15 avril 2013
Les Amants passagers
Almodóvar, c'est toujours pareil : on croit connaître la chanson – la lettre à Elise reximée du générique coloré – et le résultat est toujours décalé. Après les comédies déjantées, les derniers films d'Almodóvar s'étaient resserrés, concentrés autour d'une intrigue qui conservait dans son orbite les exubérances du réalisateur. Les Amants passagers abandonne cette intrigue centrale mais conserve le resserrement par un habile usage du huis-clos : l'avion dans lequel on vient d'embarquer ne pourra pas atterrir à cause d'un train d'atterrissage bloqué et le personnel de bord, craignant la panique, a drogué les passagers de seconde classe, réduisant le nombre de personnage à un petit noyau dont les électrons partent en live. Le téléphone de bord et ses liaisons épisodiques assurent le renouvellement de l'air scénaristique tandis que la tension du huis-clos rend cette comédie aussi explosive que Kika ou Femmes au bord de la crise de nerfs
Des stewarts tellement folles que ce sont elles les véritables hôtesses de l'air proposent alcool et mescaline à, pêle-mêle, un businessman à Macbook Air, une célèbre domina, une vierge que frustre son don de voyance, un couple de jeunes mariés dont la fille porte la robe Sandro que j'ai non pas en vert mais en orange, un commandant de bord qui en vire à loisir côté sexe... qui s'avèrent être, pêle-mêle... débridée, escroc, tueur à gage, bourreau des cœurs, homo, hétéro, mégalo et même acteurs de comédie musicale. L'avion plane à 2000, on a perdu pied : le principe de réalité ne fonctionne plus que pour agiter ce petit monde et le plaisir du spectateur tient tout entier aux situations plus abracadabrantesques les unes que les autres, qui relient les personnages de manière totalement farfelues.
Au final, l'explosion tant attendue s'est déjà produite au moment où on la redoute le plus : explosion de rire en même temps qu'explosent les angoisses, les délires et les désirs des personnages. Répliques décalées, sexe burlesque, caricatures ambulantes : cela ne résout rien mais ça détend bien et l'on s'aperçoit à peine que c'est passé. La cellule de crise d'Almodóvar fonctionne pour le spectateur autant que pour les personnages : je ne saurais que trop vous recommander de vous installer dans les sièges rouges du MK2, d'attachez vos ceintures et de méprisez les consignes de sécurité pour vous aussi décoller.
21:12 Publié dans Souris de médiathèque | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, film, almodóvar, les amants passagers
Quartet
Dans le premier film de Dustin Hoffman en tant que réalisateur, on apprend que la couverture moldue de McGonagall n'est rien moins que chanteuse d'opéra. Enfin ex-chanteuse d'opéra qu'on n'entend pas chanter, il faut être prudent. En revanche, les acteurs qui peuplent la maison de retraite pour anciens musiciens qu'elle rejoint sont d'authentiques musiciens, crédités au génériques avec l'orchestre dans lequel ils ont fait carrière. Un joyeux bazar extra et intra-diégétique, à l'image de la vie mouvementée dans la maison.
Mêlés à l'ego démesuré des anciens chanteurs d'opéra, Alzheimer et incontinence deviennent des éléments de comique, grotesques rappels de la vieillisse qui se conduit en enfant. Le trait est forcé mais la note est tenue : on chante et on prend des airs. Quartet fait sourire plus que rire, la faute à l'entrée tardive de l'émotion en la personne de Maggie Smith, aux réparties bien senties, moins anodines mais plus drôles à mon sens que les blagues mignonnes mais un peu faciles des autres retraités – réalité raillée vs réalité niée. Elle accuse son âge et refuse de se prendre au jeu, trop sérieux pour être pris à la légère, jusqu'à ce que ses anciens amis/mari/ennemie lui fassent comprendre que c'est elle qui se prend trop au sérieux et qu'il faut accepter de lâcher prise : de vieillir tout en continuant à vivre, en somme. Et en musique.
Et là, ce n'est pas Dumbledore, peut-être ?
20:58 | Lien permanent | Commentaires (0)


























