Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

29 mars 2008

Sage critique des amateurs de sagesse

Ou le langage des philosophes
Ou comment ne pas travailler sur sa dissertation
Ou comment briser la binarité du « ou bien »
Hou comment avoir l’air débile en faisant le fantôme

Herméneutique pneumatique : des textes gonflés (légèrement bourrés)
Bibliographie : tous, mais particulièrement Kant

Le philosophe, c’est d’abord un texte qui vous rappelle que, si le meilleur ami de l’homme est le chien, celui du khâgneux est le dictionnaire. Des mots longs, aussi tarabiscotés que leur sens, et à consonance grecque, une petite touche d’exotisme est toujours rafraîchissante. Des mots qui font leur langue de vipère : Larousse serait une fausse blonde, avec un certain déficit en mots inconnus du commun des mortels. Lui préférer sinon l’austérité, du moins le sérieux de Robert. Mieux : adorer le prof qui daigne vous les expliquer, parce qu’il n’est pas toujours évident d’acquérir transcendentalement un sens qui vous transcende (même s’il faut reconnaître que ce n’est pas transcendant, pour parler comme la créature mortelle que je suis – mortellement chiante aussi, mais là n’est pas le sujet, car tel n’est pas mon bon plaisir).

Les mots prennent la tangente
Bibliographie : Sartre et Valéry

Le philosophe aime à souligner – mais toujours en italique, c’est le privilège des penseurs édités. Ou bien, si son propos est encore clair comme de l’eau de roche (méfiez-vous, l’anguille n’est jamais loin), il vous prend pour un imbécile (je ne citerai personne, mais je pense très fort à Valéry), ou bien, si vous ne comprenez rien, c’est une tentative désespérée pour attirer votre attention sur la valeur équivoque du terme en question. « Equivoque », pour le philosophe, équivaut souvent à « définition personnelle ». Car non solum le philosophe vous fait aimer le dictionnaire, sed etiam il entend vous faire lire le sien propre. Les dissertations consistent donc plus à trouver pourquoi diable chaque auteur a pu employer tel mot alors que, dans la thèse adverse, (les thèses sont toujours adverses, les philosophes ayant la fâcheuse tendance de vouloir avoir toujours raison) il a un tout autre sens, qu’à créer une argumentation ex nihilo. J’allais oublier : ces férus de dictionnaire ont beaucoup fréquenté Félix et Anatole et tiennent à vous le faire savoir. La grammaire, en revanche, a été quelque peu négligée et il n’est pas rare de trouver des verbes substantivés là où un nom aurait été commun. *Sortant de la lecture du poly sur mai 68, j’aurais été tentée par un petit « non au nom ! » mais, nom de Dieu, je crains d’en être affublée par de toutes sortes*
Vocabulaire contre grammaire : un penser contre un rendu. (Eh oui, le verbe et l’italique peuvent se combiner).

Le train-train philosophique
Bibliographie : les philosophes allemands en général, Kant en particulier

Le philosophe a, et c’est le propre de sa première syllabe, une fâcheuse tendance s’emmêler. Vous aurez beau lire la chose au peigne fin, de nœud en nœud insoluble, vous devrez vous couper les cheveux en quatre pour ne pas avoir à vous les arracher. (La métaphore est un peu capillo-tractée, pour un peu on se croirait dans une pub pour Dop – à ceci près que le texte vous pique presque les yeux, et que si on évite les nœuds, il n’y a plus de texte).

Le philosophe rumine ses idées depuis si longtemps qu’elles sont assez souples pour prendre n’importe quelle forme (et vous coller sur table). Les subordonnées s’enchaînent, tout roule, à ceci près qu’on ne voit pas les rails (on peut éventuellement pressentir ceux, de cocaïne, de l’auteur). Les subordonnées sont comme des wagons, on peut les accrocher dans n’importe quel ordre, pourvu qu’on trouve une locomotive principale pour les tirer. Mais les philosophes semblent avoir fait un stage à la sncf et prendre un malin plaisir à dissimuler la locomotive au milieu du convoi, et à lier wagon-lit, wagon de transport de marchandises et wagon-restaurant n’importe comment de sorte à ce que le voyageur ne puisse pas atteindre le wagon-restaurant, de toute manière hors de prix. Le train philosophique qu’on attrape en marche, comme le train électrique, c’est très amusant lorsqu’on peut jouer avec, mais rester à quai à observer provoque une certaine frustration et un ennui profond.

Les soleils noirs de la philosophie
ou les ténors, j’hésite, alors je ne choisis pas (autre caractéristique du philosophe : la juxtaposition supposément explicative, au mieux non contradictoire).
Bibliographie : Merleau-Ponty et Nietzsche bien sûr !

Mais le pire est peut-être le philosophe qui écrit bien. En effet, après avoir pris un retard monstrueux qu’on mettra sur le compte de la « présence de personnes dans les voies »*, on finit par comprendre l’intrigue du roman de gare philosophique. On a pressé le texte de toutes parts et, s’il serait exagéré de dire que l’idée générale en a jailli, elle en a été extraite. Le philosophe sachant écrire est plus fourbe. Les mots en sont si léchés que la pensée est élastique comme un chewing-gum mâché à point : vous pouvez tirer dessus autant que vous voulez, l’idée ne se détache pas des mots. Vous êtes condamnés à mâchouiller à perpétuité ; vos fiches seront à peine moins épaisses que le volume qu’elles sont censées condenser.

 
* sic Dans les voies. J’imagine des morceaux de chair incrustés dans les rails, et pour que l’horreur soit jouissive, je la coiffe d’une casquette de cheminot. Dans les voies. Alors qu’un suicide se dit « incident de personne », comme s’il fallait déjà réduire le malheureux au néant du partitif.

22 mars 2008

Balles à blanc

Rapport de l’état-major

Nombre d’épreuves : 6

Heures passées en concours : 30

Galettes de riz englouties : une quinzaine

Carrés de chocolat croqués : une dizaine

Cartouches usées : 2

Copies doubles scribouillées : 14

Soupirs poussés : pas de données chiffrées disponible – estimation haute

 

En bouche et empalés

Mon estomac se devait de témoigner des épreuves qu’il a traversées. Peu courageux mais braillard. Il a fait un tel boucan que j’ai dû prendre des mesures et lui tendre dès 9h du matin des galettes de riz soufflées en guise de bâillon. Il faut dire que je l’ai mal dressé durant ce concours : en voyant le sujet déprimant de la deuxième épreuve, j’ai commencé par le chocolat. Déviance de souris lorsqu’un lapin (et non un de vos semblables, ânes que vous faites) carburait à la carotte. Et puis, il était désorienté ce pauvre estomac. Se voir accorder comme cela le droit de déjeuner à trois heures de l’après-midi, ce n’est pas humain – on pourrait m’objecter que l’estomac n’est pas humain, certes, mais dans la définition de mon humanité, l’estomac occupe une place aussi démesurée que son appétit. Le déjeuner à trois heures est une expérience à part. Non tant à cause de l’heure à laquelle elle se déroule qu’à celle de sa nature. Des plateaux entreposés comme pour une performance contemporaine où l’on exhibe les restes fossilisés du repas de midi : du fromage-savonnette préservé sous blister ou encore du riz à vague coloration indienne, mais plutôt chinois quant à sa texture gluante. Le tout se déroulant dans l’enclos professoral, avec participation exceptionnelle du micro-onde professeur-only, inclus température et temps de réchauffage.

 

La drôle de guerre

Résister à l’ennui pendant six heures, si vous vous souvenez bien (le cas n’échéant pas, vous pouvez donner un petit coup de molette pour descendre jusqu’à l’article précédent). C’était ne pas encore savoir que l’on aurait en français un sujet dont le seul problème était justement de ne pas en avoir. A l’ouverture (comme à la conclusion) rien de bien nouveau. Quelques obus le lendemain, sous forme d’éclats de rire latins. Il n’y a rien à faire, l’humour des Romains est une forteresse inexpugnable. Après les blagues carambars de Quintilien, nous avons eu le devoir de rire avec Sénèque, bien connu pour sa jovialité rabelaisienne et son rire débonnaire – ce que ne peut que suggérer un intitulé tel que « Le sage ne doit pas avoir peur face à la vieillesse et la mort ». A la réflexion, en se demandant s’il parlait d’un platane ou d’un homme, nous avons plus ri de Sénèque que cum illum. Une sorte d’allié peu franc du collier ou d’ennemi en trêve de plaisanterie. La seconde solution s’est imposée le lendemain lorsque Cicéron a filé à l’anglaise pour se retrouver dans les lignes d’une légion version étrangère. Je dois avouer n’avoir plus compris grand-chose à la bataille quand le lendemain un espion grec s’est égaré entre la bataille de Salamine et celle des Carthaginois.

 

Espionnage : les signes qui augurent mal

Quelques informations sont passées au travers des rayons X des yeux professoraux. Qui se sont plaint des désertions. Exagération de l’état-major : tout juste un repos à l’arrière. Mais entre corps ankylosés dans la crispation et les grandes rasades de gnôle pour se donner du courage, on n’a que faire d’entendre crier au feu : « Que d’eau ! que d’eau ! ».

Le service secret a joué à l’antique et s’est contenté de relever les augures. L’avis des douze Césars :

-         L’hystérique historique prophétie

-         Lorsque j’étais en attente de quelque inspiration divine, le soleil s’est mis à clignoter du morse sur le clocher de Notre-Dame. Note à moi-même : penser à apprendre le morse.

-         Lorsque la carotte a été brandie par une lettre classique ayant apporté son déjeuner parce que disposant d’une heure de plus que les lettres modernes et les optionnaires philosophes, ces derniers y ont lu leur perte : les carottes sont crues.

 

Théâtre des opérations

Pour le sens figuré, figurez-vous un quartier de généraux penchés voire racornis sur leurs études, à faire et à refaire leur plan, pour, une fois dans le feu de l’action, ne plus chercher qu’à sauver leur peau. Marathon et sprint dans la même épreuve.

Pour le sens propre, nous sommes allés regarder les camps troyen et grec s’entredéchirer dans Troilus and Cressilla. Trois heures de Shakespeare sur-titré. Fin des hostilités vers minuit. Couvre-feu une heure plus tard. Une sortie scolaire au théâtre en plein concours blanc, mais c’est la débandade ! Où est passée la discipline militaire ?

 

Bilan : à venir – prions pour que les stylos des correcteurs ne déversent pas des flots de sang innocent (ou inconscient, au choix). On connaîtra peut-être également le nom du soldat inconnu.

 

17 mars 2008

CBII : vivement la date d'expiration

Un concours blanc placé sous le signe de l’exaltation l’exhalaison.

L’effrayant, c’est qu’on peut mettre un indéfini devant « concours blanc ».

Le rassurant de la chose, c’est qu’on peut aussi mettre « second » et non « deuxième ».

 

    Mimi nous avait prévenus : ce sera un sujet bateau, il faudra « résister à l’ennui pendant six heures. » L’Europe dans la guerre froide, vous parlez d’une galère. Si déjà on avait pu rendre un sujet bateau… mais non, tout juste une épave bonne à vous couler.
    Et c’est à croire que les professeurs se sont passé le mot. La tortue nous a gratifiés d’une magnifique question existentielle qui, à défaut d’être transcendante, a dû être traitée rudement de manière transcendantale : la politique définit-elle la condition de l’homme ? Ce qui ne m’a inspiré que la problématique de ce présent article : la dissertation ennuyeuse définit-elle la condition du khâgneux ? Et comme chacun sait qu’on peut juger d’un devoir à sa seule introduction problématique, je sauterai jusqu’à la conclusion, qui, comme chacun en a fait l’expérience, est une redite bâclée qui ouvre généralement sur la perplexité du correcteur.

 

05 mars 2008

En avoir plein le dos

Levée plus tôt que la déesse procrastination, j’ai décidé de la prendre de vitesse. Sans ouvrir les volets, ni la porte, j’ai subrepticement attrapé un tas de polys, mais, compromis matinal, je me suis glissée sous la couette pour les lire. Just imagine...
    Dos contre le mur, calé avec l’oreiller. Naissance du problème israélo-palestinien. Aux accords Sykes et Picot, vous réalisez que ça vous picote dans le dos, vous vous êtes enfoncé dans de sombres problèmes, et le coccyx vous sert de postérieur. Tant que vous y êtes, faites le mort, allongé sur le dos. Vous vous réveillez à la passe du problème de la Grande-Bretagne aux Etats-Unis : la patate chaude vous a échappé dans un court assoupissement. Vous vous étalez à plat ventre dans la région, révoltes à en avoir froid dans le dos et plus de sang dans la main qui vous chuchote à l’oreille que son petit doigt ne lui dit rien qui vaille. Prise en main sérieuse, on ne joue plus à Peel ou face, vous vous dirigez à votre bureau. Pied à terre dans des chaussons, dos calé contre le dossier, bien droit. Après dix minutes à lire comme une bigleuse corsetée jusqu’au cou, essayant de déchiffrer le titre de son programme de spectacle tombé par terre, et que les pays Arabes y sont aussi, vous vous prenez la tête dans les mains. Lorsque la feuille s’est curieusement rapprochée de votre nez, que l’imbroglio ethnique s’est brodé sur l’imbroglio religieux, et que vos nerfs sont aussi emberlificotés que la situation, vous décidez de passer à la position du moine bouddhiste – une confession qui manquait. Un cercle est un carré, un carré est un cercle. Chaussons abandonnés comme les décisions de l’O.N.U., mains qui portent la situation explosive à bout de bras, le dos peut enfin se redresser. Pas pour plus longtemps que la paix avec l’Egypte. Tellement agaçant que vous en assassineriez bien un – pas de chance, Sadate, y est déjà passé. Les tensions se font également sentir dans les cuisses, changeons de camp dans le cadre de la guerre froide. L’époque est au compromis – position du lotus effeuillé, une jambe sous soi, l’autre à terre. Le dos tordu comme une énième proposition de partition de la Palestine mandataire. Vous sentez la guerre du Golfe approcher, mais justement, ça sent le roussi. Vous jetez la pierre en croyant que c’est l’éponge. L’intifada commencera après le petit-déjeuner ; vous allez poser votre dos sur la chaise de la cuisine - dépaysement absolu.