16 novembre 2014
What if
Et si on oubliait le titre français Et (beaucoup) plus si affinités ?
Whaf if...
Et si Daniel Radcliffe jouait dans une comédie romantique ?
Les épaules tombantes et le souvenirs des lunettes rondes font barrage à l'idée de beau gosse, mais avec une barbe d'une semaine et un sac en bandoulière, le jeune sorcier emprunté face aux filles se mue comme par magie en sympathique loser sentimental. C'est d'autant plus troublant que l'on est de la génération Harry Potter : ça y est, les personnages des comédies romantiques ont notre âge ; j'ai l'âge de ces personnages. (Suis-je adulte ?)
Et si on tournait une comédie romantique à Toronto ?
Perché sur le toit de chez lui, Wallace contemple une skyline à la fois familière et différente de celle que l'on est habitué à voir dans les films. What if est à la comédie romantique ce que Toronto est à New York : moins éblouissant mais plus humain, tranquillement décalé. Le lieu commun en redevient un topos qu'il est bon d'explorer. Tant pis pour ceux qui, obnubilés par l'originalité (impératif catégorique de la course à l'innovation), n'en voient pas le charme.
Et si les archétypes s'incarnaient ?
Wallace tombe amoureux de Chantry, qui file le parfait amour avec Ben. Nous avons donc d'un côté un boyfriend à la carrure de rubgyman, amoureux et avocat ; de l'autre, une crevette qui a laissé tomber médecine pour finir rédacteur technique (je vais essayer de ne pas mal le prendre) ; et au milieu, une fausse moche qui a un métier de rêve (au point qu'elle a refusé de passer chef de projet pour pouvoir continuer à dessiner), un copain de rêve, un appartement de rêve et un chat. Pour donner un peu d'épaisseur aux personnages sans faire d'ombre au tableau, on insère quelques moments sombres dans leur biographie (Wallace, le cœur brisé par son ex ; Chantry, orpheline de mère) et on leur colle pour acolytes un couple d'amis déjantés très get-a-room-for-God-sake (Spike, le retour).
Et si on nous offrait une comédie romantique dans les règles de l'art ?
Notre héroïque loser, qui accepte l'amitié de la belle à défaut d'autre chose, noue avec elle une complicité à base d'aimants sur le frigo, de délires anti-gastronomiques et de discussions plus WTF les unes que les autres. Imaginez alors quand Ben prend un poste de l'autre côté de l'Atlantique : à la question de savoir si l'amitié entre fille et garçon peut exister, s'ajoute celle de savoir si l'amour peut survivre à la distance. La délibération inclura évidemment un vol express Toronto-Dublin, parce que Chantry le vaut bien (et parce qu'un héros de comédie romantique le peut bien – même avec un job et un salaire pas terrible).
Et si on faisait fausse route ?
Dessins de Chantry qui s'animent sur les murs des buildings alors qu'elle traverse la ville en taxi ou parenthèse illustrée d'une recette qui ne dépareillerait pas dans The Grand Budapest Hotel, What if présente tous les signes extérieurs de la comédie romantique indé. Si bien que l'on se met à douter : et si What if était l'histoire d'une désillusion, à la 500 jours ensemble ?
Et si What if était l'histoire d'une désillusion, à la 500 jours ensemble ?
Soyons honnêtes, cela ne nous arrangerait pas. Parce que, même si l'on veut croire à l'amitié fille-garçon, on ressemble tous plus à Wallace qu'à Ben. Et l'amour comme prolongement d'une amitié riante et quotidienne, c'est tout de même plus sain que le grand amour, l'amour-passion qui admet la souffrance sous prétexte qu'elle grandit.
Et si, au final, il était plus sage que puéril de s'attendrir devant un happy ending régressif comme un carré de chocolat ou un sandwich peanut butter and jelly ?
Sourire indélébile plusieurs jours après.
16:33 Publié dans Souris de médiathèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, film, comédie romantique, what if
13 novembre 2014
Bande de filles
Tête baissé pour ne pas être vue en train de voir, tête baissée vers la petite sœur avec des perles dans les cheveux, tête baissée au-dessus de l'évier pour faire la vaisselle, tête baissée devant le grand frère pendant le savon plus ou moins (in)justifié qu'il lui passe, tête baissée qui ne suffit pas à cacher le sourire qu'un garçon a fait naître, tête baissée dans des situations à gros potentiels de dérapage – c'est cette tête baissée que Marieme va relever en entrant dans une bande de filles, de celles que l'on croise à Châtelet ou dans le RER, bruyantes et fascinantes d'aplomb. Si l'on remarque tant la posture de la protagoniste, ce n'est pas uniquement parce qu'elle change de coiffure tout au long du film : le cadrage est resserré, proche des visages et des corps adolescents, reléguant la banlieue dans un hors-champ omniprésent/omni-absent. Exit le sujet de société, ce qui intéresse Céline Sciamma, c'est l'humain.
La caméra braquée au plus près des êtres vaut suspension du jugement : on voit Marieme se faire éjecter de la filière générale à la fin du collège, être soupçonnée de vol par une vendeuse aussitôt accusée de racisme, s'admirer chez elle dans une robe défigurée par un antivol, prendre soin de ses petites sœurs, racketer une gamine, s'offrir une chambre d'hôtel avec la bande, qui festoie aux bonbecs (seule évasion possible avec une sortie aux Halles), jouer au mini-golf, se battre pour s'affirmer sous couvert d'honneur à venger, se faire taper par son grand frère, gifler sa petite sœur sur la mauvaise pente, se demander comment elle-même la remonter. Les dilemmes moraux sont le privilège de la bourgeoisie et Céline Sciamma, c'est déjà un exploit artistique en soi, y coupe court. Suspension du jugement : on ne voit plus que des choix, bons ou mauvais, pour essayer de s'en sortir. Parce qu'au final, femme de ménage, dealeur de bons plans foireux, pute du caïd local ou épouse de l'amoureux qui ne tardera pas à lui coller des marmots, Marieme a surtout le choix de l'embarras.
Pleurant un instant face à Paris, qui se devine, à la fois proche et lointain, comme un avenir dont elle serait exclue, Marieme finit par relever la tête – pour partir, peut-être, ou simplement pour avancer vers l'âge adulte, où l'on continue à dire non, en sachant désormais que dire non à une chose, c'est dire oui à une autre. Une fois que l'on a appris qui l'on n'est pas, il est temps de découvrir qui l'on est – ou de l'inventer (ce qui risque de prendre tout une vie).
Mit Palpatine
22:29 Publié dans Souris de médiathèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, bande de filles, céline sciamma





















