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23 décembre 2010

Reconstitution sonore

 

Au pied du lit, l'eau coule, régulièrement d'abord puis avec des modulations, selon les parties du corps qu'elle rencontre et dont l'énumération constituerait un blason prosaïque du pommeau de douche. Quelques sons brièvement jetés, le gant de toilette est rincé.

Les draps se froissent sous mes jambes qui s'étirent tandis que des grincements proviennent, étrangement proche, de la cage d'escalier, ponctués d'un choc à chaque palier. Pour un peu, j'aurais l'impression de dormir dehors.

Le gond d'une porte cède. Les bruits se déplacent, je les suis dans l'appartement.

Le ronronnement du micro-onde dure quelques minutes et se termine par une sonnerie. Quelques minutes plus tard, la sonnerie se répète deux fois, rappel à l'ordre, le bol est toujours à l'intérieur. Un temps encore, le frottement de pas traînés et un déclic suivi d'un clac annoncent sa libération.

Plainte étouffée du cuir qui se remet du choc du corps qui s'y est laissé tomber et roulement du fauteuil.

L'intervalle entre les bruits trahit l'engourdissement du sommeil à peine révoqué, des forces qu'il faut chaque jour rassembler et ranimer, des gestes lents auxquels il a fallu, chaque fois, un temps pour se résoudre. Pause ensommeillée. Un tintement, bientôt raclement, métallique fait savoir que la cuillère tourne rond dans le bol. Une main froisse un sachet plastique, à la recherche d'un pain au lait pour accompagner le chocolat chaud.

Il est temps que je me lève pour aller moi aussi petit-déjeuner.