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12 avril 2007

Aurélien Aragon

 
 
En ouvrant sur le mystère de cette fenêtre, j'ai retrouvé le goût de la lecture - le plaisir de tourner et pages et non plus des pages tournées. 
 
..."Les fenêtres" de Baudelaire...
... the prince of Aragon in The Merchant of Venice...
... rêverie onomastique...
... j'aime bien la lettre A (pure narcissisme direz-vous), et les prénoms en -ien...
... pas alien non plus... 

10 février 2007

Hernani et Barbie

A côté les feux de l’amour, c’est trash.

 

       Vous connaissiez peut-être Hernali et autres parodies, le texte s’y prête. Le problème, c’est que cette mise en scène de Robert Hossein* à la Comédie française (1974) que nous avons visionnée en cours hier n’était pas, je crois, voulue comme tel. C’est que ça a vieilli, très mal vieilli. Mieux vaut en rire. Parce qu’il y a matière à persifler. Hernani avec son costume en écailles de poisson synthétique déclame sa grandiloquence avec force passion. Sa belle Dona Sol est une poupée Barbie aux yeux bleus qui déclare avec fougue au comte Da Silvia qu’elle est « une véritable espagnole » *mouvements l’Oréal à l’appui*. Ô oui ! très racée, farouche et audacieuse. Comme par ce chaste baiser langoureux, sur lequel notre admirable technicien en chef est revenu après avoir fait une avance un peu trop rapide. Chaste donc, parce qu’il faut bien dire ce qui est ; langoureux parce qu’à les voir ensuite, on a l’impression qu’ils viennent de passer l’après-midi à folâtrer dans les prés. C’est mignon, c’est mignon. Juste un peu écoeurant d’être dégoulinant de bons sentiments et d’ardeur virile de pacotille [l’homme leader price est de retour ! ^^ private joke] . Et puis ces instants si poignants, où Don Ruy Gomez semble habité de quelque esprit mystique et répète comme dans un songe cauchemardesque « Il l’aime… Il l’aime ». Le bruitage de battements de cœur vous prend à la gorge et la musique genre Autant en emporte le vent vous berce tendrement. Vous n’hésiteriez pas à dormir, si seulement ils ne passaient leur temps à hurler. Il faut du decibel à la passion. C’est long. Surtout qu’elle est coriace Dona Sol ; c’est résistant une poupée Barbie. On croit toujours qu’elle va expirer, ça fait un bail qu’elle a tenté le remix de Roméo et Juliette. Mais non, mon cher Hernani, ma vie, mes amours, mes emmerdes, mes douleurs. Hernani est piètre acteur, mémoire déficiente, il peine à se souvenir du dénouement de la tragédie shakespearienne. C’est bien dommage. Allez, bois, bois ! (Je vous assure que là, on devient vite pro-alcoolique). Il se décide enfin à mourir. Et là, ce qui est génial, c’est que contrairement à l’autre coriace, lui n’est pas difficile à achever.

       Mais la cerise sur le gâteau, c’est la pomme du nain. Personnage rajouté, il apparaît la première fois après une envolée lyrique d’Hernani appuyée de maints maniements de cape et d’épée holé ! Il croque sa pomme avec un regard profond, genre et là il te kill. Donc réapparition à la fin, mais le tragique, c’est qu’il pleure tant qu’il n’arrive plus à croquer sa pomme. Et nous on riait tellement que ça a continué jusque dans la file d’attente de la cantine. 

 

 * Il y a toujours des hauts et débats. La mise en scène d’Antigone d’Anouilh par Robert Hossein était à proprement parler géniale. Il doit y avoir des génies incompatibles. Avec Hugo, pas de place pour deux.

07 janvier 2007

Victor Hugo

[Faites place, misérables ! vous êtes faits comme des rats.]

 

Oxymore ?

                                                                     Oxymore mot/chose ? 

           Le nom est posé, dans toute sa lourdeur. Hugo, deux barres plantées dans le sol ; l’édifice est immuable. Je ne sais plus quel auteur étudié en première comparait cette initiale aux tours de Notre-Dame. On fait dans le monumental. Dépassé la fausse confession à la Rousseau, nous ne sommes pas des sauvages. Ni des bons d’ailleurs. Dépassé le drame en trois actes de la vie de Chateaubriand. D’autres –eaux ont coulé sous les ponts. Hugo est prêt à entrer en Seine. Paris, ville de Victor Hugo, avec sa rue à son nom et de son vivant s’il vous plaît. La troisième République veut en imposer. Cela n’a pas été pour arranger l'ego d’Hugo, qu’il avait déjà démesuré. Imaginez le courrier : Moi, rue Moi. Paris. * Paris, la ville lumière. Paris, capitale du Progrès  - allez savoir pourquoi, le progrès est majuscule, c’est un ami d’enfance à Totor. Paris, ville des révolutions. Paris (si j'arrêtais le chauvisisme et que je me mettais à crier New York ?), terrain de jeu de Gavroche. Paris et son double souterrain, les égouts. Vous connaîtrez tout sur les égouts - un livre entier dess(o)us- et vous apprendrez tout le respect que vous devez à Bruneseaux  (il était prédestiné, le pauvre misérable). Paris, ville des misérables, en un mot comme en cent. Mais plutôt en mille.

      Les Misérables. La majuscule est posée ; ça y est, vous pouvez vous étrangler en toute légitimité. Une bagatelle de 1600 pages en deux volumes. Ce qui est vraiment énorme, c’est le culot démesuré de l’auteur qui prend toute sa place. Et tout son temps. La parenthèse devient digression et la digression devient dans le meilleur des cas un chapitre, au pire, un livre. Le livre septième de la deuxième partie s’intitule d’ailleurs "Parenthèse" et vous rappelle la couleur : « Ce livre est un drame dont le premier personnage est l’infini. L’homme est le second. » C’est formidable. Pas de raccord en biais à l’histoire, non. Le grand H. a tranché : car tel est mon bon plaisir. Une parole royaliste. Mon Dieu ! Le pauvre doit se retourner dans sa tombe. Il fallait dire : car telle est la marche de l’histoire (avec H.). Jean Valjean descend dans les égouts ? Attendez, attendez, ne prenez pas la fuite si vite. Je vais vous faire visiter les égouts. Et pendant un chapitre, le pauvre Jean Valjean se tient dans la puanteur. Pas étonnant qu’on le retrouve éreinté, à porter Marius sans connaissance. C’est lourd un homme. Que dis-je, un homme ? Un être humain, une conscience, une particule du Progrès ! Et là, vous voilà reparti pour une tirade. N’attendez pas la réplique, nous ne sommes pas au théâtre ; Hernani végète dans l’ombre des catacombes. Le discours hugolien se reconnaît de loin à ses rythmes ternaires, à son grondement, à son renflement, à ses formules assassines et à ses métaphores terribles. Hugo aime les mots. Pourquoi choisir et devoir en faire mourir quelques-uns ? A la suite ! À la queue le le ! En rangs… non pas deux par deux, trois par trois. Pourtant, ils sont pesés. Pas de doute la dessus, le volume tient bien en main. Tous ont le droit de cité parisienne. La voix au chapitre est royale, même et surtout pour l’argot. Kéceksa ? Très amusant. Et puis il y a du monde, ça grouille, un momacque, une guenille, un mioche, une misérable, un forçat, une poupée, un éléphant… Il y a à boire et à manger. Sauf sur les barricades, où vous ne mangerez que de la poussière. Le Progrès de l’Humanité a ce goût amer, sans (bi)tume.
       Résister et tenir tête. Mourir pour ses idées et vivre pour épargner. Hugo aura vécu ses idées mais meurt sans nous  épargner. Et pourtant… même si l’œuvre assomme tout d’abord, son poids finit par se caler bien en main. On suit tout ce petit monde, pas bien sûr au début de la direction. On se perd dans le dédale des pages et des rues de Paris, puis on se retrouve. Retrouvailles formidables et grandioses de pauvreté. L’oxymore ne fait pas peur. Les mots sont des armes, on se joue des balles à la plume. Barricadé dans la littérature, table renversée et mains tachées, le combattant nous jette de la poudre aux yeux. Le mélange est détonant, il va exploser dès que vous l’aurez dépoussiéré. Non, décidemment, ce n’est pas en vain que de sa barricade le génie lance son pavé.

A vos armes. Prêts ? Lisez !

[A vos livres, citoyens...]

*    passage copyrighté de notre cher professeur d'histoire.
**  (ne cherchez pas les deux ** dans le texte, c'est un passage bonus) Même la chute est grandiose. Rien de simple. "[...] faire la part de l'immense infériorité de l'auteur d'Hernani" Cette part, c'est la cerise sur le gâteau. On n'en attendait pas moins.

19 novembre 2006

C’est un nouveau roman, ce n’est pas une belle histoire

c’est une écriture d’aujourd’hui. Génération zapping avant l’heure. Imaginez que vous êtes assis dans votre canapé avec deux amis ayant chacun une télécommande et des goûts très différents. Ils n’arrêtent pas de se battre, de changer continuellement de chaîne. Un grand plan de bataille de péplum dérive en un regard larmoyant d’un baiser bien mélo. Et au moment où les deux bouches allaient s’unir, vous vous faites agresser par un zoom sur le dard d’une espèce rarissime de scorpion qui habite dans le désert sous les touffes de cram-cram. Alors que vous commenciez à vous intéresser malgré vous aux vertus piquantes de ces boules sèches, vous entendez la question fort épineuse de qui veut gagner des millions. Vous n’aurez pas le dernier mot, Louis de Funès est déjà en train de vous seriner que Monseigneur, il est l’or, l’or de se réveiller. Et effectivement, sursaut musical de Simple plan dans la pub de Citroën. Ce n’est pourtant pas compliqué, le mobile du crime ne peut être que l’héritage. 25 cm la minute et 150 SMS offert pour le premier mois de souscription. Un mois, c’est la durée de gestation du scorpion. L’autre pleureuse du mélo est maintenant en train d’éplucher son horoscope – ascendant agaçante. 

      Très amusant à écrire. Moins à lire, surtout quand cela s’étale sur une vingtaine de pages. Les images se succèdent, s’impriment, se fondent les unes aux autres, et au final, vous avez passé la soirée dans un puzzle d’images dont on imagine les manques et que l’on colle tant bien que mal à la suite en un nouveau scénario. L’entremêlement des voix tisse un récit et noue l’intrigue, mais là, c’est étourdissant. Il me tourne la tête. Il est épuisant. Il faudrait des conjonctions de coordinations. Des conjonctions de subordination seraient les bienvenues. Il faudrait vraiment. Ce hachis en pages grammage 90g, 12 cm par 19 cm, sur 476 pages, c’est beaucoup. C’est amusant pourtant. C’est étourdissant. Assourdissant. S’il vous plaît, monsieur Claude Simon, ne voudriez-vous pas demander à Kant de vous prêter quelques mots de liaison ? Vous n’êtes pas liés tous deux ? C’est fâcheux. Tentez Hegel, alors. A lui non plus, ça ne lui fera pas de mal d’apprendre en retour à arrêter le fil de sa pensée de temps en temps. Sur ce, filons. A l’anglaise si cela vous chante. Et si cela vous enchante, tant mieux. Le désenchantement n’est jamais bien loin. 

  • Les Géorgiques, Claude Simon, éditions de minuit
  • Pas de connaissance précise de la gestation du scorpion, ni de l’opérateur à contacter pour l’offre mobile. Et je sais encore moins si la mélo a réussi à ne pas pleurer à son mariage. Quant à Louis de Funès, pas d’inquiétude, sa cassette est toujours bien gardée.
  • PS après quelques pages supplémentaires de lecture : en fait, on s'y fait. On se fait au fait d'être dans l'incertitude. Puis l'écriture est assez virtuose. Affaire à suivre.