Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 juillet 2011

HP 7.2

La lecture des Deathly Hallows est assez loin maintenant pour apprécier sans arrière-pensée l'adaptation cinématographique du dernier Harry Potter. J'avais déjà oublié que le trio infernal s'échappe de Gringott's à dos de dragon. Mais bon, la routine, quoi. La transformation de Poudlard en bagne est très bien rendue avec le défilé militaire d'élèves en rang par plus de deux et sans se donner la main ainsi que les dortoirs devenus des cales de bateau de pirate. L'attaque de l'armée de Voldemort contre l'école sous globe protecteur donne lieu à un magnifique feu d'artifices spéciaux et McGonagall me fait rire lorsqu'elle met en branle les gargouilles-armures du château et commente « I have always dreamt of casting this spell ». L'atmosphère du livre est bien rendue, jusque dans la niaiserie de l'épilogue : Hermione-maman et Harry-Ron-papas semblent s'être déguisés pour jouer avec leurs petits frères et petites sœurs, c'est d'un ridicule achevé, y'a photo avec le bouquin.  

03 juillet 2011

Gallimard, vous lirez (de) loin

L'exposition Gallimard de la BnF porte bien son titre, moins son sous-titre. « Un siècle d'édition », c'est beaucoup dire lorsqu'on oublie l'entreprise pour se concentrer sur la saga familiale. On fait comme si, en un siècle, rien n'avait changé que le prénom : Gaston, Claude, Antoine, tous des Gallimard. Mais entre « l'homme de lettres qui n'écrit pas », ainsi qu'est désigné Gaston par l'un de ses auteurs, et le PDG actuel, il y a un monde que n'explore pas franchement l'exposition. Celle-ci joue à fond la carte des archives célèbres et espère transformer le visiteur en détective-justicier qui, fort de sa culture littéraire, bouhouhisera le lecteur du comité passé à côté d'une œuvre que l'histoire a sacralisée. Je trouve au contraire fort rafraîchissants ces avis tranchés, aujourd'hui inavouables sans une avalanche de concessives. Et un roman « profondément ennuyeux, inutile et parfaitement respectable » expédié ! Les livres de compte et les contrats sont moins amusants et si, plus souvent dactylographiés, il sont souvent plus lisibles, on les lit encore moins que les lettres et dédicaces semble-t-il adressées à des archéo-grapho-logues – vive le Times New Roman. Aux lettres pleines d'amitiés et de sincères formules, on préfère vite une enveloppe décorée de Cocteau, les dessins humoristiques de Pennac (moi aussi, j'en ai un en dédicace, nananananèreuh) ou une affiche publicitaire pour la sortie de Sade en Pléiade (« L'enfer sur papier bible »). Je grappille selon mes affinités avec tel ou tel auteur et laisse souvent de côté ceux que je n'ai jamais lu. Le souci de « trouver un très bon traducteur » pour Hannah Arendt me ramène à la khâgne et je ne résiste pas à l'envie d'entendre Milan Kundera dans une de ces vidéos à la demande (j'ai bien été punie mais je me suis rattrapée avec une joyeuse table ronde autour de Daniel Pennac). De vieilles maquette font retrouver un sens au copier-coller ; on s'amuse de l'existence d'originaux pour les dessins du Petit Prince ou les couvertures d'Harry Potter ; et on découvre que c'est à une suggestion de Queneau que l'on doit les couvertures métallisées de SF.

En somme, cette entreprise d'autopromotion vaut surtout pour ses notes de bas de pages : à défaut d'une véritable visite de la maison, on s'amuse d'anecdotes croustillantes retrouvées au grenier. L'exposition n'est donc pas bien grande mais on en a vite assez de déchiffrer et on préférait retourner lire tous ces auteurs que la première salle exhibait en photos comme des trophées. Belle mise en page scène à voir plus qu'à lire.  

26 juin 2011

Une séparation

Photobucket


Une séparation, il y en a bien une, qui ouvre le film (scan des passeports comme générique, avant la demande de divorce devant la caméra-juge) et le referme (la fille du couple doit choisir avec lequel de ses parents elle veut vivre). Elle n'est pourtant pas centrale, sinon en ce qu'elle noue un peu plus fort l'affaire qu'elle encadre.

Nader veut mettre à la porte Razieh, l'aide-soignante qu'il a engagé lorsque sa femme l'a quittée, et qui a été négligente envers son père atteint d'Alzheimer, mais la femme résiste et il la pousse. Elle porte plainte contre lui pour meurtre contre l'enfant qu'elle portait et a perdu. Suit un inextricable imbroglio (Savait-il qu'elle était enceinte ? L'a-t-il vraiment poussée ou a-t-elle eu un malaise ? Le mari de celle-ci n'a-t-il pas des créanciers à payer ? Est-elle sûr d'elle ? Si tel n'est pas le cas, peut-elle accepter un dédommagement qu'elle estime superstitieusement pouvoir lui porter malheur ?, etc., le tout avec des cris permanents – heureusement, les sous-titres font le tri dans ces batailles de chiffonniers) qui n'a pas grand intérêt par lui-même et serait passablement ennuyeux s'il ne diffractait quantité d'enjeux annexes.

La confiance accordée ou refusée à un proche peut faire soupçonner des manœuvres pour récupérer la garde de son enfant, désigner les sujets tabous dans un couple et entériner la rupture d'un autre. La dimension religieuse vient encore compliquer la donne. On rit dans la salle lorsque Razieh téléphone pour demander si changer le vieux qui s'est fait dessus constituerait un péché, mais cela nourrit le malaise entre cette femme et son mari, à qui elle n'a pas voulu avouer son travail. Ce qui caractérise son personnage, c'est d'ailleurs la façon qu'elle a de rabattre en permanence son tchador contre elle, comme pour se protéger. Tout n'est pas pour autant réductible à au problème de la religion musulmane et il me que c'est pour cette raison qu'Une séparation est un bon film pas tant un bon film en soi qu'un film bon à voir pour les Occidentaux que nous sommes. Razieh va travailler en cachette parce qu'elle s'occupe de la toilette d'un vieil homme mais aussi et peut-être d'abord parce qu'elle ne veut pas humilier son mari chômeur. Les femmes sont voilées, même chez elles, certes, mais toutes ne sont pas entravées dans leur liberté. Ainsi, la différence entre Simin, la femme de Nader (le foulard laisse apparaître de magnifiques cheveux roux) et Razieh (ovale du visage mangé par le voile) tient moins à l'entière liberté reconnue à la première par son mari qu'à la superstition dans laquelle s'est enfermée la seconde. Bref, plutôt qu'une société inégalitaire, le film nous montre des individus qui, en son sein, font des choix pour y vivre ou non en accord avec eux-mêmes. Un autre quotidien humain.  

15 juin 2011

Vivre sa vie

Photobucket


La première scène augurait bien : un couple discute au comptoir, sans se regarder, côte à côte, sans que le spectateur puisse les voir, de dos. C'est juste, on ne connaît jamais son propre visage lorsque l'on parle – sauf à se regarder dans un miroir mais l'héroïne n'y a droit qu'en vertu de sa vocation à devenir comédienne. Les acteurs nous tournent donc résolument le dos et ce surplus d'artifice, en nous éloignant des conventions, nous ramène un peu plus près du naturel. Même chose pour cette musique qui prend son élan romantique puis s'arrête abruptement pour nous projeter dans un réel brut, insignifiant, une rue avec des murs lézardés, un bruit de moteur qui ralentit en peu plus loin et celui des talons sur le trottoir. Cette musique enrayée me déroute dès le début, lorsque le générique s'affiche sur le profil gauche d'Anna Karina alias Nana, puis de face et enfin sur son profil droit ; pour un peu, on en aurait fait le tour. Curieusement, plus Godard s'attarde sur son personnage, moins celui-ci en est un. D'abord, Nana donne plus dans le roman zolien que dans Shakespeare en prostituant ses rêves d'actrice ; on la voit simple spectatrice au cinéma – le film en abyme, intégré au montage et non pris avec sa salle de projection comme cadre, me ramène à la mienne : je sors du film, un peu ennuyée, et je regarde Palpatine à la dérobée. On se voit rarement de profil dans un tête-à-tête, puis la scène est suffisamment lente pour ne pas diffuser un éclairage de stroboscope et, contrairement à la couleur, un peu verdâtre, le noir et blanc va bien au teint. J'apprécie davantage que Jeanne d'Arc. Heureusement, celle-ci meurt et nous retournons à notre personnage qui, disions-nous, en est de moins en moins un. De même que le modèle du portrait ovale d'Edgar Poe (lu à Nana par son amant non client) perd de ses couleurs à mesure que son mari la peint, Nana perd de son charme à mesure que le film se déroule. L'issue est la même, elle finit par en mourir, le cinéaste l'exécute rapidement en un tableau. Que pouvait-il faire aussi d'une personne dont la figure est la lapalissade ? Nana est une nana tout comme, nous dit-elle, une assiette est une assiette, un verre est un verre, un homme est un homme. Elle est à peu près aussi inspirée que dans sa discussion avec un Platon de comptoir (« Nana fait de la philosophie sans le savoir » nous autres hommes des cavernes cinématographiques sommes heureux d'être ainsi éclairés) : coquille vide. Et je ne suis pas bien persuadée que le film l'ait absorbée plus que moi ; en vérité, je ne m'écrirai pas que c'est la Vie elle-même.  

 

Photobucket