24 janvier 2008
La méditation du bonsaï
D’habitude, lorsque j’ai une dissertation à faire, je noircis des pages de brouillons, puis à coup de traits, je relie les idées qui se rejoignent peu à peu. En quelques feuilles, quelques branches se dessinent. Il s’agit alors d’étoffer la pousse ; les rameaux s’ajoutent à des branches de plus en plus solides, qui s’articulent aux branches maîtresses et les trois fourches finissent par se consolider en un tronc. En grattant à la sueur de sa main, on saisit les mots à la racine ; ils barbotent dans l’humus nourrissant de la problématique, et le tout coule de source. Si la sève est vraiment fructueuse, de nouvelles feuilles viennent orner votre arbre.
D’habitude. Mais là, je me dirige surtout vers l’herbier de thèses mortes et juxtaposées par un bout de scotch. Rien ne se ressemble : des définitions en chêne massif, des feuilles d’hêtre (parce que le non-être n’est pas), des platitudes de platane de cours d’école (maternelle) avec ses hélices qui tournent à vide, des ifs épineux, sans compter que le suc collant des résineux suinte partout. Ajoutez là-dessus que les couleurs dépareillées jurent affreusement entre elles. Les squelettes de nervures témoignent de l’échec de tous mes plans. Les brindilles qui s’esquissent ne supportent pas le croisement des espèces – la bouture ne prend pas. Elles cassent avant même de porter leurs fruits. Qu’est-ce qu’avoir foi en la raison ? Autant vous dire que je ne suis pas près de reconstituer l’arbre de la connaissance. En revanche, je pense qu’avec les pommes de discordes surnuméraires accumulées, je devrais être en mesure de pourvoir à toutes les rediffusions de Blanche-Neige.
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