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09 septembre 2012

Loup y es-tu ?


 

Lorsque l'étudiant taciturne qu'a rencontré Hana, la mère de la narratrice, se transforme en loup, ce n'est pas la métamorphose qui me surprend, c'est qu'elle ne débouche sur aucune attaque. Le loup-garou, forcément dangereux sous nos longitudes1, est un paisible animagus au Japon (rapport harmonieux à la nature oblige ?). D'ailleurs, il ne s'appelle pas loup-garou mais homme-loup. La situation est inversée, il est dangereux pour l'homme-loup de faire connaître sa nature : l'homme est un loup pour l'homme-loup.

 

Les étoiles, ici en arrière-plan, sont ensuite filmées en travelling, comme si notre planète dérivait, magnifique fond à l'histoire que déroule la voix-off.


 L'homme-loup en FILF (il existe bien des MILF).
J'aurais aimé trouver son expression ultra-tendre et craquante après la découverte des brochettes de boulettes.

 

Oreilles et museau profilé poussent lorsque la situation relève soudain de l'intime (Hana a vu le loup) ou de l'instinct (attaquer pour chasser – Yuki a toujours les crocs à cause d'une faim de loup – ou se défendre, de soi comme de l'autre). La métamorphose vaut en quelque sorte pour métaphore : hommes et animaux, Yuki et Amé peuvent devenir eux-mêmes sans tomber dans une tautologie creuse. Respectivement estomac sur pattes hyperactives et petit garçon fourré dans les jupes de sa mère, ils se muent en jeune collégienne avide de connaissances (scolaires et amoureuses) pour la première, et en chef de la forêt épris de liberté pour le second. Pour Bladsurb, « la fille casse-cou devient amoureuse nunuche » et « le garçon fragile devient le maître de la montagne », « comme si après un début iconoclaste, tout redevenait bien comme il faut dans les clichés habituels ». Pour ma part, je vois dans ce croisement la preuve que les enfants-loups se sont construits, qu'ils ont fait des choix pour devenir ce qu'ils voulaient être, indépendamment de leurs inclinaisons premières (qui les maintenaient en bébé Œdipe et louve Électre).

 

 

La seule chose un peu curieuse, c'est que leur père n'avait pas l'air d'avoir eu à choisir une identité précise : est-ce ce qui a perdu l'homme loup sans prénom, parti chasser le gibier en pleine ville ? Noyé dans un canal, sa carcasse est repêchée et jetée dans un sac par les éboueurs. Cette disparition abrupte, où le burlesque le dispute à la tragédie, n'a pas la force dramatique de celle qui boucle l'animé, lorsque Amé disparaît dans la forêt pour mieux lancer un hurlement d'accomplissement et d'adieux à sa mère depuis le sommet de la montagne – une séparation plus qu'une disparition. Comme si les enfants loups avaient trouvé leur voie pour avoir su identifier ce qu'ils ne voulaient pas être. Les Enfants-loups, ni fable moralisatrice ni récit fantastique, trouve un ton qui lui est propre, usant d'humour sans jamais étouffer l'émotion.

Vu avec Palpatine, admirateur de Mamoru Hosoda.

 

1 Le seul autre exemple de loup-garou relativement peu dangereux auquel je puisse penser sort d'un roman d'Annette Kurtis Clause, Sang et chocolat, qui n'est malheureusement plus édité (scandale ! Rabattez-vous sur Amazon et ses occasions), et qui a été adapté au cinéma en 2009 sous le titre insipide Le Goût du sang.

Capriccio, en allemand dans le texte

Cette année, j'ai pris peu de places de spectacles, donc je saute sur les occasions. La séance de travail de Capriccio en était une belle, surtout qu'elle ressemblait fort à un filage. J'aime l'ambiance du théâtre en pleine journée, avec ses lumières nocturnes, les tables de répétition installées sur les fauteuils – depuis un certain temps déjà, en témoignent lampes, ordinateurs et papiers posés dessus –, les allées et venues des machinistes – et de tout un tas de personnes dont on ne connaît pas bien le rôle, sinon qu'elles concourent à orchestrer les répétitions... et les loges que l'on ouvre l'une après l'autre rien que pour nous, où l'on peut étaler ses affaires et se coller contre les parois en velours rouge, faire la grimace dans le miroir et espionner le couloir en remettant en place la petite voilette du gros œil de bœuf. Mieux qu'une chambre, une loge à soi, où le spectateur se prépare, au même titre que l'artiste, qu'il baille, gelangweilt, ou ne tienne pas en place sur son siège, voll Ungeduld – le trac du spectateur.

Je surprends des mots, comme des bribes de conversation, et je crois pouvoir suivre sans prompteur, mais le secret de l'opéra est bien gardé. Les chanteurs en T-shirt ou en abyme vocalisent naturellement leur dispute artistique et savante ; ils ne s'entendent pas mais se comprennent – tout le contraire de la souris ex-germanophone que je suis. C'est un dîner de grandes personnes où l'on commence à somnoler sur fond de sujets sérieux. Quand soudain, une annonce retentit : « Schokolade ! » Le dessert est servi, finie la sieste suite au bol de riz surmonté d'oignons, d'escalope de porc panée et d'omelette, le divertissement dansé à une seule danseuse constitue une excellente promenade digestive. Ragaillardie, j'écoute mieux, même si je n'y entends toujours rien – jusqu'à la fin, épiphanie énigmatique, où la chanteuse s'avance en robe de bal tandis que la salle recule jusqu'au petit foyer. L'opéra de Strauss s'est développé, la danseuse, dernière colonne, le retient un dernier instant à la barre avant que le rideau tombe et que le jour se fasse : il faut que je reçoive mon Pass jeune avant la fin des représentations. 

Mit Palpatine.