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06 janvier 2008

Il était une fois...

... une formule galvaudée, Disney, et un esprit parodique proche du potache.

    Si vous prenez le métro, vous avez dû apercevoir les affiches du dernier Disney, mi-dessin, mi-film. Quand j’ai vu la bande-annonce (ou les premiers instants du film, au choix), je me suis dit qu’on était mal barré et que ça risquait de devenir aussi lourd que les robes meringuées de princesse. Cependant, comme chacun sait, la meringue est vide, mais légère. Ca ne nourrit pas, mais se mange sans faim. Comme les pop-corn, semble-t-il, cette invention du diable, qui vous tire constamment hors du film, et vous fait réviser votre répertoire des « méchantes » pour lancer un regard courroucé au ruminant bruyant derrière vous –la stéréo a ses limites. Peu d’enfants dans la salle, curieusement pour ce film dès 6 ans (je repousse mes limites – et pourrai sans crainte aller tirer le cinquième Artemis Fowl de sous son étiquette 8-11 ans). La parodie fonctionne à tout âge, et l’ironie de ce film convient particulièrement aux adultes. Jugez plutôt : il leur permet de railler leurs idéaux enfantins tout en les conservant intacts (pour un peu je vous ferais le coup du négatif hégélien- non, je sais parfois me tenir). Le renversement dialectique tour de passe-passe est simple : il suffit de scinder l’entité « prince charmant ». Laissez le bellâtre se coiffer de ridicule et d’une couronne de statue de la liberté en mousse verte (la panoplie du parfait touriste se complète par un T-shirt I love NY, un appareil photo, un verre de Coca, et un sourire Colgate), et cherchez le « charmant » qui s’est trouvé un nouveau prédicat, qui s’est fourré dans un homme un brin râleur, tout ce qu'il y a de plus réaliste. Un simple changement de partenaire : le charmant est charmé par la princesse et refile la fiancée au prince. C’est le système des vases communiquant : un peu d’idéal pour le terre-à-terre et cellule de dégrisement pour la jolie niaise. C’est physique. Et les mathématiques ne sont pas exemptes de magie : redoublement de couple, le taux d’humeur amoureuse est explose carrément. Tout cela mis en facteur par le comique : ça ne fait pas un pli. Ca passe comme une lettre à la poste… Cher Père Noël, je voudrais un quelque chose charmant pour l’année prochaine. Surtout pas Prince, c’est très surfait, très superficiel – la mode est de chercher la beauté à l’intérieur. Et puis le côté boulet, c’est plus drôle. La palme revient cependant à l’écureuil couineur, ardemment poursuivi par Queudver. Cette énumération devient bordélique, ajoutons en un bouquet made in comédie musicale quelques autres ingrédients : les éboueurs qui ont dû avoir un mal fou à ne pas exploser de rire en se faisait braquer à l’épée par un zigoto en tenue princière, la princesse qui se taille ses robes dans les rideaux de son hôte ou encore la carte bleue sortie d’un bas de laine par une môme qui a décrété l’état d’urgence – nécessité de faire les magasins pour que sa future marâtre devienne une princesse.


Saurez-vous retrouver cette scène ?

    Cerise sur le gâteau : la grappe de ballons. Que j’ai reconnus… c’était le film qui était en tournage à Central Park lorsqu’on était à New York il y a deux ans. Deux ans ! Ils sélectionnaient des gens pour la figuration, tous vêtus de couleurs vives ou mielleuses, bref, très Disney, leur indiquaient avec minutie les déplacements « naturels » à effectuer, et ont refait de nombreuses prises… au final, deux secondes au montage, en arrière-plan flou ! Et Melendili de me rappeler qu’en une journée, on ne tourne souvent que quelques minutes. On croit à la magie, ou on n’y croit pas. Y’a pas que les princes dans la vie, y’a les rêves aussi. C’était la touche too much, le slogan d’Ebly sauce guimauve. ^^

Voilà, vous pouvez à présent prendre un air afligé pour me lyncher. 

Le rêve de Cassandre – Woody Allen

A ne pas lire si vous comptez le voir ou que vous êtes un inconditionnel enragé de Woody Allen.

Titre décalé mais prémonitoire : un massacre, sans le côté épique de l’Iliade

Je ne suis pas une grande dévoreuse de film *recule d’un air épouvanté devant le gouffre qui me sert de culture cinématographique*, aussi ai-je peut-être manqué toute la subtilité de la chose – toujours est-il que je n’ai pas été enthousiasmée. Loin s’en faut.

Deux frères s’offrent un petit bateau (je peux mettre « petit navire » aussi, à vous de choisir votre référence), qu’ils baptisent le rêve de Cassandre. Encore deux qui connaissent leurs classiques… Leurs économies prennent le large, et lorsque le petit frère*, gros joueur, est dans les dettes jusqu’au cou, qu’il risque les représailles de ses usuriers et que son grand frère, petit (et surtout futur) entrepreneur en immobilier, n’a pas non plus les moyens de l’aider, vous avez le nœud de l’intrigue. On se tourne naturellement vers l’oncle prodigue, a self-made man pas très clean, qui en contrepartie demande comme « petit » service qu’ils assassinent un de ses associés qui pourrait faire des révélations plus que compromettantes. Le grand frère, épris d’une actrice (pleine de charisme pour le coup) au –dessus de ses moyens entraîne son frère. La navigation vers les enfers, pleine de doutes et d’alcool, est plutôt calme. Mer plate. Ni désespoir poignant ni classe du malfrat éhonté ;  j’étais persuadée, jusqu’au moment où l’on entend les coups de feu (théâtre grec : le crime est hors-scène, rapporté ensuite – par une coupure de journal, comme il se doit) que l’assassinat n’aurait pas lieu. Le film aurait pu s’arrêter là, pas transcendant, mais ça finissait sur un crescendo.

Mais ça continue. L’entrepreneur le devient vraiment, oublie ce malheureux incident, joue le cinéma avec son actrice, tandis que le frère sombre en dépression. Cette dernière est très bien jouée, bien glauque et malsaine comme il se doit. Et sa copine, ou fiancée, ou femme, je ne sais plus, moyenne plus que médiocre, mais jamais vulgaire malgré ses rêves simples passe très bien l’écran. Si bien que j’aurais plutôt vu le film centré sur la torture du remord, en commençant par cet épisode, en passant le meurtre sous ellipse, qui n’arriverait qu’à la fin, au summum de flash-back successifs – oui, je suis en train de faire des couper-coller grossiers dans la pellicule.

Seulement, le film est platement linéaire, sans véritables temps forts, de A à Z. Woody Allen a-t-il voulu nous faire une tragédie moderne, à l’antique, avec une « action menée jusqu’à son terme » *Aristote inside* ? Désolée, la catharsis n’opère pas. Pour cela, il faudrait qu’on adhère un minimum aux personnages, avant de s’en détacher. Mais ils n’ont rien d’héroïque, le grand est à peine humain, d’une médiocrité morale désolante, et le petit sans épaisseur. La richesse de son jeu n’intervient qu’après le crime – le mal est fait. A défaut de morale ou d’immoralisme cinglant, le film se clôt justement. Alors que le grand veut supprimer son cadet parce qu’il veut se dénoncer pour payer sa faute, il fléchit (morale familiale ou manque de force ?), ils se battent, le cadet tue l’aîné, et comme la coupe est pleine, il abandonne Cassandre à son triste sort et se noie. Et là, ce n’est toujours pas fini, on se tartine les inspecteurs qui constatent les décès (dès fois que le spectateur ait pu l’imaginer), et une scène sur leurs femmes encore insouciantes qui font du shopping – les deux personnages véritablement bien trouvés, au final.

Espèce d’agacement dégoûté. Même réaction idiote que lorsque j’avais lu la Bête humaine : pourquoi ne pas les avoir adossés à un mur et fusillés dès le départ ? On se serait épargné bien de la peine – non pas émotionnelle, ne rêvons pas, mais d’ennui.

* NB : je ne suis plus sûre de qui est le grand et qui est le petit frère, mais bon, c’est un simple moyen de les distinguer.

 

New York restaurant - Hopper


Photobucket 

      Le jeu est simple, il s'agit d'inventer un scénario à partir de ce tableau d'Hopper, proposé par Olivier. Curieuse de voir ce qu'il évoque pour vous.

      Empiler ces assiettes. Sales. J’aurais de la chance si la cuillère ne s’en ira pas valdinguer avant que je parvienne à la cuisine. Dure journée de travail, les dossiers ne manquent pas, des embrouillaminis à démêler pour hier, comme d’habitude. Cela fait du bien de se retrouver, un peu au calme, au milieu du brouhaha. Empiler les plats, en trouvant le bon équilibre. Améliorer la stabilité de la pyramide de porcelaine. C’est vrai qu’on n’est jamais aussi isolé qu’au milieu d’un doux brouhaha… là où le bruit devient bruissement pour nous envelopper… une protection sonore, un cocon où l’on peut parler sans être entendu. Sa bague tinte légèrement contre le verre à vin vide parce qu’elle n’en boit pas –elle m’a demandé un verre d’eau pour prendre quelque médicament-, contre le verre à pied vide qu’elle caresse machinalement. Qu’elle fait tournoyer lentement, au rythme d’une valse qui résonne devant ses yeux, qui se glisse au premier plan, devant le brouhaha de la salle. Les reflets de la lumière des réverbères, dehors, filtrée par le rideau jaune, glissent sur la surface lisse et courbe du verre. Elle les observe tournoyer, avec une mélancolie distraite. Enfin, j’imagine. Je sens sa présence juste derrière moi… sans être entendus… La cuillère que j’ai placée en haut de ma composition pour qu’elle ne déséquilibre pas la pile d’assiette émet un bruit vif en glissant - démenti sonore. Contrepoint à l’ambiance feutrée des conversations isolées. Ils ont jeté un coup d’œil à la maladroite que je suis. Si je me retournais, elle aurait un sourire. Nullement condescendant. Vague seulement, perdue dans la contemplation de l’homme qui lui fait face. Qui lui, lui parle tout en l’admirant. Ce nouveau chapeau rouge… seyant... exquise... Les mots se perdent. Cette femme est rayonnante. Je le perçois alors même que je lui tourne le dos. Je n’ai plus vraiment de raison de m’attarder à présent. La blancheur de mon tablier est aveuglante –le patron est intransigeant, là-dessus, cela fait partie de l’image du restaurant- mais n’attirera pas l’attention comme son éclat, à elle. Une présence de plante verte, lumineuse et invisible. Je lisse du plat de la main la nappe devant moi, depuis le centre jusqu’à l’angle. Le même tissu que mon tablier. Je fais partie du restaurant. L’oubli du blanc. Tout juste si l’on me remarque – à peine m’entend-t-on- intégrée au tableau. Tu prendras un dessert ou préfères-tu y aller ? La nappe n’a plus de pli devant moi. Elle ou moi soupire. L’instant de répit est fini. Le chassé-croisé doit se défaire. Rentrons… Je m’esquive en cuisine avec mon plateau. Esquisse.