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03 août 2009

Voir la Renaissance et mourir (d’ennui)

Contrairement à certaines statues qui sont devant la galerie des offices, les bras ne m’en tombent pas : la peinture de la Renaissance me laisse de marbre. Je glisse sur les visages trop lisses de la Vierge et les scènes religieuses surchargées de personnages et de symboles auxquels je ne comprends rien.

C’est en partie de ma faute, il est vrai, il faudrait que je m’y intéresse et cherche la compréhension des toiles et des épisodes bibliques (From-the-Bridge me disait encore juste avant le départ qu’il fallait que je lise la Bible, que je me fasse un programme de lecture, parce que la littérature anglaise était gorgée de références) mais j’ai vraiment du mal à faire un effort continu vers ce qui ne m’attire en aucune façon au premier abord.

Inflexion qui pourrait me démentir face aux tableaux dont parle Daniel Arasse dans ses Histoires de peinture – la Vénus d’Urbin, de Titien, notamment. Et dans la dernière salle, une nature morte dont j’ai oublié le nom du peintre que je m’étais pourtant promis de retenir, curieuse avec une coupe de fruit (étonnant, non ?), une branche-brindille qui se tortillait comme la chenille dessus (même pas un vers, la preuve que ce n’était pas mort mais still), et un verre où se reflétait, comme dans les fruits mais de manière plus évidente, une vitre ou quelque élément architectural, furtive trahison par un reflet interne d’un extérieur au tableau, qui n’est plus.

Conduire en Italie et survivre

Il y a plein de choses « à l’italienne » que j’aime : les fouettés et les glaces, par exemple. La conduite dans les rues portant pourtant des noms de pâtes (« la via Bolognese, à droiiiiite ») et les places au nom de pizza, autour desquelles on ne peut pas tourner parce que la majorité des ronds points sont distribués comme la place de la Concorde et ne permettent pas de U-turn, beaucoup moins. Là, Rousseau n’a pas cours, ni sous la forme du code (la signalisation est somme toute décorative), ni sous celle de la formule morale qui nous enjoint à faire notre bien avec le moins de mal qu’il est possible à autrui. Un seul principe : foncer dans le tas - et se démerde qui pourra.

Vous ralentissez légèrement pour laisser s’insérer un zigoto qui a très mal joué son coup et se retrouve coincé au bout de la file d’insertion, il ne comprend pas et c’est vous qui vous faites klaxonner. L’usage n’est pas en effet de s’insérer après avoir pris son élan et donc une vitesse relativement semblable à celle des voitures qui circulent sur l’autoroute, mais de s’incruster en repassant par la première (allez, la seconde, soyons sympa).

Vous allez assez vite, c’est déjà trop : on ne se fait pas doubler par une femme, cela ne se fait pas.

Vous n’allez pas assez vite, c’est un concert de klaxons. Vous imaginerez qu’on a assisté à pas mal de représentations de ces orchestres improvisés si vous savez que les panneaux font la taille d’une demi-feuille A4 (A5, quoi) et qu’ils sont implantés au-dessus de l’intersection, une fois que le choix de la file a été fait. Le panneau est donc là pour vous dire si votre intuition a ou non été chanceuse. Aucune utilité autre que de permettre aux voitures de sport de changer de direction sur les hachures au sol avec un virage de formule 1 (et beaucoup de bruit).

D’une manière générale, le panneau est purement indicatif : c’est-à-dire que non seulement il ne vous informe pas du tout du fait de son emplacement, mais son caractère contraignant est subjectif. La loi de la jungle règne et vous êtes comme un indien dans la ville : pour les limitations de vitesse (certes trop basses : 90 sur une quatre voies et 100 sur l’autoroute, c’est pire que pour un apprenti chez nous), un cercle est un carré (mais un carré n’est pas un cercle, vous avez les chakras bouchés ou quoi ?). En revanche, comme les controles electronica della velocita sont assez peu bouddhistes, l’usage est de piler devant le radar comme si c’était un piéton.

Le panneau est également approximatif : l’indication est là, puis disparaît, puis peut-être réapparaît sous une autre couleur. Vert pour l’autoroute, mais le bleu fonctionne parfois aussi, si bien que l’on si retrouve plus souvent qu’on ne voudrait – surtout que l’autoroute rallonge le chemin. A moins que ce ne soit l’effet des kilomètrages fantaisistes : je vous assure, en cinq minutes sur des routes sinueuses, on fait vingt kilomètres - avec un Fiat (qui a du mal à monter une pente caillouteuse en première). Bon, revers de la médaille, vingt kilomètres plus loins, il y en a trente de plus – j’exagère à peine. Plus on avance, plus c’est loin. Autre cause renforçant l’effet : toutes les routes mènent à Rome, et plusieurs itinéraires à Florence (qui s’emmêlent : Firenze à droite et à gauche, pas de jaloux, juste l’impression de tourner en rond) mais pas à la via Fantina, visiblement, laquelle nous a rendues malheureuses comme des Cozette – comment ça, encore un sens interdit ?

Rajoutez à cela le sens de l’orientation approximatif de ma dear Mum (« - Je vais à droite là ? – Hum, vu qu’on a pris la deuxième à gauche au lieu de la première, je dirais qu’au contraire cela nous éloignerait. ») et des incompréhensions de copilote (« Tout droit, c’est tout droit ou c’est à gauche ? – Bah tu suis la route. Tout droit à gauche du sens interdit. ») et vous obtenez quelques jurons et de belles tautologies d’énervement (« Il est à l’arrêt, le bus, ou il n’avance pas ? »), repris en séances d’imitations le soir par Caroline et moi. Ici surgit un nouveau personnage, dont vous n’aurez pas de description, et dont il vous suffira de savoir que c’est une amie de ma mère, qui n’a que dix ans de plus que moi, presque jour pour jour, et avec qui on s'est bien marré.

Voir l’Italie et vivre

Non, je n’ai pas vu l’exposition au musée d’Orsay.

Mais oui, je reviens d’Italie. De la Toscane, plus précisément, près de Florence.

Je n'ai pas été prise du syndrome de Stendhal, que je ne connaissais d'ailleurs pas (le syndrome, pas Stendhal, malheureusement) : Florence est une ville haute, agitée, extrêmement bruyante, d'autant plus bruyante que nous dormions dans un gîte en pleine campagne, tellement calme que l'on aurait pu, selon Caroline, "coller un procès-verbal aux cigales" pour tapage diurne.

 

Série de posts à venir :

Conduire en Italie et survivre

Voir la Renaissance et mourir (d’ennui)

Manger italien et grossir sourire

Voir l’Italien et rire

Voir Roberto Bolle et tuer (à moins que je ne réserve le verbe pour les bestioles, je ne sais pas encore)

 

07 septembre 2008

La Corse, l'étranger où l'on parle français

     

   

 

  Il y a des indices qui ne trompent pas : maman avait acheté un guide sur la Corse. On achète toujours un guide avant d’aller visiter des pays étrangers. Au cours des voyages, on a développé une telle relation avec les Hachette tourisme qu’on appelle chacun le « petit guide ». Certes, cette fois-ci, ce n’était pas un Hachette. Et il était plus succinct. Il contenait des cartes. Car l’île à beau n’être pas très grande et les routes n’être pas très nombreuses, les indications ne le sont pas non plus. Pour ne pas vous perdre entre les paysages de mer et montagne (encore un indice : vous parlez souvent d’un paysage à Paris ou même sur la Côte d’Azur ?), vous disposez des quatre points cardinaux incarnés par les villes de Bastia, Porto-Vecchio, Bonifacio et Ajaccio, respectivement nord, est, sud et ouest. Entre-deux, on s’en remet à la chance ou aux indications des locaux – qui, par un mystère de linguiste, s’obstinent à ne pas prononcer la dernière voyelle des noms : vous allez à Cala Rossa, eux à Cala Rosse, chacun sa plage. Mais comme les gens sont adorables, vous devriez vous en sortir. Bien sûr il y a quelques maisons plastiquées pour le folklore local, des graffitis du FLNC et quelques messages de bienvenue comme « Corse is not France. Corse is not for sale. » (On notera le souci grammatical de l’auteur de ce message – Corse isn’t France, indeed, it’s French). Mais cela reste très marginal – peut-être un mythe qui permet de préserver le littoral ? A moins que le nouveau bouc émissaire soit italien : également croisé la charmante équation « Italiens = irrédentisme = occupation ». Pas d’inquiétude cependant, j’ai passé trop de temps sur la plage pour réaliser une étude sur l’idée d’indépendance en Corse… la preuve en images.