Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26 avril 2017

Everyness

Moins construit que les autres, me fais-je la remarque pendant le spectacle. Ce n'est peut-être pas plus mal : plus lâche, c'est aussi plus poétique. Il n'y a pas vraiment de fil directeur dans Everyness ; tout gravite autour d'une immense boule blanche qui se gonfle et se dégonfle, parachute accroché au dos de Honji Wang, terre d'Atlas dos courbé, abdomen géant d'abeille, de reine qui écarte tout sur son passage, bulbe bizarre d'un Pokémon inédit ; et détaché : rocher qu'on câline comme une baleine échoué ; et dans les airs : boulet et coups de butoir sonores, ça vibre et ça vole, méthodiquement, pendule qui fascine, anarchiquement, prêt à vous bousculer. C'est une belle contrainte qui s'allume comme une idée, parfois fardeau, plus souvent oulipienne, lourde et légère à la fois, qui évacue l'insoutenable légèreté et ancre les corps là, sous elle, à côté d'elle, sur scène.

On retrouve les filins de Borderline dans quelques séquences, qui sont à la fois trop et trop peu ; l'essentiel est dans les duos, ceux de Monchichi mais sans le couple, duos recomposés, dissolus et persistant dans le groupe - des duos où l'on s'aime à mains nues. D'un même geste, la danseuse, le danseur prend appui et rejette l'autre. On est dans l'ambivalence la plus juste, à la fois dans le désir et la saturation de l'autre. Superbes manipulations. (Superbe Thierno Thioune.) Une femme s'accroche aux pieds d'un homme, entravé dans son avancée, et je me demande pourquoi c'est toujours la femme qui est éplorée : un homme s'accroche aux pieds d'une femme, et ce sont soudain des chaînes d'une violence inouïe, les mêmes pourtant. Féminin et masculin jamais reniés, d'une égale force. D'une même faiblesse humaine. Même tendresse, même cruauté chez la danseuse en robe à col Claudine (Johanna Faye ?), aux gestes plus secs que les autres ; même détresse et même insouciance chez Alexis Fernandez Ferrera qui promène ses dreadlocks et ses babillages de Robinson Crusoé comme s'il était dans un James Thierrée. Je suis étrangement émue lorsque le couple qu'il formait avec col Claudine se sépare et qu'il va causer à bâbord-jardin à la boule blanche baleine rocher, indifférent au nouveau couple qui se forme à tribord-cour. Ce n'est pas la vie, il n'y a rien là de symbolique, et ce sont moins des couples d'ailleurs que des intimités éphémères. Juste ça vit, ça danse, c'est énorme, un monde, une baudruche, peu importe : plaisir à voir l'écho d'un mouvement qui s'étire dans un autre, l'élasticité des corps, leur vitalité. C'est tout et c'est tout un, everything et everyness. Chacun comme il est. Honji Wang et Sébastien Ramirez (qui ne dansait pas cette fois-ci) d'une simplicité et d'une honnêteté dans leur danse qui confine au courage, toujours à chercher le juste et le plaisant, jamais l'effet - en toute simplicité.

Écrire un commentaire