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15 janvier 2011

Goûter un concert(o)

 

Maki.

La faute à Billy Budd : le concerto pour violon en ré majeur de Benjamin Britten m'est apparu sous un jour aquatique. Rassurez-vous, cela n'a rien assourdi, ni les percussions ni les archets, bien au contraire, et les chuintements ténus du violon de Janine Jansen, visiblement dans son élément (avec sa robe d'écume noire), se sont bien propagés ; j'étais dedans !

 

Sabayon.

L'Italie de Berlioz ou d'Harold, je ne sais, m'a parue quelque peu académique. C'est pendant que l'altiste soliste, planté bien droit, convoquait montagnes, ruines ensoleillées et autres paysages, que j'ai pensé à une métaphore culinaire pour exprimer ce que j'appelle d'ordinaire de la musique au partitif. Vous reprendrez bien de la musique ? C'est très lié et sans grande saveur : de la crème anglaise. Je trouvais que cela allait parfaitement pour une Italie importée d’Écosse jusqu'à ce que le deuxième mouvement vienne me tirer de mes considérations. La « Marche des pèlerins chantant la prière du soir » a cette beauté bouleversante du liturgique observé de loin, uniquement sous un jour esthétique. La nuit et la lueur jaune-orangée des vitraux d'une église. Une lanterne d'Aloysius Bertrand, peut-être. Un secret dont on aurait perdu le sens et qu'il faudrait répéter pour ne pas l'enfouir et permettre à quelqu'un, un jour, de le découvrir.

Mais comme toute beauté éphémère, la procession s'est éloignée de portée d'oreille, la parenthèse s'est fermée, la chuchotement a été recouvert et c'est pendant les deux derniers mouvements que j'ai décerné le maki, délice algué, à Benjamin Britten et transformé la  crème anglaise en sabayon, pour que le deuxième mouvement s'y découvre comme quelque fruit savoureux au milieu d'une crème pas mauvaise mais sans litote.

En bis, la suite pour violoncelle n°1 de Bach - pour violoncelle mais à l'alto. Je me demandais si j'allais l'entendre un jour en concert. Je me demande à présent si je l'entendrai un jour en concert jouée lentement, avec des moments très étirés presque en chute libre avant d'être rattrapés in extremis par le crescendo, histoire de nous donner le vertige. C'est comme avec les feux d'artifice, il faut apercevoir la retombée pour apprécier la fusée suivante - sinon c'est courir droit à la jouissance en oubliant le plaisir.

 

Farfalle tonde.

Ravel sert à Daphnis et Chloé un plat de farfalle tonde, c'est une évidence au-delà des mots (j'avais la forme de la pâte et pas le nom). Des formes riches et rondes qui miroitent avec force, c'est une mer déchaînée de tableau impressionniste ou un plat de farfalle tonde. Un moment fort, au figuré comme au propre.

René Gruau and the line of beauty

Titre parfait pour une exposition sur la collaboration du dessinateur avec Christian Dior. Alors que les illustrations cédaient la place à la photographie, le couturier et parfumeur a continué à confier ses publicités à René Gruau. C'est qu'il s'agit moins d'un illustrateur (sauf pour ses esquisses de « femme moderne » qui ont vieilli à côté de son éternel féminin) que d'un dessinateur qui a un trait épuré pour toute ligne de conduite. Simples et sûres comme des tracés de calligraphie, ses lignes souples donnent forme à des femmes d'une élégance folle. So chic !

[Diorissimo]

Un temps où l'on savait vivre, il suffit de voir les magnifiques cartes de vœux (faudrait que je me dépêche, la fin du mois va vite arriver) gaufrées avec incrustation de tissu pour s'en persuader. Du luxe mais aussi de l'humour, comme pour cette publicité où le traditionnel verre d'alcool a été remplacé par le flacon de parfum :

 

Parmi l'hommage rendu au dessinateur par des artistes récents, ma contribution favorite a été celle de Jasper Goodall :

Belle scénographie sur fond de tulle, en plus.

[  À la Somerset house, sur les quais de la Tamise]

HP : Harry Potter vs Hôpital Psychatrique

Tout a commencé par un plan de Londres introuvable : « Pourquoi on ne peut pas faire un Ctrl+F canapé, hein ? Ou accio London map ! ». Et Palpatine, ce geek moldu, d'arrêter de chercher pour se mettre à rire. Heureusement, j'ai fait spécialité spéléo à mon bureau, du coup on a fini par mettre la main dessus.

Une fois sur place, on a pris des magicobus et on a même croisé un dragon en plein centre-ville, devant le ministère de la magie moldu, i.e. la cour de justice.

Au retour, une mère a fait passer sa tripotée d'enfants un par un dans le tourniquet de l'Eurostar et même s'ils avaient des bagages à roulette sans chariot, j'ai cru qu'ils allaient débarquer sur la voie 9 ¾.

 

Et lui ? Non, ce n'était pas un patronum en plein Covent Garden, seulement un renne de Noël grâce à la truffe-boule de Noël duquel j'ai eu Rudolph, the red-nosed reindeer has a very shiny nose ! dans la tête toute la journée.