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25 mars 2007

Cymbeline

          Shakespeare a la langue bien pendue : Cymbeline dure deux heures et demie. Pas une seule minute d’ennui cependant, tant les intrigues d’enchaînent, s’emmêlent, et se démêlent pour mieux rebondir. Inutile de tenter de vous résumer la pièce, ce serait long et maladroit. Car la force de la représentation que nous (non, je ne parle pas encore au nous de majesté, il s’agit des anglophones sinon anglophiles de la LS1) avons eu l’occasion de voir au théâtre de Sceaux, il faut se rendre à l’évidence, est la mise en scène de Declan Donnellan. Autant vous dire que le nom m’était clairement obscur, mais que je tacherai de m’en souvenir pour pister ses prochaines apparitions en France.

                   Posthumus and Imogene

           
            La mise en scène est moderne, mais pas de cette modernité agressive plaquée sans raison sur une pièce du répertoire. L’ensemble est sobre sans être épuré ni froid ; les coulisses latérales ont été supprimées pour élargir le champ d’action, et le ballet des rideaux suspendus au milieu sépare des scènes, en découvre d’autres. Le premier acte, qui se déroule à la Cour me rappelle singulièrement celui du Swan Lake de Matthew Bourne. Même genre de robes, à la fois simples et empesées, même costards cravate, même humour pour suggérer l’étiquette. Tout est humour, certains personnages sont ridicules et pourtant, rien ne tombe dans le burlesque. Le serviteur a beau passer la moitié de son temps à faire le dos rond, pas une de ses courbettes ne revêt l’éxagération des dix coups de chapeau à plumes de Louis de Funès. Toujours sur le fil du rasoir, je vais finir par croire que c’est le charme british.
            Du british, n’oublions pas la composante rose bonbon : mais même ici, le too much est parfaitement dosé, pas de risque d’écoeurement. La robe de la reine est juste ce qu’il faut de satinée et de teinte dérivant sur le turquoise, tandis que son chignon très pièce montée achève de la couronner. Juchée sur ses talons, elle domine largement la gent masuline, à commencer par son mari qui arrive pile à la hauteur critique pour pouvoir enfouir sa tête dans son décolleté. Elle le bichonne un peu comme votre grande-tante en userait avec son bichon anglais, en esquissant une petite moue de contentement et en roucoulant « mon chou ». Le ton est donné, les rires s’échauffent ; à trois sièges de moi se fait ouïr un petit « oh !oh ! » qui, j’imagine, provient d’une dame très comme il faut, très anglaise aussi, comme une grande partie du public.
            Les rires culminent en fous rires lorsque Cloten, le sale « beau » gosse de la reine décide de venir pousser la chansonnette pour éveiller la belle Imogène, fille du roi d’un précédent mariage. On s’attend à un beau cliché en guitare mineure, mais l’un des deux acolytes de Cloten apporte un micro, et c’est le début de la fin. Les petits zosieaux, l’amour mièvre et que sais-je encore – à ce moment vous oubliez définitivement les prompteurs- sont enrolés dans un rock qui ne tarde pas à devenir endiablé. Les deux acolytes font un parfait chœur, du moins de l’avis du public, puisqu’à cet instant précis, Imogène se renfrogne sous sa couverture essayant délibérement d’échapper à ce qu’elle considère comme une nuisance sonore [Pour ma part, je ne comprends pas, mon guitariste de l’appartement d’en dessous me ravit –surtout à minuit. Private joke, sorry] Nos chanteurs avancent en avant-scène et c’est le délire total. A côté de moi, N. n’arrive plus à s’arrêter de rire ; les clichés chorégraphiques type tube des années 50 s’enchaînent et sous leurs airs de marioles qui s’enflamment sur le dance floor, les trois acteurs réalisent une belle performance – au sens anglais et français du terme. D’une manière générale, même si de façon moins extême que dans cette scène, le jeu corporel des acteurs est très réussi. Pas du tout statique, genre déclamatoire ( de toute façon l’écriture de Shakespeare ne s’y prête pas) mais au contraire du mouvement, des courses-poursuites, ou des farandoles genre remix de la chenille avec des petits coups de jambes à la mode écossaise, le tout ponctué de "hé" so… so what ? Les fondus enchaînés entre deux scènes étaient du plus bel effet, comme deux calques qui se chevauchent, les personnages de la scène précédentes se figeant pendant les premières répliques de la suivante. Dans le même registre, l’inclusion d’un lieu dans un autre (le repaire des sauvages en pleine cour anglaise) permet de ne pas perdre de vue la simultanéité des multiples intrigues. Bref, je trouve tout à fait justifié que figurent sur le programme la collaboratrice « à la mise en scène, mouvements » et l’ »assistant du directeur des mouvements ». Autre grand moment, je trouve, quand l’un des deux frères joue son rôle de sauvage à fond et avance avec des mouvements d’épaule tels que l’on y voit parfaitement la suavité du félin. Et non, il ne s’agit pas d’un quelconque engouement pour l’acteur [ A ce sujet et selon les dires de mes camarades, il conviendrait plutôt de signaler l’acteur qui jouait Iachimo – un béguin pour les dragueurs à l’italienne ? – quoique Pisanio m’ait bien plu].
            Enfin et surtout, la performance de Tom Hiddleston était tout bonnement fantastique. Ce même acteur jouait simultanément les rôles de Posthumus, l’amant d’Imogène (un chouilla cul-cul sur les bords) et Cloten, le petit morveux de service, la métamorphose s’opérant par un simple pardessus et des lunettes. Le dédoublement est si réussi, que la première fois, j’ai cru avoir loupé l’entrée d’un nouveau personnage par un coup d’œil un peu trop prolongé au prompteur. Ce parti pris (la dualité ! dirait notre professeur de latin) était totalement justifié du point de vue de l’action et le jeu de l’acteur le rendait tout simplement formidable.

En résumé, pas un moment d’ennui (même s’il est vrai que la seconde partie soit un peu moins rythmée), la performance devient divertissement, au sens noble du terme, of course.

18 mars 2007

L'éd i f i c e d u s o u v e n i r . . .

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