viennent orner votre arbre.
    D’habitude. Mais là, je me dirige surtout vers l’herbier de thèses mortes et juxtaposées par un bout de scotch. Rien ne se ressemble : des définitions en chêne massif, des feuilles d’hêtre (parce que le non-être n’est pas), des platitudes de platane de cours d’école (maternelle) avec ses hélices qui tournent à vide, des ifs épineux, sans compter que le suc collant des résineux suinte partout. Ajoutez là-dessus que les couleurs dépareillées jurent affreusement entre elles. Les squelettes de nervures témoignent de l’échec de tous mes plans. Les brindilles qui s’esquissent ne supportent pas le croisement des espèces – la bouture ne prend pas. Elles cassent avant même de porter leurs fruits. Qu’est-ce qu’avoir foi en la raison ? Autant vous dire que je ne suis pas près de reconstituer l’arbre de la connaissance. En revanche, je pense qu’avec les pommes de discordes surnuméraires accumulées, je devrais être en mesure de pourvoir à toutes les rediffusions de Blanche-Neige. 

 

21:17 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

07 janvier 2008

Le retour de la mauvaise conscience

(the return of the native)

 

La mauvaise conscience. J’avais du la coincer dans les anneaux d’un classeur, celle-là. Du coup, en les rouvrant, elle m’a sauté à la figure, encore plus furax d’avoir été pincée. Le conditionnel passé qui dormait tranquillement dans ma grammaire a ressurgi. J’aurais du travailler. Il aurait fallu que je lise ma bibliographie de philosophie et il aurait été si beau d’avoir véritablement entamé la dissertation. On aurait pu s’avancer. Le futur est à présent bien trop proche, et cette satanée mauvaise conscience applaudit au feu d’artifice des khôlles annoncées.

C’est une sorte de toon miniature qui tient du démon pour ses méthodes et du petit ange qui secoue la tête d’un air affligé pour l’idéal qu’elle représente. Oui, oui, comme dans Tom et Jerry : une petite souris à droite, blanche et impassible, une petite souris à gauche, rouge et déchaînée. La mauvaise conscience, c’est du deux en un. Vous ne pouvez pas l’écarter d’un coup de patte pour mauvaises manières, parce que vous savez qu’elle vous dit ce qu’il est bon de faire, mais vous ne pouvez pas non plus lui sourire béatement et avancer dans le droit chemin, guidé par la lumière phosphorescente de son auréole, sans être agacé par le titillement de son trident infernal*.

            Le seul moyen de lui échapper, c’est de courir plus vite qu’elle dans la direction qu’elle vous indique. De l’épuiser par votre enthousiasme à faire ce que vous devez faire. La mauvaise conscience toonesque trébuche, halète, s’arrête, mange un bout de gruyère sur le pouce, et avec un peu de chance, se fait écraser par un rouleau compresseur égaré d’un dessin animé voisin. La paix (avec vous-même) pour un moment. Mais cet échappatoire est en réalité illusoire puisque pour lui échapper, vous courrez droit où elle vous poussait. On se fatigue assez vite. Et même si ce n’est pas le cas… il est bien connu que le toon est d’une résistance à toute épreuve : garanti 100% étanche, vous ne pouvez pas le noyer, il est compressible à loisir, résiste à tous les chocs, babille incessamment – et comble de la malchance, il dure encore plus longtemps que le lapin Duracell, puisqu’il fonctionne à l’énergie solaire (avec adaptateur lumière électrique ; vous n’avez la paix que lorsque vous dormez). Vous pouvez toujours jouer au freesbee avec son auréole, mais je doute que le procédé soit couronné de succès.  Heureusement que la mauvaise conscience toonesque a ses bons côtés, parce que le seul moyen de s’en débarrasser, c’est ou bien de lui donner raison ou bien d’atteindre la fin de l’épisode. Et mes amis, je ne suis pas pressée de voir « That’s all folks ! ». Quant à la bibliographie post-mortem… pfff, il n’y a rien de plus ennuyeux que le générique.

           

* Si Nietzsche avait séjourné dans la trempette à toon et qu’elle lui avait ramolli le cerveau, il vous aurait très certainement dit que, la mauvaise conscience étant le retournement contre soi des instincts de liberté lorsqu’ils ne peuvent pas s’exprimer, il n’est en rien surprenant que votre toon soit un emmerdeur fini. Il se tourne vers vous pour ne pas virer fou. Devenez schizo et soyons heureux d’être le créditeur se sacrifiant pour son débiteur. **

 

** (la note de la note, on ne vous l’avez pas fait celle-là, si ?) Il est bien entendu que je raconte n’importe quoi. En ce soir de rentrée, ma tête est un vaste mixeur qui mélange, écrabouille et dénature tout. Aucune prétention philosophique – de la prétention tout court.

19:09 Publié dans La souris-verte orange , Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

17 décembre 2007

Conditions concours*

    Pour vous mettre aux conditions concours, nous vous demandons de ne pas sortir pendant la première heure, de mettre vos sacs sous le tableau et de ne pas garder votre portable sur la table.

     Cette bonne intention affichée de notre CPE a du faire sourire le premier à être sorti au bout de quarante-cinq minutes. Peut-être même l’a-t-il textoté à quelqu’un d’autre comme ceux qui se sont communiqué le sujet de philo à rendre après les vacances, que l’on devait récupérer après remise de notre copie. Un prêté pour un rendu. Mais qu’importe, je continue à farfouiller dans mon sac pour y trouver quelque chose comestible et euphorisant – du chocolat à tous hasards. Les conversations écrites fusent, les échanges de soupirs désespérés face au sujet aussi,  les brouillons noirâtres sont émaillés de questions (de) bleues, souvent à caractère orthographique. Le trafic de gâteaux bat son plein et le concert des estomacs offre de beaux solos au mien. Pain d’épice, pomme, clémentine, chocolat et polystyrène comestible** : pas question d’être à cours de munitions en pleine guerre froide. Même après avoir fait une indigestion de dates de Noël fourrées au communisme  vague impression d’avoir avalé les révisions du bac d’histoire en une journée – vague sensation d’être persécutée, lorsqu’en allant à ma répétition de danse, un monument en rajoute une couche, en rappelant à ma mémoire défaillante que la guerre de Corée, c’est le millésime 1950-53. Indigestion historique. Le café littéraire était encore plus orgiaque. Jugez plutôt du menu concocté par la Bacchante : Mikados, langues de chat, amandines au chocolat et Ferrero Rocher. A déguster à la fin, après avoir nourri sa pensée de façon toute mécanique, en engouffrant gâteau après gâteau et tendant la main pour attraper une autre pensée, s’apercevoir brutalement que le paquet est vide. Dissertation en miettes. On recolle les morceaux comme on peut. Un tissu d’âneries, cousues au fil blanc des transitions rhétoriques. Un jour, je vous ferai une méta-dissertation pour vous prouver en toute mauvaise foi que mes transitions coulent de source et pas seulement d’encre. Trop long pour ma patience présente. A la place, je vous propose la réponse dont on ne fait qu’une bouchée. Hors-d’œuvre totalement hors de question mais qu’on s’amuse à formuler avant de développer nos idées et de rabougrir notre dos – par un mécanisme que je ne m’explique pas, il me semble que l’on voit mieux l’intérêt du sujet quand on a le nez collé dessus (peut-être est-ce aussi pour cela que j’ai du mal à prendre de la hauteur).
Hors-d’œuvre hors sujet, donc :

« Toute œuvre d’art est un mensonge. »
-         Toi aussi, Stendhal.
-        
Alors ma copie doit être une très belle œuvre.

 « Pourquoi l’idée de Dieu nous vient-elle à l’esprit ? »
-         Parce que nous sommes à Versailles.
-        
Parce que l’on me pose la question.
-        
Pourquoi l’idée de « Pourquoi l’idée de Dieu nous vient-elle à l’esprit ? » ne me vient-elle pas l’esprit ?
Mon esprit embrumé n’a même pas pu implorer l’aide divine du clocher de l’église Saint-Louis, drapé de son brouillard mystérieux.

     « Messianisme et géopolitique dans les relations internationales de la Russie puis de l’URSS »
J’aime quand les profs rivalisent de superbe pour nous dégoter de beaux sujets. Un sujet vu de loin, c’est toujours beau. Et tout le monde sait que la beauté laisse sans voix. 

Conditions concours. *sous conditions
Libération conditionnelle sous peu de jours.

** Copyright Melendili - mais si je dois rendre compte de toutes les expressions que je lui pique, on n'est pas sortis de l'auberge.  

17:15 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note

10 décembre 2007

Bulletin d’information météologiquement khâgneuse

    Une dépression khâgneuse s’abat sur tout le pays. De violents orages sont à prévoir à Versailles dès jeudi. Possibilité de pluies torrentielles qui inonderont à coup sûr les vallées de larmes. Prévoyez les bouées de sauvetage en cas d’inondation – il y a toujours moyen de ramer et de se noyer dans un verre d’eau. Après de nombreuses turbulences neuronales, les choses devraient s’arranger. On prévoit même une obscure éclaircie vendredi en quinze, suivi d’un week-end électriquement illuminé. Selon nos prévisions, les vacances devraient anticiper sur les giboulées de mars (ou mimésis des guirlandes clignotantes?), alternant grands éclats de rire, et nuages de contrariétés aristotéliciennes.

*prend le petit sourire niais et le petit mouvement de main satisfait qui s’impose, jusqu’à disparition de la page par un aimable clic de votre part*
-maniez-vous, j’ai une crampe à la mâchoire et vraiment l’air con-

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24 novembre 2007

DS, la passion(née) du chocolat

[Je ne pouvais décemment pas prétendre avoir la passion de la finesse.]

  Qu’on n’aille pas me faire croire que le travail intellectuel est déconnecté des passions, c’est peine perdue, je ne vous croirai pas. D’expérience. Il suffit de voir dans quel état de nerfs me met un DS. La distinction intellectuel/passionnel ne vaut que pour faire la part des choses, la cerise sur le gâteau, somme toute – qui comme toute cerise sur un gâteau est décorative, inbouffable qu’elle est – les innombrables couches de sucre parviennent à vous faire douter qu’il y ait bien eu un fruit à l’origine. Le gâteau nommé désir DS est fait de couches successives de dures pensées et de passions crémeuses, i.e. écoeurantes. Qu’on réussise à l’avaler ou qu’il y ait massacre à la petite cuillère, les nerfs sont toujours à vif.


    Ecoeurée la semaine dernière, j’ai vomi toutes les notions philosophiques que j’avais ingurgité la veille, dont je m’étais saoulée jusqu’à tomber de sommeil. Le coma éthylique n’a pas porté conseil, puisque la crise de nerf a éclaté le lendemain, puérile et certainement agaçante pour ceux qui se sont tant bien que mal mesurés à « A quoi peut-on donner un sens ? ». Ma réflexion sur le sujet a rapidement buté : à quoi peut-on donner un sens ? Certainement pas à cette dissertation, à moins d’y voir l’expérience de la misère, certes non pas humaine, mais assurément khâgneuse. Malgré tous les efforts de la Bacchante pour me calmer – chocolat chaud compris- j’ai rendu copie blanche. Et vérifié à cette occasion combien cette expression est inappropriée, puisqu’on ne rend pas même une feuille blanche. La conscience étant le pire invention qui ait jamais été intentée, j’ai refait ou plutôt fait ladite dissertation le dimanche après-midi. A suivre. Comme un mauvais feuilleton.
    Forte de cette expérience, j’ai dîné fort légèrement hier, grignotant jusqu’à une heure peu avancée dans la nuit (mais dans la nuit tout de même étant donné que la nuit tombe à cinq heures – oui, la chute fait mal) des tartines de citations que j’ai aussi élégamment que possible vomi sur ma copie ce matin. Le gâteau est donc très bien passé –mais non pas dans l’indifférence. J’étais survoltée. L’enivrement n’était en rien causé par le parfum de mon voisin, mais par l’enchaînement des idées. Surexcitée comme une puce, je suis allée à sauts et à gambades, de Proust à Montaigne. Cette fois-ci, personne ne jouait une cacophonie de larmes sur mes nerfs, c’est moi qui tenait l’archet – et je puis vous dire que mes sauts et gambadages (Word est un ignare qui me souligne « gambadages » - n’a-t-il donc jamais vu le sketch de Gad Elmaleh ?) ne trahissaient en rien la danseuse qui sommeille en moi. Grosse caisse et compagnie ; ça finit en fanfare : « « Les beaux livres […] écrits dans une sorte de langue étrangère » dont parle Proust ne peuvent être que ces éditions de luxe richement reliées que collectionnent sans les lire les gens qui sont bibliophiles à défaut d’être littéraire. » Et ça m’amuse.

La conclusion devrait en bonne logique être en rapport avec le début de l’article et vous confirmer que les DS du samedi matin attaquent pensée et passion sont indissociables CQFD. Mais, ainsi que vous venez d’en faire l’expérience, mes conclusions sont rarement exactement dans la droite ligne du sujet. C’est comme un trait d’eye-liner, il faut finir par une virgule. Je vous dirai donc, citation à l’appui (toujours se garder une petite citation sous le coude pour finir – ici il suffit de le lever pour la délivrer) : la vérité n’est pas, comme Rabelais le pensait, « au fond de la bouteille », mais dans le sandwich nutella-chocolat. [Pour plus de détails sur ce qui s’est miraculeusement substitué à l’orthodoxe sandwich au fromage, laissez vos cris affamés en commentaire].

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22 novembre 2007

Le Dernier Jour d'un Khâgneux XII

    Je suis revenu m'asseoir précipitamment à ma table, le nez dans mes notes. Puis mon effroi de lycéen s'est dissipé, et une étrange curiosité m'a repris de continuer la lecture de mon grimoire.
    À côté du volume des Admis, j'ai écarté le petit profil rouge sur Le Dernier Jour d’un Condamné, tout amaigri par la synthèse avide d’un professeur soucieux d’arrondir ses fins de mois, et renversé au bord de l’étagère métallique. Dans le volume des Grands Admis, il y avait quatre ou cinq noms parfaitement lisibles, parmi d'autres dont il ne reste rien que la calligraphie indéchiffrable de leur thèse. - DAUTUN, 1975. -- POULAIN, 1998. -- JEAN MARTIN, 2001. -- CASTAING, 2003. J'ai lu ces noms, et de lugubres souvenirs me sont venus. Dautun, celui qui a coupé son oral en plein milieu pour s’excuser d’avoir dit « un pont de bois » au lieu d’un « pont en bois », et qui alla jusqu’à la connaissance d’ébeniste ; Jean Martin, celui qui a tiré le gros lot grâce à Cicéron ; Castaing, ce génie qui a empoisonné son jury en décortiquant l’effigie du grêlé moustachu dans la révolution culturelle ; et auprès de ceux-là, Papavoine, l'horrible fou qui tuait Aristote étant et non-étant philosophe !
    Voilà, me disais-je, et un frisson de fièvre me montait dans les reins, voilà quels ont été avant moi les hôtes de cette vénérable institution. C'est ici, sur le même lino où je suis, qu'ils ont pensé leurs dernières pensées se pensant comme pensées pensées et non révisées, ces admis panthéonisés ! C'est autour de ce rayonnage, dans ce cdi à peine chauffé, que leurs derniers pas ont tourné comme ceux d'une bête fauve. Ils se sont succédés à de courts intervalles ; il paraît que la khâgne ne désemplit pas. Ils ont laissé la place vacante, et c'est à moi qu'ils l'ont laissée. J'irai à mon tour les rejoindre rue d’Ulm, où l'herbe est toujours plus verte !
    Je ne suis ni visionnaire, ni devin, malheureusement, il est probable que ces idées me donnaient un accès de fièvre ; mais, pendant que je rêvais ainsi, il m'a semblé tout à coup que ces noms fatals étaient écrits avec du feu sur le grimoire sacré ; un tintement de plus en plus précipité a éclaté dans mes oreilles ; une lueur rousse a rempli mes yeux ; et puis il m'a paru que la khâgne était pleine d'admissibles, d' étranges khâgneux qui portaient leur couronne de laurier sur la tête, parce qu'ils n’avaient plus de poignet encore vigoureux. Tous me montraient la porte, excepté le philosophe fou qui ne m’en montrait que l’idée.
    J'ai fermé les yeux avec horreur, alors j'ai tout vu plus distinctement.
    Rêve, vision ou réalité, je serais devenu fou, si une impression brusque ne m'eût réveillé à temps.
    J'étais près de tomber à la renverse lorsque j'ai senti atterrir sur mon pied une arme tranchante, feuilles d’automne ; c'était le profil que j'avais mal rangé et qui s'était suicidé.
    Cela m'a dépossédé. - Ô les épouvantables spectres ! - Non, c'était une fumée, une imagination de mon cerveau vide et convulsif. Chimère à la Marx ! Les admis sont admis, normaliens surtout. Ils sont bien divinisés dans le panthéon. Ce n'est pas là un temple auquel on atteint. Comment se fait-il donc que j'aie eu peur ainsi ?
    La porte du temple ne s'ouvre pas sur le chemin de traverse.

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Le Dernier Jour d'un Khâgneux I

Sur une idée d'un khâgneux qu'Hugo avait traumatisé, voici la torture de son célèbre texte.

Khâgne Ulm

Le concours !
    Voilà huit mois que j'habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours glacé de sa présence, toujours courbé sous son poids !
    Autrefois, car il me semble qu'il y a plutôt des années lumières que des mois, j'étais un lycéen comme un autre lycéen. Chaque jour, chaque heure, chaque minute avait son idée. Mon esprit, jeune et riche, était plein de fantaisies. Il s'amusait à me les dérouler les unes après les autres, sans ordre et sans fin, brodant d'inépuisables arabesques cette rude et mince étoffe de la vie. C'étaient des filles, de splendides minijupes, des batailles gagnées à la cantine, des salles pleines de bruit et de lumière, et puis encore des filles et de sombres palabres le matin sous les larges bras des marronniers de l’avenue de Paris. C'était toujours fête dans mon imagination. Je pouvais penser à ce que je voulais, j'étais libre.
    Maintenant je suis captif. Mon corps est courbé sur une table, mon esprit est mis à la torture par une idée. Une horrible, une sanglante, une implacable idée ! Je n'ai plus qu'une pensée, qu'une conviction, qu'une certitude : le concours!
    Quoi que je fasse, elle est toujours là, cette pensée infernale, comme un spectre de plomb à mes côtés, seule et jalouse, chassant toute distraction, face à face avec moi misérable, et me secouant de ses deux mains de glace quand je veux détourner la tête ou fermer les yeux. Elle se glisse sous toutes les formes où mon esprit voudrait la fuir, se mêle comme un refrain horrible à tous les corrigés qu'on m'adresse, se colle avec moi aux grilles hideuses des carreaux Seyes ; m'obsède éveillé, épie mon sommeil convulsif, et reparaît dans mes rêves sous la forme d'un note cruelle.
    Je viens de m'éveiller en sursaut, poursuivi par elle et me disant : -Ah ! ce n'est qu'un rêve ! -Hé bien ! avant même que mes yeux lourds aient eu le temps de s'entr'ouvrir assez pour voir cette fatale pensée écrite dans l'horrible réalité qui m'entoure, sur la dalle sale et suante de ma salle de cours, dans les rayons de Gaffiots martyrisés, dans le grésillement du néon, sur la sombre figure du khâgneux désigné pour passer au tableau dont l’intelligence et la terreur reluisent à travers l’incertitude de ma lassitude, il me semble que déjà une voix a murmuré à mon oreille : -Le concours !

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21 novembre 2007

Je rentre dehors.

    J’ai poussé successivement la porte du dictionnaire de littérature, de la bibliothèque, du bâtiment puis du lycée. Je suis rentrée dehors. Comme d’habitude, au signal du bip de la porte, l’avenue de Paris s’est déployée devant moi en un gigantesque pop-up. Avec klaxon, couleurs de la glace vespérale déclinante et pollution intégrée. Un praticable pour pouvoir avancer le long des décors cartonnés, pour qu’au milieu des maisons illusions se perde la mienne, la seule bien réelle dans laquelle je m’essayerai à mon bureau comme un Playmobil sur sa chaise. Toujours est-il que je traverse l’animation. Le froid entoure ma tête et oblige mes frileuses pensées à se rétracter. En un joyeux bazar. Mais soufflées, elles ne disent mot ; la stupeur les rend muette et me rend la parole. Elles se taisent et je peux suivre les lignes de l’architecture urbaine. Carré, rectangulaire, arrondi, reposant. Je suis simplement. La mécanique de mes pas. Je tâte le sensible mais il ne me touche pas. L’écho vibrant de mes pas s’arrête quelque part entre le nombril et mes côtes – les jambes en eaux internationales.  Froid existant. Tout à l’heure mes pensées se dilateront dans la chaleur de l’appartement. Je suis simplement. Eparpillement.

    Désordre ordonné ? Infini infiniment moins infini que l'infini qui le comprend sans en être une partie ? Pascal ? Le silence de ces espaces infinis m'effraye. Les feux des voitures aussi, par contrecoup.  Et ces journées terriblement finies pour une tâche qui ne l'est pas. Tache de jus de mangue. Pas idée de goûter au lieu de se nourir de la susbtantifique moëlle du style littéraire. Purs esprits - très fantômatiques.

    Je deviens folle. Mais ça, vous n'avez pas besoin de moi pour vous en rendre compte. Enfin si. Mais non. Bref.

    Dès fois, je voudrais réfléchir comme un miroir.  Folle et feux follets.

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15 novembre 2007

Sans sévérité

    En deux heures au CDI, accrochée à mon stylo, tout en me bouchant les oreilles pour ne pas être parasitée par les remarques des documentalistes [malheureusement, la partie du CDI que l'on peut considérer comme chauffée est également la plus passante et, partant, la plus bruyante (sauf quand nous nous agrégons en troupeau bêlant, râlant, et riant aux éclats de nerfs )], j'ai parcouru un bouquin que m'avait prêté Elendili ( la pro des bibliothèques, qui réussit à vous dénicher l'exemplaire qui n'a pas encore disparu dans la ruée khâgneuse, quand le prof a la bonne idée d'attendre le lundi du samedi où a lieu le DS pour nous fournir une bibliographie -substantielle, il va sans dire). J'ai donc parcouru l'ouvrage, où il était en gros question du sens et du langage...bla bla bla... Le langage se définit comme un système de signes, clos sur lui-même, à l'intérieur dusquel les mots prennent sens les uns par rapport aux autres...bla bla bla...Ce système de relation... autoréférentiel... bla bla bla... fait que différents langages peuvent n'être pas traductibles. Vous ne traduirez pas en mots le langage musical- à moins de vous appeler Proust et d'avoir trouvé votre sonate de Vinteuil. Tout ça pour vous dire que j'ai vérifié la théorie via le langage du sens gustatif. Et bien, je vous assure, le sens profond d'une tartine de pain Poilâne grillée, tartinée de Nutella et réhaussée d'une banane écrasée à la fourchette, ne se comprend que dans l'expérience même de la chose, et se déguste dans le contexte d'une semaine bien chargée.

18:00 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note

05 novembre 2007

Dis-moi quelle est ton unité...

Si tu comptes en mot, c'est que tu apprends ton vocabulaire latin.
Si tu comptes en lignes, c'est que tu fais de la version.
Si tu comptes en pages, c'est que tu passes ton temps à le retrouver - madeleine à l'appui ?
Si tu comptes en chapitres, c'est que tu élucides Aristote.
Si tu comptes en polys, c'est que tu désespères de finir les relations internationales.
Si tu comptes en épisodes, c'est que tu t'es plantée devant Sex and the City.
Si tu comptes en macarons, c'est que tu as ton compte et qu'il est bon.  

13:51 Publié dans Souris de laboratoire | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note

01 novembre 2007

Mister From-The-Bridge

Coz’ he’s worth it.

 

 

            From-The-Bridge, our English teacher, is soooo British. Toujours le mug de thé à la main, les bésicles sur le nez et  l’unilingue à la bouche. Réfractaire à la technologie : no cell phone, no computer, not even a typewriter. La plume et la matière grise – légère concession au bic, cette invention ô combien moins diabolique qu’internet. Parce que la souris, c’est bien connu, est beaucoup plus vicieuse que le serpent ; les lianes du web descendent de l’arbre du péché, pour preuve le logo d’Apple. Pomme + C, Pomme +V : y’a-t-il rien de plus cabalistique ? Mais sait-on jamais, pour conjurer tout pépin, mieux vaut étudier passionnément (sens christique du terme) la littérature religieuse du XVIème siècle et renouer avec les valeurs fondamentales : « I’m sorry, good brother. Do thou forgive me? – Yes, I forgive thou, good brother. » Good Lord! Références bibliques Bible à l’appui. But be careful : on ne psalmodie qu’en King James’ version. « Si un inspecteur venait maintenant, il aurait du mal à croire que c’est un cours laïque. » Thou shalt not kill your teacher.

            Et pourtant, et pourtant… il semblerait qu’il soit sous l’influence néfaste de Dorian Gray. He’s yieding to temptation. Imaginez-vous, il a succombé à la pression familiale (oui, celui qu’on imaginait divorcé, en robe de chambre avec un chat est en fait marié avec un enfant – you see, you can’t judge a book by its cover) et a acheté un Personal Computer. Avec tout le zèle du débutant, il nous cherche les textes religieux en vieil anglais. Retour à la vertu par le vice ; il établi de drôles de pont From-The-Bridge.

            On a l’impression de remonter le temps. La montre à gousset qu’il pose devant lui, sur une table de khâgneux, et non le bureau du professeur, est déposée sur le coin, et la chaîne dorée étirée sur la longueur de la table, de manière à former une boucle régulière. Pas plus maniaque que MARGE A DROITE ! Le cri du cœur qui un jour fera faire une crise au notre (à moins que le grille pain n’attaque avant. Excellent radiateur d’appoint, les tranches sautent toujours quand vous vous y attendez le moins, un peu comme dans les films à supsens, la BO ayant été confiée à la bouilloire. Les tranches attaquent véritablement, avec une force inquiétante. Elles m’ont parfois eue, mais j’ai plusieurs fois eu ma vengeance quand dans leur excès de zèle, elles se sont retrouvées à se suicider sur le carrelage (sans même de confiture au kiwi du jardin de mon papa) plutôt qu’à me brûler les mains.) Où en étais-je ? A oui, les marges à droite. Il faut les faire bien grandes, parce qu’avec un peu de chance, on y retrouve des petits dessins. Le mot et l’image, très pédagogique. L’humour anglais aussi, il faut croire.

Devoir sur table à vous voulez le faire par terre ?

« la rangée d’arbre qui traversaient la plaine » (terrible l’étourderie d’accord) à sur leurs petites racines bien entraînées ?

Blablablablabla (très exactement cinq fois, oui).

            Soyons honnêtes, en cours de version, il y a de quoi s’amuser. Nous avons le génie du loufoque. Une mention particulière à Calliope, qui, sur un texte de pendaison, avait habillé le bourreau d’un « costume blanc moulant ». Vous le visualisez, le bourreau des années 50, croisé avec M. Loyal, un gilet à paillettes et une moumoute sur la tête ?

            Les cours de littérature sont moins drôles. L’humilité chrétienne qui a dépassé l’humiliation, dès 10 heures du matin, j’ai un peu de mal. Alors on parle par écrit (ce sont les petits mots idiots et les cadavres exquis dessinés) ou par oral, mais alors on encourt le courroux du saint professeur. Si on devait le statufier, il faudrait immortaliser ce regard agacé, las, persuadé d’un complot historico-philosophique contre les langues, comme d’autres d’un complot judéo-capitaliste ou hitléro-trotskyste. Et il nous le fait savoir d’une voix de Calimero désabusé et lucide, quoique toujours vaillant. Très patience du concept comme garçon. A l’écoute des propositions <dash> même si elles sont invariablement accueillies du sempiternel yessssss….. but no <dash>, il fait souvent la police et verbalise les bavards. Les idées circulent sur son autorité ; planté au carrefour, il fait passer à droite, mais  stoppe la gauche. Tête détournée, main flex, c’est la politique de containment du bavardage. Mais le flux redouble par cette position même. You’d betterrrrrr STOP ! La comédie musicale a surgi devant moi, dans la salle de classe, à la façon d’un spot pour mamie Nova. Ecroulées sur nos tables, on reprend le refrain en silence. You’d better stop… Comment ça, je me fais des films ? Damned. C’est long l’éternité, surtout sur la faim fin.

12h : délivré par le coup de gong : Off the Bridge !

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31 octobre 2007

Warhol gaffiotesque

Felix Warhol

 

[Sans même dézinguer la vitre du scan en posant le pachiderme latin dessus.]

Parce qu'il est l'étendard de ralliement des latinistes qui connaissent "cum", mais ne se rappelent jamais si "alors que", c'est + ind. ou subj. ; qui plongent dans l'infini des quisque, aliquis, quicumque, quiscumque, quocumque, quomodo que quiconque ne peut décemment retenir plus du temps nécessaire à l'interrogation.

Parce que la gaffiotomisation, chez certains, c'est culte.

Parce que Félix, tout de même, c'est un drôle d'oiseau.

 

 

15:00 Publié dans Patte de souris ,