05 novembre 2008
Commentaire²
Commentaire sur commentaire, c’est soi une petite mise en abyme comme je les aime (la mise en abyme est un des trucs qui me fait tripper – on s’amuse comme on peut), soi que vous avez travaillé comme un malade pendant les vacances. Mais de ce côté, je mène une vie très –trop- saine. Pourtant, les commentaires linéaires en français m’amusent. Se pencher sur un texte, le décortiquer sans le désarticuler, voir pourquoi le texte nous fait de l’effet (ou pourquoi il nous ennuie à mourir – le Rouge et le Noir est un roman détestable, mais à présent je ne dis plus que Julien m’horripile, mais, en connaissance de cause, que l’alternance consonance/dissonance du narrateur avec son personnage est trop mécanique pour ne pas me porter sur les nerfs)… après une explication, on connaît le texte presque par cœur et on est davantage porté à s’extasier sur certaines formulations. Plus je lis les extraits à commenter du Côté de Guermantes, plus le foutage-de-gueule gentil mais général m’éclate. La réputation de l’esprit Guermantes qui est comme les rillettes de Tours ou les gâteaux de Reims... telle grande dame qui fait un présent à la grand-mère du narrateur comme du pain à une biche du jardin d’Acclimatation…
Les commentaires composés, en revanche, je ne m’y acclimate pas. Ce sont des contrées trop étrangères, latines ou anglo-saxonnes. S’extasier sur la vertu d’un sage romain ou se pencher sur le mariage en Germanie n’a rien de très engageant. Mais alors structurer un commentaire articulé avec des parties, des sous-parties, leur sainte trinité et des articulations logiques et pas rhétoriques (mais une relecture de la correction montre la suprématie de la rhétorique qui arrive parfois à se faire passer pour logique ou –tour plus impressionnant encore- pour naturelle) relève d’un mécanisme que je n’ai toujours pas saisi. Il y a quelque chose du mystère, auquel je serai peut-être initiée le jour où je comprendrai en quoi un running commentary (dont vous sortez toujours à bout de souffle) n’est pas un commentaire linéaire. Une problématique, oui, oui, je sais – il est bien connu qu’on enfile les mots comme des perles en français, sans aucun fil directeur qui plus est. Déjà un commentaire en anglais est un exercice hybride (il me semble avoir entendu dire que les Anglais ne font pas de commentaire de texte à proprement parler) : cela sonne affreusement français – même dans l’anglais le plus châtié. Il doit donc y avoir une approche particulière du commentaire en anglais, mais ayant la curieuse impression que le jury incline vers des plans type fonds-forme ( genre : I slang II content – vying men III Is this still drama ?) (encore pire que thèse, antithèse, sytnhèse ou encore oui, non, merde), je ne sais toujours pas en quoi elle consiste.
Le plan de commentaire que je préfère, c’est celui de philosophie : démonstration avec ordre et méthode, ça se suit, c’est formidable. A tel point que des fois, on se demande si on est vraiment en train de commenter. Au fonds, commenter c’est quoi ? Rajouter quelque chose, dire autrement ? Mais alors, on serait dans la glose ou la paraphrase… (le seul cas où cette dernière est souhaitable, c’est la Physique d’Aristote : tellement emberlificoté que toute paraphrase cohérente est déjà une interprétation. Je vous assomme avec Aristote, mais on finit toujours plus ou moins traumatisé par ce qu’on étudie un peu plus attentivement : des volontaires pour la Princesse de Clèves ? Diderot, peut-être ?). Petite mécanique un brin absurde et toujours un grain de sable pour l’enrayer.
Pareil pour les commentaires de blog : on ne sait pas toujours ce qu’on y met. On y trouve dans l’absolu de vrais commentaires, des propos constructifs qui contredisent, nuancent, apportent des précisions (ou s’insurgent contre des énormités dont je n’aurais pas soupçonné un camarade khâgneux l’année dernière)… mais ça critiquaille vite. Vite ennuyeux. Bien plus drôles sont les détournements de commentaires – mineurs mais réjouissants :
-la private joke, le commentaire complice par excellence.
-La conversation à bâtons rompus, rarement lue par le lecteur suivant.
-le commentaire inutile mais indispensable : à son auteur pour exprimer son assentiment et surtout sa présence, un peu comme il signerait une feuille de présence ou un livre d’or (pour pouvoir dire, comme le bourdon dans la pub pour le sucre « J’étais là ! »), ainsi qu’à son destinataire, qui se rassure en constatant qu’il ne parle pas dans le vide.
Variante : l’émargement sans enthousiasme, comme le Vu qu’un professeur griffonne en bas d’une page sans grande erreur mais qui ne présente pas grand intérêt non plus. Mauvais signe : manque de finesse dans un cas, monotonie de ce qu’on donne en pâture lecture dans l’autre.

Petite chose choupinette trouvée là.
-Le commentaire qui vient annoncer son commanditaire, affiche haut et fort un nouveau pseudonyme, et prie pour qu’on noue ou du moins clique le lien imposé proposé. Une carte de visite, en somme – plus policée que la réclame des adolescentes gothiques qui ordonnent à leurs serviteurs visiteurs de lâcher leurs comm’, elle réclame plus de tact. Du coup, laisser un premier commentaire relève soi d’une hésitation bien réfléchie (qui tourne le plus souvent à la pure et simple abstention), soi d’un coup de folie (qui ne porte pas vraiment à conséquence, il est vrai.)
-Le commentaire qui souligne une coquille, une contradiction ou quoi que ce soit qui trahisse le fait que vous avez posté à des heures indues.
-Le commentaire qui raconte sa vie et finit par être un autre article en apposition, un peu comme les notes des polys de Mimi qui font parfois une page. C’est assez miamesque à lire. Sauf s’il remplace le blog que l’auteur ne veut pas ouvrir.
-Le commentaire-réponse. On ne peut pas y résister : un peu comme les tests dans les magazines, où l’on finit toujours par compter le nombre de carré, de ronds, d’étoiles et de conneries entourées.
Variante : le commentaire-réponse sans question posée. Il diffère du racontage de vie en ce qu’il vient prendre le contrepied d’un article précis, à savoir, « y’a personne ! », « je crois que personne ne lit ce que j’écris » ou sa version moins élégiaque « c’est bizarre, j’ai un taux de visites anormalement élevé et peu de commentaire, comme c’est bizarre ».
-Le commentaire désobligeant ou insultant. No comment.
-L’imitation, la parodie, l’exercice de style… je trouve très amusante la tendance qu’on a de reprendre la forme de l’article commenté, une de ses métaphores filées ou le thon. Chez le Sushi (dont je n'ai pas l'adresse sur cet ordi là), par exemple, tout le monde parle de lui à la troisième personne – on dirait des altesses tenant salon. Chez Monkeyz’, c’était les métaphores guerrières. Le plaisir d’écrire et de s’encourager les uns les autres.
-Le remerciement d’avoir laissé l’aumône un commentaire sur un autre blog. En cas d’excès de politesse, cela devient insupportable d’autocongratulation et surtout incompréhensible, jamais en rapport avec un seul article. Mieux vaut lui préférer la réplique, poignée de main qu’on distribue en tournée générale, remerciement collectif ou nominatif – plus sincère puisque reste chez soi.
-Le silence, obligé lorsque le propriétaire du blog a désactivé la fonction commentaire. Je dois dire que cela m’intrigue : j’hésite à chaque fois entre admiration pour celui qui ne cherche pas à sonder l’avis de ses lecteurs et agacement contre celui musèle ses lecteurs, les empêchent d’exprimer ne serait-ce que leur enthousiasme et au fonds se fichent bien de savoir s’ils existent ou non. Vous me direz, ce qui est fait pour être lu ne l’est pas nécessairement pour être commenté…
18:57 Publié dans D'autres chats à fouetter | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : commentaire
03 novembre 2008
Rogar !
Questionnaire réalisé par Inci, avec la collaboration de F. Gaffiot.
A. Aeneas (Énée, héros latin)
Ton héros favori. Je n’aime pas être collée dès la première question. Le personnage de Bruce Willis dans Die Hart ?
B. bibax (grand buveur)
Ta boisson favorite. On va faire semblant d’avoir lu la question au pluriel. Nectar de mangue, de poire, de banane (éventuellement mélangé avec de la fraise, genre gâteau marbré) d’un côté et thé – surtout le thé de Noël à la cannelle- de l’autre. Et puis le chocolat chaud maison tout mousseux quand il sort du thermomix.
C. Caelum (ciel)
Ton signe astrologique. Lion ascendant Scorpion. La douceur incarnée.
D. Disciplina (action d'apprendre)
Les études que tu aurais faites si tu n'avais pas fait celles que tu as choisies. De l’anglais, vielleicht.
E. Elenchus (perle en forme de poire (!) )
Pierre ou métal précieux que tu affectionnes particulièrement. L'argent. Mais particulièrement, je ne sais pas.
F. Fatum (destin)
Ecris ton horoscope pour la semaine à venir.
« **Argent : calmez-vous sur le shopping.
* Travail : Mars déclenche le branle-bas de combat. Si vous avez assuré vos arrières, tout ira bien, sinon mettez les bouchées double avant que le ciel et ses astres vous tombent sur la tête.
Amour : premier décan, si vous êtes en couple, traversée du désert, deuxième décan, célibataire, la lune ne vous sauve pas dudit désert.
*** Forme : le repos vous va bien. » Verdict : puis-je rejoindre l’équipe du 20 min ?
G. Graecum (la langue grec)
Langues que tu apprends / as apprises et celles que tu souhaiterais apprendre un jour. Je lis anglais, j’oublie (j’ai oublié ?) l’allemand, j’apprends le latin. En seconde je voulais faire du grec ancien, mais l’envie m’est passée. En revanche, j’adorerais me mettre au russe. Mais d’abord me remettre à l’allemand. Mais avant tout, travailler mon anglais.
H. Hamadryades (hamadryades, nymphe des forêts)
Être ou créature légendaire ou mythique qui te fait rêver. Il y a une dizaine d’années, j’aurais pu répondre les pokémons légendaires, mais j’ai du devenir désespérément terre à terre. Sinon des objets du type pensine ou retourneur de temps, mais un être légendaire… le prince charmant ? Non, je sais, le Père Noël ! Non, non, mieux : la petite souris !
I. Inscitia (gaucherie, incapacité)
Ce que tu ne sais pas faire. Des crêpes sans en rater la moitié, le triple salto arrière (avant non plus d’ailleurs), les créneaux d’une seule main (déjà à deux, je peux m’y reprendre à trois fois)… mais surtout, je ne sais pas CHOISIR.
J. Jura (le Jura)
Y a-t-il un lieu en France où tu n'es jamais allé, et où tu aimerais aller? Je serais assez partante pour accompagner Inci en Alsace. Mais je suis somme toute assez peu curieuse de la France.
K. Karthago (Carthage)
Le voyage que tu rêves de faire. J’ai déjà été assez gâtée sur ce plan, mais une petite piqûre de rappel pour les Etats-Unis ou l’Autriche… Et je veux visiter Berlin (comme si on n’avait pas assez entendu parler de la Wiedervereinigung).
L. liber (livre)
Décris la couverture du livre qui traîne à côté de ton ordinateur. Des engrenages mauves et bleu, un demi-cadre jaune… je pense que les optionnaires philo pourront dire ce qu’il y a d’écrit dessus en blanc.
M. memoria (mémoire)
Ton premier souvenir. Parce que vous croyez qu’en plus de me souvenir, je classe chronologiquement ?
N. nimbus (pluie d'orage, averse)
Décris ce que tu aimes dans la pluie. (Pourquoi suppose-t-on que j’aime la pluie ?) Quand elle cesse. L’odeur de l’asphalte mouillée, les morceaux de ciel dans les flaques et les irisations avec le soleil… sans se faire saucer. Ou alors, quand je suis à l’intérieur, sur le canapé avec une tasse de thé – là j’aime la pluie pour le contraste qu’elle offre.
O. odor (odeur)
Décris l'odeur qui te marque le plus dans ton quotidien. La bouffée graisseuse d’huile qui sort de l’aération de la cantine quand, à huit heures du matin, je monte au bâtiment scientifique par l’escalier du côté. Et l’odeur hebdomadaire, ce sont les frites de la cantine. Sinon, plus dans le registre fragrance, il y a l’odeur de ma poudre fond de teint Bourgeois.
P. piger (paresseux)
Ton péché capital. La morfale- attitude. C’est tout à fait différend.
Q. Quinta (prénom féminin)
Le prénom féminin que tu choisirais si tu devais avoir une fille. Même au conditionnel, je suis arrêtée par l’idée que les mômes, c’est le diable. Même pas habillé en Prada.
R. Rana (grenouille)
L'animal qui te ressemble. Ai-je vraiment besoin de répondre ? –même si je ressemblerais plutôt à une girafe question taille. De toute façon, je suis une ménagerie à moi toute seule. Mon père m’appelait bien grenouille quand j’étais petite.
S. sagina (engraissement, bedaine)
Ce que tu ne peux t'empêcher de manger, tout en sachant pertinemment que ce n'est pas raisonnable. Je peux m’empêcher. La preuve, le pot de peanut butter a beau être entamé, son niveau est constant et il ne sort pas du placard. (Mais des fois je me permets et je peux regretter : le pudding nappé de chocolat, le nutella, les croissants aux amandes et surtout, tous les plats que je me RESSERS…)
T. tibia (flûte)
L'instrument de musique qui t'émeut le plus. Le violon, peut-être. Mais bon, c’est plus une question de musique que d’instrument.
U. Ucalegon (nom d'un Troyen)
Le prénom masculin que tu choisirais si tu devais avoir un fils. Je vais prier pour que cela n’arrive pas.
V. video (je vois)
Cite trois films que tu as vus et commençant par la même lettre. Dis ce que tu en as pensé. Vive les articles définis ! Les Chansons d’amour, La Jeune Fille à la perle, Le Parfum : les deux premiers sont aussi fantastiques que le troisième est profondément ennuyeux (alors que le bouquin est une merveille).
W. Wardo (le Gardon, rivière)
Observe un planisphère, et choisis un cours d'eau dont le nom te fait rêver. Que t'évoque-t-il? Peut-être la Seine, à cause de l’homonyme qu’elle m’évoque. Un rêve à portée de Navigo, en plus.
X. xysticus (gymnase)
Un sport que détestes particulièrement. Les sports où il y a une balle (ping-pong excepté) et tous les sports collectifs – vous me direz, les deux se recoupent souvent.
Y. yssopum (hysope, arbrisseau)
Y a-t-il un arbre ou une plante qui garde une place particulière dans tes souvenirs? Le cyprès devant la maison de mon arrière grand-mère (la polysémie du mot révélée à Chypre, aussi ;) et les peupliers dans la maison fictive du personnage d’Anne dans la saga de Lucie Maud Montgomery. Mais bon, je n’irais pas planquer une divinité derrière non plus.
Z. zotheca (boudoir, cabinet de repos)
Décris la bibliothèque de tes rêves. Un mixte impossible entre la bibliothèque de Prague assombrie, avec des rayonnages imposants qui grimpent jusqu’à la voûte du plafond (avec une échelle pour les atteindre – l’échelle est très importante) et un espace beaucoup plus petit, très lumineux, très chaud, confortable… une biblio ancienne et une salle de lecture moderne en somme. Ou alors la bibliothèque commémorative de Komura pour le décor (mais pas pour son fonds). Et quoiqu’il en soit, un rayon bien fourni niveau danse.
Et maintenant, on mesure la vitesse de propagation de ce questionnaire dans la blogosphère en taguant tous azimuts : Bamboo, V., Sirop de violette, Sara, Yannick, Melendili quand elle ressuscitera virtuellement...
19:16 Publié dans D'autres chats à fouetter | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : questionnaire, gaffiot





















