31 mars 2011

Rien eu, le voleur non plus

J'ai senti quelque chose, ou plutôt je n'ai plus senti de poids et je me suis retournée, dérobant mon sac - ouvert - à la main qui allait plonger dedans et qui, dépitée, s'est agitée au niveau de la tempe pour signifier que j'étais folle et mes protestations, de simples affabulations. On ne m'avait rien volé, que ma tranquilité. Prise de tremblements, j'ai vérifié l'hypothèse selon laquelle l'avoir est le prolongement de l'être.

24 mars 2011

Musique vivhante

 

Prokofiev, dansant ; Stravinsky, percutant ; Haydn, réjouissant ; Chostakovitch, poignant (pas émouvant, poignant : comme dans poignard) : voilà tout ce que j'aime dans la musique1.

Dès les premières mesures de la Symphonie n°1 de Prokofiev, j'ai eu la surprise de me retrouver sur scène, avec le tout premier morceau sur lequel nous avons dansé : à quelques pas près, je ne me souviens plus de la chorégraphie, mais la musique s'est inscrite dans mon corps et celle qui jaillit de l'orchestre vient derechef combler cette empreinte. Il en est pour moi de la musique comme des gens : plus je les connais, plus je les aime. On n'est jamais sûr de les reconnaître – et de replacer le premier mouvement dans la totalité de la symphonie.

Surprise encore plus grande que d'être familière aussi avec le deuxième morceau, Capriccio pour piano et orchestre de Stravinski. Alors que le nom que j'y associais spontanément était celui de Gershwin, ce sont des extraits d'un ballet avec Claude Bessy (début d'un vieux documentaire sur l'école de danse de l'opéra) qui me viennent à l'esprit. Allez savoir pourquoi, quand j'aurais du compléter la réminiscence balanchinienne de Palpatine rubis sur l'ongle : Joyaux ! Et pourtant, ce n'est pas faute de l'avoir vu trois (quatre ?) fois... Mais les voies des associations d'idées sont impénétrables et ce beau caprice musical prend bientôt l'allure d'un cartoon, avec le chef et ses mains en bec de canard dans le rôle de Donald Duck, et l'embonpoint débonnaire du pianiste dans celui du mignon cochon bégayeur (a-t-il un nom ?).

Tout cela est évidemment à prendre avec une pincée de sel, qu'Emmanuel Ax saupoudre au-dessus de son clavier dans le Concerto pour piano en majeur de Haydn. Il se frotte les doigts et nous, les babines : c'est un régal. J'imagine d'abord une fête rutilante puis, au milieu, une rencontre assourdissante qui met les festivités bruyantes à distance (la caméra tourne au ralenti, bande-son coupée ou remplacée par des froissements d'étoffe et des échos de stéthoscope), pour mieux les rejoindre ensuite, après quelques feintes espiègles dont on ne fera pas une histoire (seulement quelques plans souriants – lendemain de fête, des pieds qui courent sur le carrelage à damier bordeaux et crème, une porte à petits carreaux, des adieux sans rupture).

On retrouve ensuite Chostakovitch, dont la musique est beaucoup moins désolée quand il s'efforce de l'être (face aux chiens de garde du réalisme socialisme – les génies ont trop souvent à s'excuser de leur talent ; le compositeur russe n'a-t-il pas assez expié qu'on doive encore parler de ses rapports à l'URSS dans chacun des programmes ?). Il y a du joyeux foutage de gueule et des apothéoses qui n'en sont pas dans la Symphonie n° 5 : le remue-ménage de la grosse caisse éléphant voudrait bien provoquer l'implosion de l'orchestre qu'il écrase de tout sa bruyante puissance, mais l'orchestre toujours reprend comme si de rien n'était, un peu plus légèrement encore qu'on aurait pu imaginer ; les crescendos n'explosent ni ne retombent comme des soufflés, ils sont obstinément défaits, par un decrescendo patient ou d'un rapide pas de côté.

Je commence à être un peu fatiguée mais je ne veux pas le savoir et fixe mon attention sur le chef : presque comme si c'était de la danse, je vois la musique, le chef y est corps (et âme, j'imagine). Sa pantomime m'absorbe, même si elle n'est pas à strictement parler lisible pour moi qui sais tout juste lire la clé de sol. Son crâne rasé et sa baguette avaient fait surgir devant moi Voldemort au début du concert ; aussi, il y a bien quelque chose du mage dans ses gestes : il convoque les violons (leur tire un son, les force à être bien là, tout de suite), appelle les altos comme des esprits, lance un sort aux percussions, congédie les violons pour mieux envoûter les vents. Lorsque la fanfare fracassante déferle, on dirait un instant qu'il est possédé – buste en arrière, bouche grande ouverte sur un cri si déchirant qu'il reste muet– puis son regard tombe sur sa baguette et il semble se souvenir qu'il dirige. Autant dire que mes paumes de main n'ont été épargnées que par le spectre d'un RER citrouille.

1 Sans oublier Arvo Pärt, fascinant, ni Fauré, lancinant.

22 mars 2011

Soirée bien asSAISONnée

 

Présentation Arop de la saison prochaine hier soir : je me décide au dernier moment, comme d'habitude, et lorsque j'appelle pour réserver, on me répond que les listes sont déjà parties mais qu'il n'y a aucun problème, je n'aurai qu'à me présenter en arrivant. Ces pré-inscriptions, c'est vraiment pour donner à l'adhérent l'impression d'être VIPouille, et le plaisir de voir son nom stabiloté tandis qu'il en précise l'orthographe : mimylasouris, avec un y, comme Myriam (Ould-Braham).

C'est vrai que les mondanités font partie du plaisir, même si, dans ce cas précis, le monde se résume pour moi à un cercle de balletomanes-bloggueuses, qui ne s'élargit que pour lancer des offensives sur le buffet. Et je dois dire que la mini-tartelette au citron avec des éclats de pistache est si fondante qu'elle m'ôterait presque toute envie de faire ma langue de vipère, notamment sur notre Misérable préférée, dont on nous a abreuvé pendant les extraits vidéos, parce que bon, faut bien que la bande-annonce la vante un peu pour pouvoir la vendre (curieusement, quand c'est Aurélie Dupont, il n'y a pas besoin de légende).

Je découvre ainsi, après quelques minutes de Marie-Agnès Gillot en train de danser une gigue irlandaise avec son aspirateur (déjà dans le documentaire qui lui était consacré) qu'il faudra absolument que j'assiste à l' Appartement de Mats Ek, même si j'ai déjà vu la première partie dansée par le NYCB. Et si dieu (enfin le système des Pass jeunes) le veut, je prendrais bien au rabais une place pour l'opéra de Debussy, qui a l'air beau bien que statique, ainsi que pour celui des Trois oranges, de Prokofiev, ne serait-ce que pour enfin capter l'allusion dans Cendrillon, qu'on aura d'ailleurs en opéra par Rossini et en danse dans la version de Noureev, après avoir vu celles de l'English National Ballet, de Matthew Bourne et de Massenet (plus de lac, c'est un signe). Autre doublon qui risque de me titiller le neurone si je vais voir les deux : Manon, Massenet versus Kenneth MacMillan. C'est assez amusant de voir comment est pensée une programmation, même si, opéra et danse, on ne se cause pas, Brigitte Lefèvre ouvre le bal et Christophe Ghristi tarde à la le fermer.

Quand l'évaporation des plateaux de mignardises n'est plus qu'un souvenir, on nous pousse vers la sortie : Amélie, le Petit rat, Palpatine et moi finissons en beauté au café d'en face, où le fromage se trouve sous la catégorie « entracte » et où la salade au saumon s'appelle « le Lac des cygnes ». Palpatine est tout content de commander une salade « Ivan le terrible » quand la balletoman(iaqu)e refuse de manger de la verdure. Entre rongeurs, nous sommes d'accord : on s'enfile un tartare parfaitement assaisonné, servi avec des frites délicieuses, croquantes et si peu lourdes qu'on commande des profiteroles dans la foulée, histoire de faire glisser les mille et un potins que les deux balletomaniaques nous content. Merveilleux.

 

[Faut que je fasse attention, mes comptes-rendus se palpatinisent... Lui, de son côté, se met à prendre des photos bizarres avec des reflets. Si, de surcroît, comme me le faisait remarquer Miss Red, mes posts se raccourissent (relativement, faut pas déconner non plus) tandis que les siens s'allongent, je vais finir par croire qu'on déteint l'un sur l'autre.]

20 mars 2011

Sous le clavier de Voltaire

Reçu au bureau (terme neutre entre stage et travail) :

" Madame Monsieur,

Nous vous informons que nous allons procéder à une maintenance des serveurs Bureautiques ce mercredi 16 mars 2011 à partir de 20h.
En conséquence des perturbations sont à prévoir pour les accès à l’environnement bureautique depuis l’extérieur ou en interne de 20h à 6h.
En comptant sur votre compréhension, nous nous excusons de la gène que cela pourrait vous occasionner.

L’équipe Réseaux et Bureautique."

Candide service informatique. Cela m'a fait penser, sans malice, au vieillard de l'Eldorado :

  "nous avons, je crois, la Religion de tout le Monde ; nous adorons Dieu du soir jusqu'au matin."