02 novembre 2008
On va se piquer la truffe !
Mon arrière grand-mère, 93 ans, Jeanette, 86, ma mère et moi. Je ne sais pas vraiment comment le dîner a commencé. Ou plutôt je sais qu'il a commencé avec la commande d'une bouteille de rosé. "On va se piquer la truffe", déclare ma grand-mère, ladite truffe dans le ballon du verre. La mienne pique dans mon assiette où la préfiguration du poisson à dépiauter m'empêche de rire. Un carnaval d'expressions défile tandis que derrière mon loup je gratte sa peau grillée. Je perds un peu le fil du pressage des olives lors de l'opération délicate qui consiste à ôter l'arrête centrale et de pouvoir enfin se débarrasser de la tête. Soixante treize kilos d'olive, ce n'est pas rien. Les deux comparses s'arsouillent gaillardement ; les deux chapons que nous sommes ma mère et moi faisons presque chaperons rouges à côté de nos deux mères-grand en goguette. "Vous reprendrez bien un verre de vin, Jeanette" -sûr qu'au bout de cinquante huit ans, on n'est pas intimes. Il faudra peut- être attendre le siècle avant de se tutoyer. "Elle tient mieux le vin que moi", explique ma grand-mère à sa petite-fille. Drôle de (troisième) personne ! Jeanette adore conduire, petite, son père mécano, elle aurait bien conduit le camion en avant en arrière, là, vous imaginez, au volant, en avant an arrière, sur les routes, là, en avant et en arrière - autant de fois que je rencontre d'aubergines dans mes lasagnes de légumes. Puis sur l'index, elle admirait aussi les toréros mais, négation de la main, pas la mise à mort. C'est drôle, c'est plutôt en taureau qu'en toréro que je l'imaginerais. Je ne sais pas si elle verrait rouge, mais toujours est-il qu'elle boit rose. Il va de soi que l'effet blush intégré sur les joues de ma grand-mère est dû à la couperose - et certainement pas à sa dernière syllabe bien arrosée. Et la marmotte, elle met le chocolat dans l'papier d'alu. Enfin... Jeanette réclame surtout qu'on mette l'os de sa souris d'agneau au miel et romarin dans un cellofrais pour sa chienne. La chocolat, quant à lui, est dans mon verre de liégeois. Mon attention vacille au gré de la bougie qui se noie paisiblement dans son photophore, au milieu des verres, indifférent au flot des souvenirs. Ce sont les deux grand-mères qui boivent ; ma mère et moi qui rions. Bu cul-sec : un verre de genépi (traduction phonétique) offert par la maison, et j'escorte ma grand-mère jusqu'à la sienne. On demande à l'autre gamine si tout va droit et elle se retourne comme un petit Arlequin, sur une jambe, genou plié, coude au genou et doigt sur le nez - pied-de-nez en moins. Comme quoi, une vie équilibrée...
15:14 Publié dans La souris-verte orange | Lien permanent | Commentaires (1)
27 octobre 2008
Flip fac flop
Si on faisait un schéma actantiel de l’inscription à la fac, on aurait :
- le même destinateur et destinataire : moi
- un objet : l’inscription à la fac, qui se dédouble en inscription en lettres et en philosophie.
- adjuvants : l’expérience des amis, des personnes administratives gentilles, parfois à défaut d’être compétentes, des jambes en pleine forme et une certaine persévérance
- opposants : la complexité des démarches administratives, les jours d’ouverture, le mélange des facs, les escaliers introuvables, non solum les marches, sed etiam les ascenseurs, la pluie, l’absence d’élocution, le métro et… la fac en soi.
Je ne khûbais, j’étais inscrite en lettres modernes.
J’ai khûbé, j’ai téléphoné pour dire que je ne venais pas mais que je restais inscrite.
Je me suis inscrite en lettres modernes par cet outil si pratique qu’est internet. Et là, acte de boulet suprême, j’ai pensé 3ème année en lisant 3ème semestre. S’ensuit le juste châtiment de cette bourde : un certificat de scolarité en L2, et l’occasion inespérée d’aller voir à quoi ressemble la fac où je suis inscrite depuis 2 ans. This is la quête number 1.
Quête number 2 :
Une donnée : admissibilité et ses crédits bonus sur deux ans.
Une idée : les faire valider en philo pour faire un double cursus.
Un problème : s’il n’y en avait qu’un…
J’ai voulu m’inscrire à Paris III, comme en lettres modernes – ouais, je suis simplette, j’ai deux matières, j’espère naïvement les faire au même endroit. Mais pas de philo à cet endroit, redirigée à Paris I. Pas de réponse au téléphone et, côté mail, le ton est donné par cette sublime réponse (sic) : « si vous vous lez vous inscrire en l3 c’est à cette adresse (suit une adresse mail) ».
So aujourd’hui mission commando dans Paris. L’affaire Paris III se règle rapidement, c’est un bonheur. Paris I, c’est nettement plus folklorique. Déjà vous allez à l’autre bout du monde de Paris, dernier arrêt du métro 14. Et là, c’est assez hallucinant. Outre une faune dont on se demande si elle vient réellement là pour travailler (et le contraste avec les jeunes hommes de bonne famille catapultés de nos jours depuis les années 50 est assez frappant), le décor tient le milieu entre le métro et un immense parking mi en travaux, mi squatté. Pour ce qui est des ascenseurs, on en voit de toutes les couleurs selon l’étage que l’on souhaite atteindre : jaune (comme le rire), rouge (la colère ou le sang si vous en êtes au stade du meurtre) et vert (livide) pour le septième ciel administratif. J’y trouve un petit zébulon avec un béret sur la tête, des grandes boucles d’oreilles et un ton sympathique – presque étonnant qu’elle ne vous propose pas de chewing-gum. Deux étages, deux bureaux, avis unanime : il faut s’adresser à la Sorbonne. Fuyons, fuyons.
Acte II, la Sorbonne. A l’entrée, un Sphinx sans ailes mais très zélé me pose son énigme après que je lui aie demandé si, venant pour l’UFR de philosophie, je pouvais rentrer « Quelle université ? ». Paris I est contre toute attente une bonne réponse. Ne vous réjouissez pas trop, le sésame ouvre sur un labyrinthe dans lequel le fil d’Ariane (même avec un u) ne sert à rien : licence – paris III – partenariat – paris I – crédits – double licence – Tolbiac – là mon interlocuteur a perdu le fil. Et moi mon élocution déjà peu brillante à l’accoutumée – retombée au niveau de mon oral d’histoire où je n’ai jamais du finir une seule phrase. Après être passée pour une demeurée un certain nombre de fois « Mais ici, c’est Paris IV » (naaan, sans déc ?), avoir rencontré l’ancienne prof d’espagnol de le Bruyère, appelé Yannick et maudis la fac entière, j’ai fini par revenir sur mes pas pour interroger l’oracle de l’accueil revenu de sa pause déjeuner. L’UFR de philosophie de Paris I dans les murs de Paris IV localisée – je me prépare à affronter le Minotaure. A la place du monstre, je découvre un Apollon fort aimable (puisque fort mignon et fort serviable) mais fort incompétent (puisqu’il remplace simplement la secrétaire pour récupérer les fiches d’inscriptions pédagogiques). J’ai failli mordre quand on m’a suggéré d’aller voir à Tolbiac et n’ai pas eu la présence d’esprit, lorsqu’on m’a dit de m’inscrire par internet, de leur rappeler que les inscriptions sont proposées en ligne pour l’année… 2006 – 2007. La fac en prise avec son époque.
Pour être lapidaire : nihil.
Moralité : va falloir faire un petit sacrifice – qui pourrais-je bien immoler ?
Il a donc fallu un train, trois bus, six métros (dont une rame interrompue pour cause d’incident de signalisation) et un RER pour faire chou blanc. J’ai l’impression d’avoir des barres de fer dans les fesses. Et que mon cerveau est un disque rayé qui répète le nom de la capitale et des chiffres romains. Et des images de l’auberge espagnole : les papiers du début et surtout, surtout, cette parfaite compréhension de ce que c’est que d’aller à la « fuck ».
21:13 Publié dans D'autres chats à fouetter | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : fac, administration kafkaïenne, labyrinthe, boulet power





















